La LNH est la seule ligue majeure à tolérer les bagarres.

La dernière claque

ÉDITORIAL / Ceux qui comptaient sur les tribunaux pour que les bagarres disparaissent de notre sport national ont de quoi être déçus. Les quelque 19 millions $ que les ex-hockeyeurs viennent d’arracher à la Ligue nationale (LNH) ne sont guère plus que des pinottes. Et pour les joueurs, une dernière taloche. Une autre.

La poursuite intentée par 300 joueurs, dont une centaine d’anciens de la LNH, alléguait que la ligue n’avait pas adéquatement protégé ses joueurs et ne les avait pas bien informés au sujet des commotions cérébrales et de leurs séquelles parfois permanentes pouvant aller jusqu’à l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie neurodégénérative. Lundi, il a été annoncé que les ex-hockeyeurs avaient accepté des compensations de 22 000 $, plus la couverture de frais médicaux jusqu’à concurrence de 75 000 $.

Ce sont des broutilles pour des cas semblables. En mai dernier, un tribunal américain avait refusé que ces 300 joueurs et quelque 5000 autres unissent leur cause dans un recours collectif à cause de différences dans les lois de différents États au sujet des suivis médicaux. Cela a grandement limité les ressources disponibles pour la poursuite, qui était la plus grande à laquelle la LNH faisait face. Les ex-hockeyeurs ont donc dû se contenter des frais médicaux, essentiellement.

La LNH était parfaitement dans son droit de se défendre de la sorte. Mais au-delà des avocasseries, le fond moral de l’affaire ne nous en semble pas moins transparent : cette ligue-là traîne un lourd passé d’incurie à l’égard des blessures à la tête.

Il y a, certes, un risque inhérent à la pratique de tout sport, même ceux qui n’impliquent pas de contact physique. Mais toute ligue demeure responsable de faire ce qui peut raisonnablement être fait pour minimiser ces risques. Or pendant très longtemps, la LNH a laissé persister une culture où les joueurs restaient dans un match après une commotion. Sans compter le fait qu’elle était (et est toujours) la seule ligue majeure à tolérer les bagarres.

En 2011, après que trois de ses anciens bagarreurs (ayant tous un historique de dépression possiblement lié à de multiples commotions) soient morts par suicide ou par overdose en l’espace de quatre mois, le commissaire Gary Bettman s’était dit d’avis, dans des courriels révélés par la poursuite, que ces ex-joueurs avaient simplement des prédispositions pour les problèmes qui les affligeaient, et que leur profil de bagarreur était une conséquence de ces prédispositions, pas une cause.

Or les premières études liant l’ETC et la boxe datent des années... 1920. On veut bien croire que les pugilistes et les hockeyeurs ne sont pas exposés de la même manière, mais il ne fallait pas un prix Nobel pour voir le lien potentiel, voire probable, avec les commotions à répétition subies au hockey, surtout chez les spécialistes du combat. Une simple recherche Google permet de trouver des articles scientifiques remontant aux années 90 qui mentionnent un lien entre l’ETC et le hockey professionnel.

Malgré cela, le resserrement (par ailleurs bienvenu) des règles pour limiter les coups à la tête n’est encore que tout récent. Et bien qu’il y ait moins de batailles qu’avant, les joueurs qui se battent ne sont toujours pas expulsés, et encore moins suspendus — ce qui est une forme de tolérance. Pendant des décennies, la LNH a eu les moyens de mettre ses connaissances à jour sur les commotions. Il faut vraiment qu’elle ait choisi de regarder ailleurs pour ne pas agir. Et c’est en ce sens qu’elle est moralement, à défaut de légalement, responsable du sort de ces anciens joueurs.