Dans le PLC de Justin Trudeau, l’image a pris une telle place qu’elle gomme (trop) souvent tout le reste, ou presque. On l’a vu lors du voyage diplomatique épouvantable que le premier ministre a fait en Inde, cet hiver, où la surmultiplication des costumes traditionnels a atteint un niveau parfaitement absurde, et qui fut abondamment raillé, écrit notre éditorialiste.

La forme et le fond

ÉDITORIAL / Que l’on aime ou non le Parti libéral du Canada, il y a de quoi se réjouir des derniers résultats de sondage qui le donnent en net recul dans les intentions de vote. Car à cause de l’importance parfois caricaturale que le gouvernement Trudeau a donnée à l’image au cours des dernières années, il est bien tentant d’y voir un heureux rappel qu’il y a des limites aux «miracles» que le marketing peut faire pour des politiciens, et que le fond compte encore pour quelque chose.

La dernière maison de sondage en date à prédire une défaite libérale est Angus Reid, qui place les conservateurs à 40 % contre seulement 30 % pour le PLC. Le Nouveau Parti démocratique suit à distance, avec 19 % des intentions de vote. Sans doute plus troublant encore pour Justin Trudeau est le fait qu’environ 55 % des répondants désapprouvent son travail contre seulement 40 % qui le voient toujours d’un bon œil. C’était l’inverse il y a un an, alors que M. Trudeau recevait 55 % d’opinions favorables contre 40 % de négatives.

Ce gouvernement-là n’a évidemment pas fait que se préoccuper de son image depuis son élection, en 2015. Ses actions dans des dossiers comme le cannabis et la tarification du carbone, par exemple, comptent certainement pour ce qu’on l’on appelle généralement «de la substance», que l’on soit d’accord ou non avec ses décisions. Mais dans le PLC de Justin Trudeau, l’image a pris une telle place qu’elle gomme (trop) souvent tout le reste, ou presque.

On l’a vu lors du voyage diplomatique épouvantable que le premier ministre a fait en Inde, cet hiver, où la surmultiplication des costumes traditionnels a atteint un niveau parfaitement absurde, et qui fut abondamment raillé. On l’a vu aussi lors du passage catastrophique de la ministre du Patrimoine Mélanie Joly — une autre dont la réputation tient d’abord à la maîtrise de la forme plutôt qu’aux réalisations et aux idées — à l’émission Tout le monde en parle, l’automne dernier. La ministre s’en était alors obstinément tenue à sa «cassette» au sujet du traitement extrêmement favorable dont Netflix bénéficie au Canada au mépris des faits, des expertises et des notions les plus élémentaires de justice fiscale. Et le tout, rappelons-le, dans le but essentiellement de sauver une ligne de presse : «pas de taxe Netflix». Rien de plus.

Il y a bien eu des fois où le gouvernement Trudeau s’est tiré d’un mauvais pas avec des belles paroles. Quand les libéraux ont commencé à enterrer leur promesse de réformer le système électoral, la ministre d’alors Maryam Monsef a brandi cyniquement une formule mathématique imprimée sur une feuille de papier pour faire semblant que les recommandations d’un comité sur la réforme étaient inutilement alambiquées. Elle fut (dûment) critiquée pour l’avoir fait, et le gouvernement Trudeau pour avoir mis de côté une promesse pourtant explicite, mais la cote de popularité des libéraux n’a pas, ou si peu, fléchi dans les semaines qui ont suivi.

C’était en 2016. Il faut croire que le PLC jouissait encore de l’immunité passagère qui caractérise les débuts de règne. Mais ce que les derniers sondages nous signalent, c’est que les coups de pub et les selfies ne peuvent pas tout masquer indéfiniment. Les décisions de fond et la manière de mener ses politiques — combien d’acteurs ont reproché au gouvernement Trudeau d’imposer trop rapidement la légalisation du cannabis? — ont encore leur importance. Et les électeurs ne se contentent pas éternellement des lignes de presse creuses. Fort heureusement.

La question qu’il reste à éclaircir, maintenant, est celle de savoir si le PLC de Justin Trudeau saura de lui-même délaisser un peu le maquillage publicitaire, ou s’il faudra changer de gouvernement pour rebalancer la forme et le fond à Ottawa. Que l’on aime ou non le Parti libéral du Canada, il y a de quoi se réjouir des derniers résultats de sondage qui le donnent en net recul dans les intentions de vote. Car à cause de l’importance parfois caricaturale que le gouvernement Trudeau a donnée à l’image au cours des dernières années, il est bien tentant d’y voir un heureux rappel qu’il y a des limites aux «miracles» que le marketing peut faire pour des politiciens, et que le fond compte encore pour quelque chose.