Pour chaque baril de pétrole qui sort du sol, on doit «sacrifier» environ 20 % de son énergie pour l’extraire du sol, le transporter, le raffiner et, enfin, distribuer le carburant. Et la majorité de cette énergie est tirée des hydrocarbures, non de l’électricité.

Vérification faite : Combien d’électricité pour un litre d’essence?

L’affirmation: Notre chronique «Science au quotidien» de lundi dernier a fait beaucoup réagir. Nous y répondions à la question d’un lecteur qui voulait savoir combien d’électricité il faudrait pour alimenter le parc automobile du Québec si nous passions tous au tout-électrique demain matin. En mettant les choses au pire, nous calculions que cela représenterait environ un huitième de la production totale d’Hydro-Québec — ce qui est beaucoup, mais quand même assez facilement gérable. De nombreux lecteurs nous ont ensuite écrit pour nous dire que nous avions oublié de compter l’électricité qu’il faut dépenser pour extraire le pétrole, le raffiner et transporter l’essence. Certains ont avancé le chiffre de 2 kilowatts-heure par litre de carburant, d’autres 4 kwh/l et même 6 ou 7 kwh/l. Les uns parlaient uniquement du raffinage, les autres de l’ensemble de la chaîne. Mais l’idée était toujours la même : l’électricité épargnée en abandonnant le pétrole compenserait presque entièrement la consommation des voitures électriques. C’est d’ailleurs là une thèse qui court depuis longtemps sur les réseaux sociaux, alors il vaut la peine d’y regarder de plus près.

Les faits

L’origine de cette croyance, parce qu’il semble bien que ce soit surtout cela, remonterait à un tweet du fondateur de Tesla, l’homme d’affaires Elon Musk, selon une brève enquête menée en 2011 par le Council on Foreign Relations (CFR, https://on.cfr.org/2BEIwDk). Le hic, c’est que les 6 kwh/l dont parlait alors
M. Musk référaient aux dépenses totales en énergie (et pas seulement en électricité) de l’industrie pétrolière et des raffineries.

Et les chiffres donnent raison au CFR. En 2006, d’après des données gouvernementales américaines (https://bit.ly/2rdnaXO), les raffineries américaines ont dépensé un grand total de 1 million de kWh pour raffiner 15 millions de barils de pétrole par jour — un peu moins de la moitié de ce volume finissait en carburant. Mais l’électricité représente seulement 15 % de cette énergie, le plus clair était des combustibles fossiles que l’industrie fait brûler. Finalement, cela fait 0,4 kWh/l pour le raffinage.

Même si l’on tient compte de tout le «cycle de vie» de l’essence, la facture d’électricité reste faible. D’après un rapport de la Commission européenne paru en 2013, pour chaque baril de pétrole qui sort du sol, on doit «sacrifier» environ 20 % de son énergie pour l’extraire du sol, le transporter, le raffiner et, enfin, distribuer le carburant. Cela représente environ 4 kwh par litre d’essence, mais le plus clair (environ 16 % sur les 20) de cette énergie est dépensée lors de l’extraction et du raffinage, soit des étapes où l’industrie tire très principalement son énergie des hydrocarbures (pour la machinerie, pour chauffer le pétrole lors du raffinage, etc.), et non de l’électricité.

Le Verdict

Faux. Entre le moment où l’on sort le pétrole du sol et celui où l’automobiliste fait le plein, il y a bel et bien quelques kwh qui sont dépensés pour chaque litre d’essence produite, mais ce sont presque entièrement des combustibles fossiles, et non de l’électricité, qui fournissent cette énergie. Ça peut faire un argument de plus pour l’auto électrique, mais c’est une autre histoire...