Jean-François Cliche

Nicheuse en série

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’ai remarqué un couple de roselins au début du printemps dans notre petit cèdre, juste devant ma fenêtre, et j’ai pu observer toutes les étapes allant de la couvaison jusqu’à la sortie du nid le 5 mai dernier. Je croyais qu’ils avaient quitté le nid pour de bon avant de voir deux mâles tourner autour du nid et se chamailler, alors que la femelle semble être restée dans le nid. Est-il possible qu’ils fassent une deuxième couvaison? Et pourquoi y a-t-il deux mâles ?», demande Marie-Chrystel Marier, de Sherbrooke.

Il y a deux sortes de roselins que l’on voit fréquemment au Québec : le roselin pourpré et le roselin familier. Selon Marie-Hélène Hachey, biologiste pour l’organisme Québec Oiseau et co-auteure de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec (un ouvrage colossal paru l’an dernier), nous avons affaire ici à un nid de roselin familier. La vidéo ci-bas, filmée par Mme Marier, ne montre que la femelle et les petits à leur sortie du nid, mais elle est suffisante pour l’identification. La tête du roselin familier femelle est plus terne que celle du roselin pourpré femelle — et cette dernière a une barre blanche de chaque côté de la tête, que n’a pas le roselin pourpré femelle.

En outre, le roselin pourpré ne fait qu’une seule couvée par année et construit généralement son nid dans des arbres plus grands que le cèdre de Mme Marier et plus loin du tronc. Le roselin familier, lui, fait son nid dans des arbustes (entre autres) et on le voit plus fréquemment en ville.

«C’est [un oiseau] vraiment intéressant parce que la femelle construit des nids «à répétition» et que le mâle nourrit seul les jeunes», commente Mme Hachey. C’est la femelle qui construit le nid toute seule, puis qui «s’occupe d’incuber les œufs, poursuit-elle. Elle couve aussi les oisillons jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de quitter le nid. Quand les jeunes sont sortis du nid (stade fledglings), la femelle part construire un autre nid et le mâle s’occupe de nourrir les jeunes un certain temps.»

Il arrive tout de même assez fréquemment que la femelle reste dans son nid et fasse une seconde couvée avec le même mâle, mais elle finit souvent par «aller voir ailleurs», pour ainsi dire. Le nombre de nids et de couvées varie d’une région à l’autre mais, on a observé au Michigan des femelles faire jusqu’à 6 nids et autant de couvées dans une seule saison, selon les informations que m’a fournies Mme Hachey. Là-bas, aucun couple n’est resté ensemble pour plus de trois couvées.

«Bref le mâle roselin qui a été observé pourrait s’occuper des jeunes laissés derrière par la femelle (si celle-ci n’est visible nulle part). Quant au deuxième mâle, il peut se trouver là seulement par hasard. Mais qui sait, il pourrait lui aussi nourrir les jeunes», dit Mme Hachey.

Celle-ci indique par ailleurs qu’il existe sur Facebook un très bon groupe québécois d’«entraide ornithologique», si je puis dire, où les gens peuvent mettre leurs vidéos et leurs questions : «Des oiseaux à la maison» [https://www.facebook.com/groups/Des.oiseaux.a.la.maison/]. Cela pourra aider pour de futures observations ou questions.

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«Depuis environ deux mois, il n’y a plus de geais bleus, de mésanges, de moineaux, de pinsons ni de chardonnerets qui viennent dans nos nageoires. On voit juste deux corneilles qui sont arrivées à peu près en même temps que les autres ont disparu. Est-ce normal ? Mes mangeoires sont pourtant pleines, on a toujours attiré beaucoup d’oiseaux avec et, quand je vais me promener dans les alentours, je vois qu’il y en a», demande Chantal Salerno, de Rawdon.

Il est toujours difficile de dire avec certitude ce qui a pu se passer dans un cas particulier, même pour des experts comme Mme Hachey. Il est bien possible, dit-elle, que ce soient les corneilles qui éloignent les autres oiseaux, surtout si elles se sont installées quelque part sur le terrain de Mme Salerno, puisque ce sont des «prédateurs de nids» qui s’en prennent régulièrement aux œufs et aux oisillons des autres espèces.

Mais il est aussi possible que ce soit autre chose. Peut-être un chat s’est-il installé à proximité. Peut-être est-ce un changement dans les graines — à cet égard, d’ailleurs, il faut savoir que les corneilles peuvent se nourrir de certains grains, comme le maïs.

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