Jean Laflamme, lors d'un entretien avec Marc-André Bédard.
Jean Laflamme, lors d'un entretien avec Marc-André Bédard.

Jean Laflamme, tout un personnage!

Le Quotidien
Le Quotidien
(L'auteur de cette chronique, Carol Néron, est un ancien éditorialiste du Quotidien)

CHRONIQUE / Jean Laflamme est décédé samedi entouré de ses enfants à l’hôpital de Chicoutimi. Il avait 87 ans. Dans les heures précédant sa mort, il a rejoint plusieurs de ses amis par téléphone pour leur faire ses adieux... en écoutant des chansons de Nana Mouskouri. Bien qu’il ait éprouvé quelques légers problèmes d’élocution en raison de la médication qu’il recevait, afin d’alléger la douleur, il était parfaitement conscient de son état. « J’ai fait une belle vie, disait-il. Je n’ai aucun regret, c’est maintenant à mon tour de partir... »

Et on ne pourra pas dire que Jean Laflamme aura raté sa sortie ! Quelques heures seulement avant de rendre l’âme, avec l’humour qu’on lui connaît, il portait un toast à l’amitié avec quelques-uns de ses proches dont j’avais l’honneur de faire partie : « Mon médecin m’a autorisé à boire un peu de vin, vu mon état, disait-il, alors aussi bien en profiter ! »

Bénévole de choc

La vie publique nous apprend qu’elle se nourrit de personnalités et de personnages. De manière générale, le parcours des individus qui font partie de la première catégorie finit, après leur mort, par se perdre dans le flot intense de la petite et de la grande histoire. Rares sont les noms, en effet, qui survivent à la pression du temps. Ceux qui font partie de la seconde catégorie, comme Jean Laflamme, demeurent dans les mémoires ; l’exemple de leur vie rejoint peu à peu le folklore, là où se construisent les légendes populaires.

Personnage truculent à l’humour quelquefois corrosif, Jean Laflamme a eu plusieurs vies. Organisateur politique pour les conservateurs ainsi que pour les libéraux fédéraux et provinciaux, lobbyiste pour plusieurs firmes d’ingénieurs du Saguenay, bénévole de choc au sein de la Fondation Timi et de la Fondation Françoise-Simard, chargée de recueillir des fonds au bénéfice du Centre historique de la congrégation des sœurs du Bon-Conseil de Chicoutimi, il a été de toutes les batailles électorales et d’un nombre impressionnant de campagnes de collectes de fonds. Pendant toute sa carrière, il a mis au service d’organismes sans but lucratif son énorme réseau de contacts.

Le nom de Jean Laflamme rayonnait à partir des Maîtres Tailleurs Laflamme sur la rue Racine, à Chicoutimi. C’est là où il a passé toute sa vie familiale et professionnelle. Il était connu non seulement au Saguenay, mais également au Lac-Saint-Jean, à Montréal et à Québec, au sein de cercles politiques et économiques influents.

Fidèle à ses amis

Jean Laflamme tutoyait des premiers ministres, des ministres et des PDG. À tu et à toi avec Brian Mulroney et Jean Charest, alors que tous deux siégeaient comme chefs de gouvernement, il ne se gênait pas pour leur prodiguer des conseils chaque fois qu’il avait l’occasion de leur adresser la parole. Et cela arrivait souvent !

Jean Laflamme a été une formidable source d’information et d’inspiration pour plusieurs générations de journalistes dont j’ai fait partie. Fédéraliste convaincu et convaincant, il est resté fidèle à ses amis plutôt qu’aux partis. Ainsi, quand André Harvey a décidé de quitter les conservateurs pour siéger comme indépendant et, ensuite, faire le saut chez les libéraux de Jean Chrétien afin d’assurer le financement de la 175 à quatre voies, il l’a suivi, optant ainsi pour l’amitié plutôt que pour la politique.

On ne peut résumer en quelques mots seulement la vie de Jean Laflamme, il faudrait un livre pour recenser toutes les anecdotes savoureuses et l’influence qu’il a exercée sur la communauté dont il a fait partie. Avec sa mort, c’est toute une époque qui prend fin.