Sciences

Les tunnels d'Elon Musk: pas demain la veille

BLOGUE / Elon Musk a présenté un (autre) projet aux ambitions technologiques frôlant la folie, récemment, avec comme objectif de régler les problèmes de congestion de Los Angeles. Juste ça... Venant de n'importe qui d'autre, le projet ne serait rien de plus qu'un joli rêve éveillé, mais comme on avait dit ça à propos des fusées-réutilisables-qui-atterrissent-en-tandem-après-un-vol-spatial, on se contentera de dire : on verra. Mais dans l'intervalle, le magazine «Wired» vient de pondre une petite liste de questions fort éclairante pour quiconque veut se faire une idée des défis qui attendent M. Musk.

Essentiellement, M. Musk propose de creuser un réseau touffu de tunnels sous Los Angeles et d'y faire circuler des voitures pouvant accomoder 16 personnes — en plus de filer à 150 km/h — au coût absurdement modique de 1 $ le trajet. Mais il y a un petit hic : pour y parvenir, l'entreprise lancée par M. Musk, la bien nommée Boring Company, devra améliorer suffisamment les technologies actuelles de creusage pour, tenez-vous bien, couper par 10 les coûts de 1 km de tunnel et multiplier par 15 la vitesse de construction.

Sans dire que j'y crois (ni que j'ai envie de parier contre Musk), voici quelques-uns des points soulevés par Wired :

  • La Boring Company veut garder le diamètre de ses tunnels relativement petit. Cela peut aider beaucoup, selon les experts cités par Wired.
  • Musk veut automatiser la construction, un peu comme une chaîne de montage. Et sur ce point, les experts ne s'entendent pas sur les avantages à en tirer...
  • Une autre façon par laquelle la BC veut réduire les coûts est de transformer les rebuts de creusage et en faire des briques, que l'on pourrait ensuite vendre. Mais il s'agirait alors de briques dont la qualité ne serait pas aussi bien contrôlée que celles que l'on fabrique de nos jours, et donc pas particulièrement intéressante pour l'industrie de la construction, prévient Gary Brierley, un ingénieur civil qui a passé toute sa carrière dans la construction de tunnels.
  • Dernier point que je soulèverai ici, mais non le moindre : c'est une chose de bâtir des tunnels et d'y faire circuler des navettes à grande vitesse. C'en est une autre de le faire de manière suffisamment efficace pour transporter, potentiellement, des millions de personnes par jour. Faire monter et descendre les navettes dans les tunnels prendra du temps, et à seulement 16 personnes par voyage, les experts cités par Wired ont un peu de mal à saisir comment ce genre de système peut être intéressant à très grande échelle. De ce que je comprends, ou bien le système transformerait les embouteillages en longues files d'attente pour prendre la capsule (et on ne serait pas bien avancé), ou bien il faudrait construire un très, très grand nombre de points d'accès distribués partout sur le territoire afin d'éviter qu'un trop grand nombre de gens s'agglutinent en un même point, mais alors cela impliquerait un très grand nombre d'arrêts. À chaque fois, la navette devrait remonter jusqu'à la surface, puis redescendre dans les tunnels, ce qui ralentirait énormément le système, peut-être au point de lui faire perdre tout intérêt.

Bref, tant mieux si Musk remporte ce pari-là. Mais il semble qu'on est encore bien loin du compte...

Actualités

Pas de lien entre l'autisme et la violence ?

L’affirmation: «L’autisme n’est pas synonyme de problèmes mentaux. C’est un trouble neurobiologique, mais cela n’a rien à voir avec la violence. L’autisme n’est pas la raison pour laquelle quelqu’un prend le volant d’une van et fonce dans une foule», a indiqué Margaret Spoelstra, de l’organisme de défense des droits Autism Ontario, lors d’un entretien avec le Toronto Star. Elle faisait référence au fait que des médias ont rapporté qu’Alek Minassian, qui a tué 10 personnes au camion-bélier cette semaine à Toronto, souffrirait du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme). Ce n’est pas la première fois que le lien autisme-violence revient sur la place publique, d’ailleurs : d’aucuns l’avaient évoqué après la tuerie de l’école Sandy Hook parce que le tireur, Adam Lanza, était Asperger lui aussi. Alors voyons voir…

Les faits

Dans l’ensemble, répond d’emblée Baudouin Forgeot d’Arc, psychiatre et spécialiste de l’autisme de l’Université de Montréal, «l’immense majorité des personnes autistes ne sont pas violentes et des crimes comme celui qui est arrivé à Toronto cette semaine leur semblent tout aussi bizarres et horribles qu’aux autres», dit-il. D’ailleurs, la violence ne fait pas partie des critères pour diagnostiquer un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Cette appréciation générale nous a également été confirmée du côté de l’Institut de santé mentale de Québec.

En outre, il n’y a pas grand-chose dans la littérature scientifique pour appuyer l’idée d’une violence plus fréquente chez les autistes. Une revue publiée en 2016 dans la Harvard Review of Psychiatry a bien trouvé quelques études suggérant que les autistes semblent surreprésentés dans les populations carcérales, mais ce n’est pas constant dans toutes les études. Et puis les chercheurs qui comparent les taux de violence entre les autistes et les non-autistes dans la population en générale (pas en prison) ne constatent pas de différence, dans la plupart des cas — à l’exception possible de la pyromanie, mais ce n’est pas sûr. «Ces études n’ont pas montré de manière concluante que les individus ayant un TSA sont plus violents que les individus sans TSA», indique l’article.

M. d’Arc note tout de même qu’il y a une petite étude, parue en 2017 dans le Journal of Psychology, qui a trouvé ce qui semble être une surreprésentation des autistes parmi les «tueurs de masse». Mais on parle ici d’une petite étude et d’une infime poignée de cas — six tueurs qui avaient un diagnostic ou des symptômes d’autisme sur un échantillon de 73 tueries —, si bien qu’on ne peut absolument rien en déduire sur les TSA en général.

Et même si des études futures venaient confirmer cette surreprésentation, cela ne voudrait pas forcément dire que c’est l’autisme lui-même qui augmente le risque, prévient M. d’Arc. On sait par exemple que l’isolement social est un facteur de risque pour une foule de crimes — les mass killers traversent typiquement une période d’isolement plus ou moins longue juste avant de passer à l’acte. Or «beaucoup de personnes autistes vivent de l’exclusion sociale, plus que la moyenne, indique M. d’Arc. Ils sont aussi plus souvent victimes d’abus ou d’autres stresseurs. […] Alors s’ils étaient vraiment surreprésentés parmi les criminels, est-ce que ce serait à cause de leur autisme ou à cause de ces autres facteurs-là?»

Enfin, souligne M. d’Arc, il faut noter que l’autisme ne désigne pas une maladie bien définie, mais plutôt un ensemble de symptômes possibles dont les combinaisons et la gravité varient d’un individu à l’autre. S’il s’en trouve qui sont plus portés sur la violence (de la même manière que certains non-autistes le sont), «il s’en trouve aussi qui sont extrêmement scrupuleux des règles, alors chez eux l’autisme est un facteur qui prévient les délits plutôt que les favoriser».

Le Verdict

Vrai. On peut trouver quelques études qui suggèrent une violence plus fréquente chez les autistes, mais elles sont contredites par d’autres. De même, il est possible qu’une sous-population d’autistes soit surreprésentée chez les tueurs de masse mais, même si c’est bien le cas, cela ne concerne qu’une partie absurdement mince des gens qui ont un TSA. Dans l’ensemble, le lien autisme-violence est étudié depuis des décennies, et si l’on n’a toujours pas trouvé de preuve concluante que ce lien existe, cela doit vouloir dire quelque chose...

Chronique

Sous les tropiques du Saguenay

CHRONIQUE / «J’ai remarqué qu’il fait souvent quelques degrés plus chaud au Saguenay-Lac-St-Jean qu’à Québec (sauf en hiver). Pourtant, c’est une région qui est située plus au nord. Alors existe-t-il des conditions particulières qui réchauffent le climat là-bas ?», demande Louise Angers, de Québec.

Il peut arriver, en effet, qu’il fasse plus chaud au «Saglac», comme on dit, mais la règle générale demeure qu’il y fait plus froid, comme le montre le graphique ci-dessous.

Science

En 400 mots: quel avenir pour le rhino blanc?

Il avait 45 ans, un âge vénérable pour un animal de son espèce: Sudan, le dernier mâle rhinocéros blanc du Nord, est décédé cette semaine, au Kenya. Voici un petit guide pour comprendre ce qui est arrivé et ce que cela signifie pour l’espèce, en cinq questions.

Q Est-ce le dernier rhino blanc?

Pas tout à fait. Le rhinocéros blanc du Nord est une sous-espèce du rhinocéros blanc, l’autre étant appelée simplement «du Sud». Pour la sous-espèce du Nord, c’est essentiellement la fin des tout derniers espoirs — même si ceux-ci n’étaient plus que théoriques depuis quelques années, voir plus bas —, puisqu’il ne reste plus que deux spécimens en vie, tous deux femelles. La sous-espèce du Sud, cependant, compte plus de 20 000 têtes, vivant très principalement en Afrique du Sud; cette population n’est pas considérée en danger, bien que son avenir ne soit pas complètement assuré, comme l’indique son statut de «quasi-menacé».

Q Est-ce dramatique quand même?

R Oui, absolument. La disparition d’une sous-espèce est peut-être «moins pire» que celle d’une espèce entière, mais du point de vue de la biodiversité, cela n’en est pas moins une perte significative. C’est d’autant plus vrai dans le cas du rhinocéros blanc du Nord, que l’on estime que les deux sous-espèces sont séparées géographiquement depuis environ 1 million d’années. La distance génétique entre les deux est donc relativement grande.

Q Comment le spécimen est-il décédé?

R Sudan a dû être euthanasié. L’an dernier, le magazine Wired rapportait déjà qu’il avait une jambe rongée par l’arthrite, au point de peiner à se déplacer. Cette semaine, les médias disaient de lui qu’il ne pouvait plus marcher du tout. Il était également aveugle d’un œil.

Q Avait-on tenté de le faire s’accoupler pour sauver l’espèce?

R En 2009, Sudan et trois autres spécimens qui vivaient ensemble dans un zoo avaient été relocalisés dans le Ol Pejeta Conservancy, un sanctuaire de 360 km2 au Kenya. L’espoir était que leur nouvel environnement, plus naturel, allait les inciter à se reproduire. Cependant, ces animaux étaient tous de proches parents — les deux femelles toujours vivantes sont la fille et la petite-fille de Sudan — et ne sont pas parvenus à s’accoupler, indique l’organisme britannique Save the Rhino. En outre, Sudan ne tolérait plus très bien la compagnie de ses semblables dernièrement.

Q IVF: le dernier espoir?

R En théorie, on pourrait féconder les deux femelles restantes avec du sperme congelé — certains labos en conservent des échantillons. Mais la technique n’est pas facile à mettre en œuvre sur des rhinocéros et même l’organisme Save the Rhino ne semble pas y croire. Car même si on y parvenait, les problèmes qui ont mené à son extinction, soit principalement le braconnage à cause d’une forte demande pour ses cornes en médecine traditionnelle chinoise, n’ont pas été réglés. Alors où vivraient les futurs spécimens?

Éditorial

La forme et le fond

ÉDITORIAL / Que l’on aime ou non le Parti libéral du Canada, il y a de quoi se réjouir des derniers résultats de sondage qui le donnent en net recul dans les intentions de vote. Car à cause de l’importance parfois caricaturale que le gouvernement Trudeau a donnée à l’image au cours des dernières années, il est bien tentant d’y voir un heureux rappel qu’il y a des limites aux «miracles» que le marketing peut faire pour des politiciens, et que le fond compte encore pour quelque chose.

La dernière maison de sondage en date à prédire une défaite libérale est Angus Reid, qui place les conservateurs à 40 % contre seulement 30 % pour le PLC. Le Nouveau Parti démocratique suit à distance, avec 19 % des intentions de vote. Sans doute plus troublant encore pour Justin Trudeau est le fait qu’environ 55 % des répondants désapprouvent son travail contre seulement 40 % qui le voient toujours d’un bon œil. C’était l’inverse il y a un an, alors que M. Trudeau recevait 55 % d’opinions favorables contre 40 % de négatives.

Ce gouvernement-là n’a évidemment pas fait que se préoccuper de son image depuis son élection, en 2015. Ses actions dans des dossiers comme le cannabis et la tarification du carbone, par exemple, comptent certainement pour ce qu’on l’on appelle généralement «de la substance», que l’on soit d’accord ou non avec ses décisions. Mais dans le PLC de Justin Trudeau, l’image a pris une telle place qu’elle gomme (trop) souvent tout le reste, ou presque.

On l’a vu lors du voyage diplomatique épouvantable que le premier ministre a fait en Inde, cet hiver, où la surmultiplication des costumes traditionnels a atteint un niveau parfaitement absurde, et qui fut abondamment raillé. On l’a vu aussi lors du passage catastrophique de la ministre du Patrimoine Mélanie Joly — une autre dont la réputation tient d’abord à la maîtrise de la forme plutôt qu’aux réalisations et aux idées — à l’émission Tout le monde en parle, l’automne dernier. La ministre s’en était alors obstinément tenue à sa «cassette» au sujet du traitement extrêmement favorable dont Netflix bénéficie au Canada au mépris des faits, des expertises et des notions les plus élémentaires de justice fiscale. Et le tout, rappelons-le, dans le but essentiellement de sauver une ligne de presse : «pas de taxe Netflix». Rien de plus.

Il y a bien eu des fois où le gouvernement Trudeau s’est tiré d’un mauvais pas avec des belles paroles. Quand les libéraux ont commencé à enterrer leur promesse de réformer le système électoral, la ministre d’alors Maryam Monsef a brandi cyniquement une formule mathématique imprimée sur une feuille de papier pour faire semblant que les recommandations d’un comité sur la réforme étaient inutilement alambiquées. Elle fut (dûment) critiquée pour l’avoir fait, et le gouvernement Trudeau pour avoir mis de côté une promesse pourtant explicite, mais la cote de popularité des libéraux n’a pas, ou si peu, fléchi dans les semaines qui ont suivi.

C’était en 2016. Il faut croire que le PLC jouissait encore de l’immunité passagère qui caractérise les débuts de règne. Mais ce que les derniers sondages nous signalent, c’est que les coups de pub et les selfies ne peuvent pas tout masquer indéfiniment. Les décisions de fond et la manière de mener ses politiques — combien d’acteurs ont reproché au gouvernement Trudeau d’imposer trop rapidement la légalisation du cannabis? — ont encore leur importance. Et les électeurs ne se contentent pas éternellement des lignes de presse creuses. Fort heureusement.

La question qu’il reste à éclaircir, maintenant, est celle de savoir si le PLC de Justin Trudeau saura de lui-même délaisser un peu le maquillage publicitaire, ou s’il faudra changer de gouvernement pour rebalancer la forme et le fond à Ottawa. Que l’on aime ou non le Parti libéral du Canada, il y a de quoi se réjouir des derniers résultats de sondage qui le donnent en net recul dans les intentions de vote. Car à cause de l’importance parfois caricaturale que le gouvernement Trudeau a donnée à l’image au cours des dernières années, il est bien tentant d’y voir un heureux rappel qu’il y a des limites aux «miracles» que le marketing peut faire pour des politiciens, et que le fond compte encore pour quelque chose.

Actualités

Les «déséquilibres» de l’ALENA

L’affirmation : «Nous faisons de gros déficits commerciaux avec le Canada et le Mexique. L’ALENA, que nous sommes en train de renégocier, a été un mauvais accord pour les États-Unis [provoquant] des délocalisations massives d’usines et d’emplois. Les nouveaux tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium ne seront levés que si un ALENA nouveau et plus juste est signé», a tweeté le président américain, Donald Trump, lundi.

Les faits

Un déficit commercial signifie qu’un pays a importé davantage de produits qu’il n’en a exportés. Classiquement, on le calcule sur la base des biens qui sont transigés. Et si l’on ne regarde que les biens, il est vrai que les États-Unis font des déficits commerciaux chroniques avec le Canada et le Mexique, à hauteur de 17,5 et 71 milliards $, respectivement, en 2017 selon des chiffres du Census Bureau des États-Unis.

Cependant, il y a plusieurs choses à dire là-dessus. D’abord, si l’on inclut aussi les services (qui, après tout, font partie de l’économie eux aussi) dans l’équation, alors les États-Unis n’ont pas fait de déficit commercial avec le Canada l’an dernier, mais bien un surplus de 2,6 milliards $ pour les trois premiers trimestres de 2017, toujours d’après les données américaines. En 2016, la balance commerciale totale (services + biens) fut de 7,7 milliards $ en faveur des États-Unis et de 4 milliards $ l’année d’avant.

L’Oncle Sam a bien fait un déficit commercial de 11 milliards $ avec le Canada en 2014, mais il est dans l’ensemble très difficile de voir dans tout ça un signe que l’ALENA défavorise les États-Unis. D’autant plus que leurs déficits commerciaux avec le Canada ont déjà dépassé les 20 milliards $ au milieu des années 80, soit avant les accords de libre-échange.

Cela dit, cependant, il est vrai que le déficit commercial américain avec le Mexique a littéralement explosé avec l’entrée en vigueur de l’ALENA, en 1994 : alors que les États-Unis faisaient de petits surplus commerciaux (de 1 à 5 milliards $) dans leurs échanges avec le Mexique au début des années 90, ils ont fait des déficits de 60 à 70 milliards $ ces dernières années. L’industrie de l’auto, en particulier, a construit nombre d’usines ces dernières années.

Affaires

Le vieux spectre du chapitre 11 de l'ALENA

L’affirmation : «Le chapitre 11 de l’ALENA définit un système de Règlement des différends entre investisseur et État, un tribunal administratif partial qui a le pouvoir de renverser des lois nationales», lit-on dans une déclaration dévoilée mercredi par le Réseau québécois sur l’intégration continentale. Le document a reçu l’appui de plusieurs organisations environnementales (Greenpeace, AmiEs de la Terre, etc.) et syndicales (FTQ, CSN, CSQ), qui tiendront une manifestation contre l’ALENA samedi, à Montréal.

Les faits

Il y a longtemps que le chapitre 11 de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est décrit par beaucoup de gens à gauche (et certains à droite) comme plaçant les intérêts des multinationales au-dessus de tout et empêchant les États de protéger l’environnement et la santé des populations. Il n’y a pas que ça dans la déclaration de la coalition écolo-syndicaliste, mais c’en est une part importante.

Cependant, il s’avère que c’est une lecture des faits qui n’est plus valide. Le fameux chapitre 11 est un mécanisme d’arbitrage qui sert essentiellement à protéger les investisseurs contre le favoritisme que les gouvernements mexicain, américain et canadien pourraient être tentés de pratiquer envers leurs industries nationales. À l’origine, l’Accord de libre-échange «original», qui n’incluait que les États-Unis et le Canada, n’avait pas de mécanisme de ce genre. Mais on sentit le besoin d’en ajouter un quand le Mexique s’est joint au partenariat parce que ce pays avait un historique de corruption et qu’il ne faisait pas partie de l’OCDE.

«Il y a des critères très précis pour donner droit à l’attribution de dommages. Soit que c’est une expropriation qui n’a pas été faite selon les règles, soit que c’est une décision discriminatoire», explique l’avocat en commerce international Bernard Colas, de la firme montréalaise CMKZ. Si, par exemple, un État décidait de transformer en parc national les terrains détenus par une entreprise minière étrangère tout en délimitant le parc de manière à ce que les minières «de la place» puissent poursuivre leurs activités, cela pourrait être contesté.

Cependant, au cours des premières années de l’ALENA, des avocats et des entreprises ont interprété le chapitre 11 de manière plus large, et «disons que ça a pu être inquiétant au début», indique le professeur de droit du commerce Richard Ouellet, de l’Université Laval.

Certaines des premières décisions rendues laissaient entrevoir que presque n’importe quelle nouvelle loi, même pour protéger la santé, pouvait ouvrir la porte à des dédommagements aux entreprises concernées. «Mais la jurisprudence autour du chapitre 11 est beaucoup plus équilibrée maintenant, dit M. Ouellet. Il y a un souci qui a été développé par les arbitres de laisser suffisamment de marge de manœuvre aux États.»

Science

Dans la tête d'un homard...

L’affirmation

«Les vertébrés et les décapodes marcheurs [comme le homard, ndlr] doivent être étourdis au moment de leur mise à mort. Si l’étourdissement n’est pas possible, toutes les dispositions utiles doivent être prises pour réduire à un minimum les douleurs, les souffrances et l’anxiété», lit-on dans une ordonnance émise récemment par le gouvernement suisse et qui interdit de plonger les homards vivants dans l’eau bouillante. Cela implique donc que les crustacés seraient capables de «douleurs, de souffrance et d’anxiété» — c’est la base de cette décision.

Alors, est-ce que c’est vrai?

Les faits

«Si je me brûle sur le poêle, ça va me faire mal, mais ça peut aussi me fâcher, ou me donner envie de pleurer, etc., explique le neurochercheur de l’Université de Sherbrooke Serge Marchand (aujourd’hui directeur scientifique du Fonds québécois de recherche en santé). On dissocie souvent les composantes sensorielle et émotionnelle, mais elles sont activées en même temps dans le cerveau […] et ce sont toutes ces émotions-là ensemble qui vont faire que je vais bien apprendre qu’il ne faut pas se mettre la main sur le poêle, même si je ne pense pas qu’il est allumé.» Car la douleur sert à ça: permettre à l’individu d’adapter son comportement de manière à éviter les blessure. Désagréable, mais très utile…

Il y a un certain nombre de conditions préalables pour qu’on considère un animal capable de souffrir. Ou du moins, pour que la possibilité théorique qu’il souffre reste ouverte — parce qu’en pratique, dans ce dossier, les faits et leur interprétation sont deux choses bien distinctes, comme on s’apprête à le voir.

Mais commençons par les faits avérés. Pour pouvoir envisager la notion de douleur chez un animal, il faut d’abord qu’il ait des terminaisons nerveuses spécialisées dans la perception des signaux désagréables (brûlure, coupure, choc mécanique, etc); les crustacés en ont. Ces nerfs-là doivent aussi envoyer leurs signaux au «système nerveux central» ou à ce qui sert de cerveau à l’animal; s’ils ne le font pas, c’est la preuve que les «messages» de ces nerfs sont inconscients, mais ces connections existent chez le homard. Le «cerveau» de l’animal doit en outre réagir à ces signaux, et une étude parue en 2014 dans Science a établi que les écrevisses qui subissaient des chocs électriques avaient plus de sérotonine (molécule associée notamment au stress et à l’anxiété chez l’humain) dans le cerveau et plus de glucose dans le sang, ce qui est considéré comme une réponse de stress. L’animal doit aussi changer son comportement, comme protéger un membre blessé et/ou apprendre, par exemple, à éviter un endroit dans sa cage où il reçoît des chocs électrique — et les crustacés sont capables des deux. Et ces réactions-là doivent être diminuées quand on administre des analgésiques aux animaux; c’est le cas du homard quand on lui donne de la morphine, encore qu’il n’est pas clair si c’est à cause d’un effet antidouleur ou d’un engourdissement général, lit-on dans une revue de la littérature scientifique publiée en 2014 dans Animal Behaviour.

Maintenant, la question difficile est: est-ce suffisant pour considérer le homard comme étant capable de douleur, ou n’est-ce rien de plus que la mécanique derrière un ensemble de réflexes inconscients? Et la seule chose sur laquelle tout le monde s’entend, c’est qu’on n’en sera jamais complètement sûr.

Pour des chercheurs comme Éric Troncy, spécialiste de la douleur animale à l’Université de Montréal, oui, c’est suffisant, même si ce n’est pas une preuve formelle. «Avec ces éléments-là, pour moi, ça devient très difficile de dire que ces animaux-là ne ressentent pas la douleur, dit-il. Quand on a des signes de comportements modifiés comme ceux-là, on se doit d’être prudent et leur donner le bénéfice du doute.» Cette idée de «doute raisonnable» revient d’ailleurs souvent dans les travaux qui soutiennent l’idée d’une souffrance chez les crustacés, puisque tous admettent que la preuve nous échappe.

Mais pour d’autres, comme le neurochercheur de l’Université Laval Yves De Koninck, ces faits-là sont beaucoup moins convaincants qu’ils en ont l’air. Même des limaces peuvent être entraînées à éviter un endroit où elles reçoivent des stimuli désagréables, dit-il. Or elles n’ont pas de cerveau à proprement parler mais simplement un «ganglion neuronale» (un petit amas de quelques neurones), ce qui les rend absolument et manifestement dénuées de conscience. Et sans conscience, il n’y a pas de souffrance possible.

En fait, poursuit M. De Koninck, on peut écrire un programme informatique qui permettrait à un robot d’avoir les mêmes comportements d’évitement et d’apprentissage, ce qui ne signifierait pas qu’une machine est capable de souffrir.

Bien qu’il existe des invertébrés qui ont des capacités mentales relativement étonnantes (les pieuvres, en particulier), le homard n’en fait pas partie, selon M. De Koninck. «Quand on dit que les homards ont un système nerveux central, personnellement, je conteste ça. Ils n’ont que des ganglions, des agrégats de cellules nerveuses, et en termes de complexité, c’est à des années-lumières non seulement de notre cerveau, mais aussi de notre moelle épinière. Et la moelle épinière, c’est un système de réflexe et de nociception [ndlr: perception d’un stimulus désagréable, mais sans composante consciente ou émotionnelle]», illustre-t-il.

Or sans conscience et sans émotion, on ne peut pas parler de douleur, tranche M. De Koninck.

À cela, cependant, des gens comme M. Troncy répondent que ce n’est pas parce que le homard n’est pas doté d’un cerveau comme le nôtre qu’il ne souffre pas — ces sensations peuvent être situées ailleurs, dans un endroit qu’on n’a pas encore découvert.

Verdict

Pas clair. L’argument le plus «dur», celui dont on est le plus sûr (l’absence de structure cérébrale permettant la conscience chez le homard), plaide pour l’absence de douleur chez le homard, alors que les éléments qui suggèrent qu’il souffre reposent davantage sur l’interprétation de son comportement et sur ce qu’on ne connaît pas (des structures à découvrir chez le homard), ce qui est plus faible. Mais si un simple doute raisonnable peut justifier l’interdiction d’ébouillanter les homards, cela peut suffire. Rendu là, ce n’est plus une question de faits ou de données, mais de sensibilité.

Science

De burqa et de vitamines

«À cause de leur habillement qui les couvre de la tête aux pieds, les femmes musulmanes sont-elle privées de la vitamine que le soleil fournit?» demande Pierre Courteau, de Cap-Rouge.

Le soleil ne «fournit» pas, à proprement parler, de vitamine. Cependant, la partie ultraviolette de son rayonnement transporte suffisamment d’énergie pour briser des liens chimiques dans certaines molécules — et c’est de cette manière que le soleil aide à fabriquer de la vitamine D. Nous avons un peu partout dans le corps une molécule poétiquement nommée 7-déhydrocholestérol, dont l’organisme se sert pour fabriquer des cholestérols. Quand les ultraviolets frappent les 7-déhydrocholestérol qui s’adonnent à se trouver dans notre peau, ils les brisent et les changent en «pré-vitamine D» — le corps se charge ensuite de compléter la transformation en «vraie» vitamine D. C’est pour cette raison que l’exposition de la peau au soleil est considérée comme une source importante de cette vitamine.

Il est évident que tout ce qui bloque le rayonnement solaire freine cette production, et plus la peau est cachée, moins elle peut fabriquer de vitamine D. Hormis quelques nuances importantes sur lesquelles je reviendrai tout de suite, des études ont démontré, sans grande surprise, que les femmes musulmanes qui portent le voile (surtout la burqa et le niqab, qui sont des voiles intégraux) ont en moyenne moins de vitamine D dans le sang que les autres. Par exemple, des endocrinologues américains ont analysé en 2009 le sérum (la partie liquide du sang) de 87 femmes vivant à Dearborne (Michigan), où vit une importante communauté musulmane. Les niveaux mesurés étaient plutôt bas pour toutes les participantes, mais davantage pour celles qui portaient le voile (4 nanogrammes par millilitre) que celles qui ne le portaient pas (8,5 ng/ml). Des résultats comparables ont été obtenus dans d’autres études, menées en Jordanie et en Inde.

Maintenant, la question est de savoir si le voile islamique peut vraiment être considéré comme un «problème» (je ne dis pas que c’est ce que M. Courteau avait en tête, mais, dans le contexte actuel, il s’en trouvera plusieurs pour sauter à cette conclusion), et la réponse est: non, pas vraiment.

Bien sûr, une carence en vitamine D vient avec une série de conséquences potentielles. Cela peut, par exemple, réduire la minéralisation des os et les rendre plus fragiles, cela peut provoquer des douleurs et une faiblesse musculaires (de même que des tressautements), cela peut causer de la pré-éclampsie chez les femmes enceintes et des malformations chez les enfants et, de manière générale, une carence en vitamine D augmente le risque de dépression. Bref, c’est pas jo-jo.

Mais si l’on décide de considérer le voile islamique comme un problème pour cette raison-là, alors il faut se préparer à gérer un sacré paquet d’autres soi-disant «problèmes». Les gens d’ascendance africaine, par exemple, doivent leur peau foncée à un pigment, la mélanine, dont la fonction est de bloquer les ultraviolets. Cela protège contre les coups de soleil, mais cela implique aussi que pour fabriquer une même quantité de vitamine D, leur peau doit être davantage exposée que celle des Blancs. Si bien que c’est sans grande surprise qu’une étude publiée en 2006 dans le Journal of Nutrition a trouvé que les Afro-Américains ont environ deux fois moins de vitamine D dans le sang que les «caucasien», soit 12 à 16 ng/ml contre 25 à 35 ng/ml (selon la saison).

Cela ne veut bien évidemment pas dire que la couleur de la peau est un «problème», mais simplement que les gens qui ont la peau foncée doivent s’assurer de compenser par l’alimentation.

Car l’exposition de la peau au soleil est loin d’être la seule source possible de vitamine D. Il existe toute une gamme de produits latiers enrichis de vitamine D, les viandes et les œufs en contiennent naturellement, et plusieurs sortes de poisson en sont d’excellentes sources. Et c’est une chance, d’ailleurs, parce que les musulmanes et les Noirs ne sont vraiment pas les seules personnes susceptibles de manquer de cette vitamine. Une étude albertaine parue l’an dernier montre en effet qu’environ 80 % des gens qui travaillent à l’intérieur et des travailleurs de nuit manquent de vitamine D, ce qui est beaucoup plus que ceux qui travaillent à l’extérieur (48 %). Notons qu’il y a un débat entourant le seuil à partir duquel on peut parler d’une carence en vitamine D, mais cela illustre que c’est beaucoup plus qu’une question vestimentaire.

Pour tout dire, en fait, deux dermatologues canadiens ont établi en 2015 qu’il est purement et simplement impossible de synthétiser assez de vitamine D uniquement par la peau en hiver à des latitudes et dans des climats comme les nôtres. Dans leur étude parue dans le Journal de l’Association médicale canadienne, Pavandeep Gill et Sunil Kalia ont consulté les archives d’Environnement Canada pour connaître l’indice ultraviolet d’heure en heure dans 13 villes, de 1991 à 2004. Et il appert qu’en janvier dans une ville comme Mont­réal, même pour quelqu’un qui a la peau pâle, il faut exposer le quart de son corps (visage, cou et bras en entier) pendant environ une heure au soleil, à l’extérieur, pour sécréter soi-même la quantité minimale de vitamine D dont le corps a besoin.

À la suite de quoi, j’imagine, il faut se rendre à l’urgence pour faire soigner son hypothermie et ses engelures — mais au moins, on peut alors dire aux médecins qu’on n’a pas besoin de vitamine D pour aujourd’hui...

Sources:
› Pavandeep Gill et Sunil Kalia, «Assessment of the feasibility of using sunlight exposure to obtain the recommended level of vitamin D in Canada», CMAJ Open, 2015, goo.gl/8kgXFd
› Daniel Sowah et al., «Vitamin D levels and deficiency with different occupations: a systematic review», BMC – Public Health, 2017, goo.gl/oMTMTH
› Susan Harris, «Vitamin D and African Americans», Journal of Nutrition, 2006, goo.gl/V1rFUz
› Raymond Hobbs et al., «Severe vitamin D deficiency in Arab-American women living in Dearborn, Michigan», Endocrine Practice, 2009, goo.gl/fXqbc8

Précision : une version antérieure de ce texte laissait entendre que les produits laitiers contiennent tous de la vitamine D. Or c'est faux : le lait est souvent enrichi de vitamine D, mais il n'en contient pas naturellement. Mes excuses.

Science

Mythes et vérités sur les régimes

Perdre du poids, mais pas trop vite. Ne pas manger entre les repas. Se fixer des objectifs réalistes. Par-dessus tout, couper les sucres… En cette période de l’année où les bonnes résolutions n’ont pas (encore) été abandonnées, bien des gens à la diète suivent toutes sortes de règles censées les aider à atteindre enfin le poids rêvé. Mais ces «Dix Commandements du Régime» sont-ils vrais? Ont-ils seulement été testés?

«Ce n’est pas facile à mesurer, ces choses-là», dit d’emblée la chercheuse en nutrition de l’Université Laval Simone Lemieux. La liste des facteurs qui font et défont le succès d’une diète amaigrissante est longue et pas toujours possible à démêler : génétique de chacun, poids de départ, motivation et discipline personnelles, temps disponible pour s’entraîner ou cuisiner, habitudes de vie, etc.

Mais une chose est sûre : perdre quelques kilos, c’est la partie (relativement) facile de l’histoire. Maintenir son nouveau poids à long terme est une autre paire de manches. «C’est comme ça dans tous les domaines de la vie, pas juste pour l’alimentation, dit Mme Lemieux. Si je décide de me coucher à 10h au lieu de 11h, ça a bien des implications qui font qu’on revient souvent très rapidement à nos habitudes de départ. Et dans le cas des régimes, il y a une autre difficulté qui s’ajoute : le corps humain est fait pour survivre et pour résister à la perte de poids. Il y a des mécanismes qui se sont mis en place au cours de l’évolution humaine pour qu’on ne meure pas de faim. Si bien que quand on commence à perdre du poids, le métabolisme s’ajuste pour économiser de l’énergie et cesser d’en perdre.»

C’est justement pour contourner ces écueils et pour éviter de reprendre tout le poids perdu que bien des «règles d’or» des régimes ont été édictées. Examinons-en quelques-unes, et voyons ce qu’elles valent. Il va sans dire que sur le plan individuel, certains de ces «trucs» peuvent convenir à certaines personnes et pas à d’autres. Mais disons que ce qui suit devrait inciter à ne pas fonder trop d’espoir là-dessus…

C’est le sucre qui est le pire › MYTHE

Voilà un thème à la mode depuis quelques années : le sucre serait l’ennemi public numéro 1 de notre santé, et les «régimes sans sucre» sont légion sur le Web.

«Des études là-dessus, il y en a plein, témoigne Benoît Arsenault, chercheur en kinésiologie de l’Université Laval et spécialiste de l’obésité. C’est une obsession pour certaines personnes de regarder les pourcentages de gras et de glucide dans l’alimentation. Mais quand on regarde les études qui maintiennent les calories égales et qui font juste faire varier la part des gras et des glucides […], il n’y a pas vraiment de différence entre les deux.»

Ainsi, une méta-analyse (soit une étude qui agrège les résultats de plusieurs autres études pour en faire une plus grosse et plus solide) publiée en 2012 a conclu, en comparant les régimes faibles en graisse à ceux qui coupent dans les glucides, que «les réductions du poids corporel, de la circonférence de la taille et des autres facteurs de risque métabolique n’étaient pas significativement différentes entre les deux diètes».

La perte de poids graduelle est plus facile à maintenir › PAS CLAIR

Dans les années 2000, environ 250 femmes obèses de Floride ont été soumises à un régime, puis ont été classées selon leur perte de poids après un mois : les «graduelles» (perte de moins de 0,2 kg par semaine), les «modérées» (entre 0,2 et 0,7 kg/sem) et les «rapides» (plus de 0,7 kg/sem). Au bout de 18 mois, environ la moitié (51 %) des femmes dans le groupe «rapide» étaient parvenues à perdre 10 % ou plus de leur poids et à maintenir leurs progrès, contre 36 % dans le groupe modéré et seulement 17 % chez celles qui ont perdu du poids le plus lentement.

Des objectifs très ambitieux ne sont manifestement pas toujours des nuisances. Mais nuance Mme Lemieux, «ce n’est peut-être pas si clair» que ces résultats laissent entendre. Certaines études, souligne-t-elle, suggèrent que les pertes de poids extrêmes — comme dans l’émission The Biggest Loser — chamboulent dramatiquement le métabolisme, qui devient alors plus économe (et plus résistant aux diètes) que pendant un régime plus modéré.

La perte de poids rapide pourrait donc quand même, dans certaines circonstances, être contreproductive.

«Mais il reste que derrière tout ça, je pense que ça peut marcher de perdre beaucoup de poids en peu de temps, si la personne comprend bien qu’elle ne pourra pas revenir à ses habitudes de vie d’avant. Par contre, le problème avec les régimes radicaux, c’est que les gens les font souvent en se disant : “OK, je me rentre la tête en dessous de l’eau, j’attends que ça passe, et après la vie va continuer comme avant”. C’est peut-être plus ça, la question de fond.»

L’exercice n’est pas une bonne manière de perdre du poids › PLUTÔT VRAI

L’idée défraie les manchettes depuis quelques années parce que des études ont conclu que, pour perdre du poids, se mettre à l’exercice ne fonctionne pas, ou peu. Et ce n’étaient pas des résultats isolés : en 2016, une équipe hollandaise a réuni tous les essais cliniques comparant les régimes et l’exercice (4800 personnes en tout), et a conclu que la diète est très clairement plus efficace pour perdre du poids. Mais ce n’est pas toute l’histoire…

«Les gens ont tendance à regarder uniquement le pèse-personne pour mesurer les bénéfices de l’activité physique, et ça peut mener à l’abandon parce qu’effectivement, ce n’est pas la meilleure manière. Mais il y a aussi un paquet d’autres avantages à faire de l’exercice, comme un meilleur sommeil, plus d’énergie, etc.», signale M. Arsenault.

Si l’exercice fait perdre moins de poids, c’est parce qu’il remplace une partie de la graisse perdue par du muscle. La balance, elle, ne fait pas la différence entre les deux, mais elle est cruciale pour la santé. La même étude de 2016 a d’ailleurs montré que l’exercice, même lorsqu’il ne fait pas perdre de poids, semble plus efficace que la diète pour se débarrasser de la graisse viscérale, qui est clairement la pire pour les maladies cardiaques et le diabète.

Les collations sont l’ennemi des régimes › MYTHE

Cela semble évident comme le ciel, à première vue, que manger 6 ou 8 fois par jour fait engraisser davantage que seulement trois fois. Mais c’est faux. Pour tout dire, en fait, il y a même des études qui ont testé l’idée d’étaler les trois repas de la journée en plusieurs petits snacks. Les résultats ne furent pas miraculeux, relate Mme Lemieux, mais cela montre bien que l’essentiel est ailleurs.

«Le problème n’est pas tant la fréquence des repas que le fait que les collations sont souvent très riches en sucres ou en lipides, dit-elle. Pour le reste, cependant, il faut y aller au cas par cas : ceux chez qui le signal de satiété est faible devraient éviter la méthode des collations, mais il peut valoir la peine de prendre un petit snack en après-midi si cela calme la faim et évite de trop manger le soir», conseille la nutritionniste.

Il faut se fixer des objectifs réalistes › PAS CLAIR

Il y a une douzaine d’années, des chercheurs du Minnesota ont demandé à 1800 personnes obèses qui commençaient une diète combien de poids ils entendaient perdre. Et leurs objectifs étaient, en moyenne, clairement irréalistes, représentant grosso modo entre le cinquième (hommes) et le quart (femmes) de leur poids. Cependant, au bout de 12 mois, ceux qui avaient les objectifs les plus ambitieux au départ n’avaient pas échoué plus souvent : en fait, ils avaient perdu un peu plus de poids (environ 1 livre) en moyenne que les autres.

«J’ai vu ces résultats-là, mais j’ai déjà vu le contraire aussi : des études qui concluent que ceux qui ont des objectifs réalistes réussissent mieux», commente Mme Lemieux.

Et puis, ajoute M. Arsenault, peut-être que les objectifs de perte de poids visent la mauvaise cible. «Notre motivation personnelle a peu d’influence sur la perte de poids [qui est déterminée par plusieurs autres facteurs qu’on ne peut pas toujours changer, NDLR]. Mais si on se fixe des objectifs de comportements, que ce soit de faire du sport ou de manger plus de légumes, on a plus de prise là-dessus. Alors ça peut être plus intéressant.»

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