Certaines personnes contestent l’idée que le pot d’aujourd’hui soit vraiment plus fort que celui de l’«époque des communes», mais le fait est qu’il existe beaucoup de données pour le prouver.

Le pot de plus en plus fort

CHRONIQUE / «Lorsque j’étais adolescent, le pot que je fumais à l’occasion contenait tout au plus 2 % de THC, ce qui était suffisant pour rendre euphorique en plus d’être payant pour les restaurants Ashton aux petites heures du matin, mais ce n’était pas assez fort pour faire une crise d’anxiété. Par contre, la dernière fois où j’ai consommé de la marijuana (à 27 ans), c’était dans les premières années où on trouvait ce qu’on appelait à l’époque le fameux “Québec Gold” qui pouvait contenir jusqu’à 20 % de THC. Je me rappelle vaguement de la crise de panique qui s’est ensuivie, et je n’ai pas de misère à croire que le cannabis peut représenter des risques pour des jeunes plus fragiles. Or, dans tout le débat autour de la légalisation du pot, je ne me souviens pas avoir entendu quel pourcentage de THC allait être permis pour la vente de cannabis. Ce détail peut faire toute la différence… Ai-je manqué quelque chose?» demande Robert Leclerc, de Québec.

Comme toutes les plantes, la marijuana est composée d’une foule de molécules différentes, dont la plupart n’ont aucun effet sur notre cerveau. Ce que l’on appelle THC, acronyme pour tétrahydrocannabidiol, est l’ingrédient actif de la mari, la partie de la plante qui a un effet euphorisant.

Certaines personnes contestent l’idée que le pot d’aujourd’hui soit vraiment plus fort que celui de l’«époque des communes», mais le fait est qu’il existe beaucoup de données pour le prouver. Par exemple, une étude parue l’année dernière a analysé plus de 38 000 échantillons de cannabis saisi par la police américaine de 1995 à 2014, et a trouvé une augmentation constante de sa teneur en THC — de 4 % en moyenne à 12 % maintenant. Soulignons qu’il s’agit là de moyennes, ce qui implique évidemment des variations, et que cette étude a trouvé des teneurs supérieures à 25 % dans certains cas extrêmes.

Bien sûr, plus la mari contient de THC, plus l’effet est fort, mais cela vient avec des risques plus élevés aussi — crises de panique comme M. Leclerc en témoigne. Le pot est aussi un déclencheur connu de psychoses chez les schizophrènes et sa consommation fréquente à l’adolescence pourrait nuire au développement du cerveau.

Maintenant, le projet de loi déposé en avril par le gouvernement Trudeau pour légaliser le cannabis n’impose pas, à proprement parler, de limite aux teneurs en THC. Mais tout indique que cela viendra rapidement: le texte de loi contient des passages qui donnent au conseil des ministres le pouvoir de règlementer «la composition, la teneur, la concentration, la puissance, la pureté ou la qualité ou toute autre propriété du cannabis ou d’une catégorie de cannabis [mon soulignement]».

En outre, dans un document publié cette année, le Groupe de travail sur la légalisation et la réglementation de la marijuana (mis sur pied par Santé Canada) reconnaît que «les produits à concentration élevée [en THC] présentent plus de risques» et, parmi les manières de les réduire, propose d’imposer une limite à la teneur en THC.

Il serait donc assez étonnant que le fédéral n’agisse pas en ce sens. Reste à voir où il placera le seuil légal…

Source: Mahmoud A. El Sohly, Changes in Cannabis Potency over the Last Two Decades (1995-2014) — Analysis of Current Data in the United States, Biological Psychiatry, 2016

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«De combien d’éoliennes aurions-nous besoin pour obtenir les produits de consommation qui nous sont familiers?» demande Alphonse Willème.

J’interpréterai ici cette question comme revenant essentiellement à se demander de combien d’éoliennes on aurait besoin pour remplacer la production totale d’Hydro-Québec. Alors, prenons l’exemple de la première phase du parc éolien de la Seigneurie de Beaupré, inauguré en 2013. Il compte 126 éoliennes occupant 130 km2 de territoire et pouvant générer 272 mégawatts (MW) de puissance maximale.

Dans la plus pure des théories, c’est-à-dire si le vent soufflait toujours de manière forte et constante, ce parc éolien est capable de produire en un an: 272 MW X 24 h/jour X 365 jours/an = 2400 gigawatt-heure (GWh) environ. Pour remplacer la production d’électricité d’Hydro, qui était de 172 500 GWh en 2013, il faudrait donc 172 500 ÷ 2400 = presque 72 parcs éoliens comme la première phase de la Seigneurie de Beaupré.

Cependant, le vent ne souffle pas toujours fort, et encore moins de façon constante. Il y a toujours des périodes où il vente moins, voire pas du tout, si bien que les éoliennes ne produisent jamais autant qu’elles en sont théoriquement capables. Ainsi, d’après des chiffres d’Hydro-Québec, il y avait en 2016 près de 3300 MW de puissance éolienne «installée» (ou «théorique») au Québec, mais la société d’État n’a acheté que pour 8635 GWh d’énergie éolienne, soit environ le tiers du maximum théorique.

Pour remplacer toute l’électricité d’Hydro, il ne faudrait donc pas multiplier par 72 la phase 1 de la Seigneurie de Beaupré, mais bien par 72 x 3 = 216. Avec la même densité qu’à Beaupré, toutes ces éoliennes occuperaient près de 30 000 km2, soit une superficie à peu près équivalente à celle de la Gaspésie en entier — en présumant bien sûr que toute la région se prête bien à la production éolienne, mais c’est une autre histoire…