C’est sans doute la première fois au Québec qu’un candidat aussi bien placé qu’André Fortin dans la course à la direction du Parti libéral du Québec y renonce en invoquant spécifiquement son rôle de père.

André Fortin, le père d’abord

CHRONIQUE / Ce n’est pas la première fois qu’une personne désireuse de se lancer dans une course à la direction d’un parti y renonce pour des raisons familiales. Mais c’est sans doute la première fois au Québec qu’un candidat aussi bien placé qu’André Fortin y renonce en invoquant spécifiquement son rôle de père. Le reflet d’une époque?

Il est arrivé que des mères de famille ne prennent même pas le temps de considérer la perspective de se lancer dans une course à la direction d’un parti, justement pour des raisons familiales — de la même façon que des milliers d’entre elles ont mis de côté le moindre projet d’implication politique pour les mêmes motifs. C’est dommage, mais c’est la réalité.

C’est aussi arrivé à des hommes, bien sûr. Mais la situation du député de Pontiac est inusitée dans la mesure où plusieurs l’imaginaient déjà succéder à Philippe Couillard.

Sa décision de passer son tour au moins cette fois-ci est d’autant plus honorable qu’il avait effectivement de réelles chances de gagner la prochaine course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) — vu d’aujourd’hui, en tout cas.

Il est tentant de supputer que la perspective de voir le PLQ demeurer dans l’opposition peut-être au moins jusqu’en 2026 a compté dans sa décision. Personnellement, je n’ai cependant aucun mal à croire que l’analyse de la situation politique n’a pas présidé à son choix. Le fond de scène ne s’est tout de même pas transformé ces dernières semaines.

Ce qui a changé, c’est vraiment l’ennui de santé vécu par l’une de ses filles récemment. Il lui a fait réaliser qu’il n’était pas prêt à battre le terrain pour participer à la difficile et probablement longue reconstruction de son parti; qu’il n’était pas prêt à s’éloigner davantage encore de sa famille

Être chef d’un parti apporte son lot de satisfactions. Mais de telles charges peuvent difficilement ne pas nuire à la vie familiale. Tout dépend toujours, bien sûr, de sa situation personnelle et familiale, et des sacrifices que l’on est prêt ou pas à assumer.

André Fortin a fait preuve de lucidité personnelle. 

Anglade et les autres

La décision du député de Pontiac élargit la voie à sa collègue Dominique Anglade. Si elle l’emportait, elle deviendrait la première femme à diriger le PLQ.

Des libéraux tenteront toutefois d’inciter d’éventuels candidats potentiels de l’extérieur — hors de la députation — à tenter leur chance.

Certains estiment qu’un candidat ou une candidate évoluant à la droite du centre et capable de s’afficher comme «nationaliste» contribuerait à rebrancher leur parti sur un plus grand bassin d’électeurs.

Scrutin proportionnel

Je faisais référence au fait que le PLQ pourrait bien rester dans l’opposition jusqu’au rendez-vous électoral de 2026 — au mieux pour lui. Même si elle se matérialisait, cette perspective ne signifie pas que le rôle du prochain chef libéral serait ennuyant.

Car il existe une donnée importante qui pourrait changer et rendre la vie des partis d’opposition pas mal plus intéressante. Cette chose se nomme «scrutin proportionnel».

Si le gouvernement Legault le met bel et bien en place pour 2022, les partis d’opposition pourraient peser bien plus qu’actuellement dans le jeu politique.

Ce n’est pas pour rien que bien des députés libéraux voient maintenant ce projet d’un bon œil, alors que le gouvernement Couillard y était farouchement opposé.

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