Certains députés de l’opposition comme Gaétan Barrette devraient prendre garde à ne pas trop en faire, écrit notre chroniqueur.

Gaétan Barrette en fait trop

CHRONIQUE / Ni le Parti libéral du Québec (PLQ) ni le Parti québécois (PQ) ne rasent les murs à l’Assemblée nationale. Leur raclée électorale respective ne les a pas inhibés et c’est tant mieux. Ils ont des choses à dire. Mais certains députés de l’opposition comme Gaétan Barrette devraient prendre garde à ne pas trop en faire.

Si on a pu estimer récemment que le premier ministre québécois n’avait pas favorisé des débats sereins en déclarant qu’il n’existe pas d’islamophobie au Québec — propos qu’il a par la suite nuancés —, le libéral Gaétan Barrette nous éloigne de cet objectif lorsqu’il qualifie par la bande François Legault et le ministre Simon Jolin-Barrette d’«inhumains» et de personnes «froides» et «insensibles». On est toujours mieux servi par des arguments.

Le PLQ, le PQ et Québec solidaire ont de quoi se mettre sous la dent : position rigide sur le cannabis, louvoiements sur le salaire des médecins spécialistes ou encore et entre autres les 18 000 dossiers d’immigration rayés d’un trait de plume alors que François Legault avait assuré quelques jours plus tôt que ce ne serait pas le cas. La moindre des choses ici serait que les personnes déjà au Québec n’aient pas à soumettre un nouveau dossier.

On pourrait aussi réitérer, puisqu’il en a encore été question ce mercredi, le non-sens de vouloir maintenir un crucifix au-dessus de la tête du président de l’Assemblée nationale alors qu’on s’apprête à interdire le port de symboles de foi chez des représentants de l’État.

De la matière à débats, il y en a! Et, franchement, de façon générale, les échanges ont été de bonne tenue des deux côtés du Salon bleu depuis la récente rentrée parlementaire. C’est à préserver.

Alors qu’ils formaient l’opposition officielle, des péquistes avaient estimé qu’ils n’étaient plus «écoutés» ou «entendus», entre autres parce que trop d’entre eux grimpaient sans cesse dans les rideaux. Les partis d’opposition et les libéraux n’en sont pas là, mais certains devraient se rappeler que ce risque existe. Et que la surenchère conduit à la surenchère.

Plus facile

Alors que le Directeur des poursuites criminelles et pénales pourrait aussi déposer des accusations de corruption contre SNC-Lavalin, François Legault a affirmé qu’il se garderait bien de tenter d’influencer toute décision de cette instance québécoise.

M. Legault n’est ni sourd ni aveugle. Il voit bien l’ampleur de la tempête soulevée à Ottawa par une possible ingérence du cabinet de Justin Trudeau.

Il est facile pour lui de dire qu’il se tiendra loin de cet éventuel dossier. D’abord, parce qu’il a déjà fait connaître publiquement sa position. Ensuite, parce qu’aucun des acteurs qui seraient impliqués dans ce dossier n’ignore les difficultés qui pèseraient sur SNC-Lavalin si un procès était privilégié à une entente. Tous y sont déjà sensibilisés. M. Legault n’aurait donc pas à faire valoir quoi que ce soit à qui que ce soit.

Ce n’était pas du tout la même chose sur le plan canadien. Et c’est pourquoi le premier ministre du Québec avait jugé nécessaire de faire valoir à Justin Trudeau qu’il espérait que le procureur général du Canada opte pour un accord de réparation pour SNC-Lavalin. On ne parle pas ici de ses ex-dirigeants, mais de l’entreprise.

Sur SNC-Lavalin, MM. Legault et Trudeau partagent le même objectif. Mais le premier a et aura la partie plus facile que le second.