Éditorial

Mais il y a la manière...

ÉDITORIAL / Sur le fond, le président américain Donald Trump a raison : les pays de l’Alliance atlantique (OTAN) doivent dépenser davantage pour leur propre défense. Mais la manière qu’il y met est à ce point grossière et contreproductive qu’on ne peut s’empêcher d’y lire une profonde incompréhension des enjeux internationaux — dans le meilleur des cas.

Cette semaine, avant même d’arriver au sommet de l’OTAN qui a lieu à Bruxelles, M. Trump a (encore) trouvé le moyen d’insulter les alliés historiques des États-Unis. «Plusieurs pays de l’OTAN, qui s’attendent à ce que nous les défendions, non seulement ne respectent pas leur engagement [d’allouer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires] mais sont aussi coupables de plusieurs années de paiements non-remis», a-t-il tweeté mardi. À peine débarqué au sommet, hier, il a accusé (sans fondement) l’Allemagne d’être «totalement sous contrôle» de la Russie.

Tout ce que dit M. Trump fait vivement réagir et cette dernière scène n’a pas fait exception à la règle, mais le fait est qu’il n’est pas le premier à évoquer ce 2 % — même s’il semble confondre les dépenses militaires nationales et le budget de l’Alliance. En 2014, lors d’un sommet de l’OTAN, son prédécesseur Barack Obama et le premier ministre britannique du temps David Cameron avaient demandé aux autres pays membres de faire leur «juste part». «Je vais être franc, des fois l’Europe a été complaisante en matière de défense», avait répété M. Obama au début de 2016.

D’autres que M. Trump — et des gens sérieux — ont fait le même constat dans le passé, et il faut admettre qu’il n’est pas sans mérite : rassurés par la présence américaine, certains pays ont réduit abusivement leurs dépenses militaires. Il n’y a pas de mal à vouloir que ça se corrige.

Mais en diplomatie, la manière de dire les choses est souvent aussi importante que le fond. Depuis quand insulte-t-on des alliés fidèles pour passer ses messages? La méthode plus douce, plus respectueuse avait pourtant commencé à porter fruit : après l’appel de MM. Obama et Cameron, les pays de l’OTAN avaient augmenté leurs dépenses militaires totales pour la première fois en 20 ans, en 2015 et en 2016. Tous ne l’ont pas fait également et plusieurs (dont le Canada) sont encore loin de la cible des 2%, mais ils se sont engagés à y arriver d’ici 2024.

En outre, l’idée que le pauvre Oncle Sam se fait exploiter contre son gré passe à côté d’un point fondamental : si les États-Unis ont tant de bases militaires en Europe (et partout dans le monde, en fait), c’est qu’ils ont calculé que c’était dans leur intérêt. Avoir une base dans une région donnée facilite d’éventuelles interventions militaires, ce qui amène une stabilité dans ladite région et y augmente l’influence politique américaine.

Il est possible, comme le supputait cette semaine l’ancien ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro, que les insultes de M. Trump cachent quelque chose de plus délibéré qu’une simple incompréhension de la politique internationale. Peut-être ce numéro vise-t-il à faire éclater l’OTAN, de la même manière que M. Trump a saboté le dernier sommet du G7. Compte tenu de son isolationnisme notoire, ce serait logique.

Si c’est bien le cas, les prochaines années risquent d’être fort chaotiques. On parle ici d’une administration qui, dans la crise des migrants, a séparé de jeunes enfants de leurs parents sans même prévoir de mécanisme pour les rassembler. Alors on ne peut pas présumer qu’avant d’annoncer un retrait de l’OTAN, M. Trump en envisagera sérieusement les conséquences.

Éditorial

Amendes impayées: la vraie cible

ÉDITORIAL / L’histoire de Valérie Brière, cette mère monoparentale en prison pour amendes impayées, est bouleversante. Pour illustrer jusqu’à quel degré d’aberration une bureaucratie sans âme peut se rendre, il est difficile de trouver mieux. Mais contrairement à ce que plusieurs intervenants ont conclu, nous ne croyons pas que ce cas est une bonne raison d’abolir l’emprisonnement pour les tickets impayés. C’est ailleurs qu’il faut agir.

Entre 2001 et 2006, Mme Brière était itinérante. Pendant cette période, elle a cumulé 2120 $ d’amendes pour avoir mendié, fait du squeegee et uriné en public. Elle avait participé à un programme de la Ville de Québec pour effacer sa dette, notamment par des travaux compensatoires et en retournant aux études. Mais «la vie», notamment deux jeunes enfants et un épisode de violence conjugale, a fini par l’empêcher d’adhérer au programme. Ne pouvant toujours pas payer, Mme Brière a été condamnée à un peu plus de trois mois de prison.

La Clinique Droit de cité met maintenant de l’avant son cas pour réclamer un moratoire sur les peines de prison pour amendes impayées. Mais le maire Régis Labeaume estime que le programme de la Ville est suffisant : «Il faut que les gens se forcent pour se refaire, qu’ils participent», a-t-il dit.

Le fait est qu’il est toujours hasardeux d’évaluer une politique à travers le prisme d’un cas unique. De manière générale, la possibilité d’emprisonner un mauvais payeur est un outil judiciaire qui peut être à la fois utile et juste, bien qu’il s’agisse d’un dernier recours. Si un contrevenant n’a pas les moyens d’acquitter sa dette envers la Ville, il doit toujours avoir l’option de payer autrement — les «travaux compensatoires». Mais si quelqu’un est trop pauvre et refuse les travaux, qu’est-ce que la Ville est supposée faire? On ne peut pas laisser des gens s’en tirer de cette manière alors que les autres citoyens honorent leur dette d’une manière ou d’une autre. Cela violerait des notions de justice élémentaire et, pour cette raison, l’emprisonnement pour amendes impayées doit rester une possibilité, au moins dans certains cas.

Afin d’éviter que d’autres histoires comme celle de Mme Brière ne surviennent, il faut agir en amont : de toute évidence, il ne donne pas grand-chose de multiplier les amendes aux itinérants. Des chercheurs ont récemment analysé plus de 3700 amendes remises par la Ville de Québec entre 2000 et 2010 à des sans-abri — ivresse publique, mendicité, squeegee, etc. La majorité n’ont reçu que deux ou trois tickets, signe que l’itinérance est (heureusement) souvent passagère. Mais le tiers d’entre eux en ont reçu suffisamment pour cumuler plus de 1000 $ de dette, et même plus de 5000 $ dans 10 % des cas. Pour tout dire, un de ces itinérants s’est même rendu à 48 000 $ d’amendes impayées!

Imaginez un peu : d’un côté, on leur demande de se prendre en main mais, de l’autre, on leur colle tellement d’amendes que le jour où ils décident de remettre leur vie en ordre, la première chose qui les attend est une facture qu’ils n’ont pas les moyens de payer, ou de longs travaux compensatoires, ou encore quelques mois de prison. On tenterait d’inventer un pire incitatif à sortir de la mendicité qu’on n’y parviendrait probablement jamais.

Il faut trouver une meilleure manière de gérer l’itinérance à Québec que de multiplier les contraventions. C’est (beaucoup) plus facile à dire qu’à faire, on en convient, mais abandonner une pratique manifestement contreproductive n’a rien de bien sorcier. Ce serait déjà un début.

Jean-François Cliche

Doit-on prêcher la prévention aux... autorités sanitaires?

BLOGUE / Il paraît qu'il est presque impossible de trop insister sur l'importance de la prévention en santé publique. Soit, à force de toujours taper sur le même clou, un message peut théoriquement devenir barbant au point d'engendrer une forme de ressac, mais force est d'admettre que cela ne nous guette pas.

Cet éditorial récent (et excellent) du New England Journal of Medicine le démontre très bien : tout se passe comme si même nos autorités sanitaires n'étaient pas convaincues des bienfaits de la prévention. Ses auteurs, les médecins et chercheurs de l'Université de Pennsylvanie Katherine Pryor et Kevin Volpp, l'illustrent par deux exemples fort éloquents.

En 2002, cette étude a fait beaucoup de bruit dans le milieu du diabète. En suivant 3200 patients à risque pendant 3 ans, ses auteurs ont trouvé qu'ils pouvaient diminuer de 58 % les cas de diabète de type 2 en travaillant sur l'alimentation et les habitudes de vie, ce qui était presque deux fois mieux que la métaformine (médicament qui réduit le sucre dans le sang et la résistance à l'insuline), qui n'atteignait que 31 %. Malgré cela, le programme d'assurance publique Medicare n'a commencé à promouvoir ce genre d'intervention, et les assureurs privés (qui pourtant auraient des économies à faire de ce côté) n'ont commencé à les couvrir que tout récemment. Par comparaison, tout ce beau monde a commencé à rembourser la métaformine dès 1995, année de son arrivée sur le marché américain.

Dans le même ordre d'idée, poursuivent M. Volpp et Mme Pryor, cette méta-analyse de la Collaboration Cochrane montre que donner des incitatifs financiers aux fumeurs les aident beaucoup à abandonner le tabac à moyen et long terme. Dans le cas des femmes enceintes, cela peut même aller jusqu'à quadrupler le taux de réussite, mais on ne trouve pourtant aucun programme gouvernemental aux États-Unis (ni au Canada, à ma connaissance) qui en tire profit, alors que les économies à long terme seraient énormes, tant pour les soins de la mère que pour les risques encourus par l'enfant à naître.

Certes, ces exemples sont décrits dans le contexte américain, mais tout indique que le même constat s'applique (encore que pour des raisons en partie différentes, sans doute) ici aussi. «En 2015, seulement 3 % de l'argent dépensé en santé [aux États-Unis] est allé à la prévention», écrivent les éditorialistes du NEJM. Au Québec, il semble qu'on était sous les 2 % en 2016, d'après un rapport récent — j'attends toujours un retour du Ministère de la Santé pour savoir si un coup de barre a été donné depuis.

Et le texte de Pryor et Volpp met aussi le doigt sur des effets structurels qui prévalent ici aussi, il me semble (qu'on me corrige si je me trompe) :

«Les traitements que la Food and Drug Administration juge sécuritaires et efficaces sont habituellement couverts par les assureurs sans égard à leur coût, mais la barre est placée plus haut pour la prévention, qui est souvent évaluée sur son efficacité, mais aussi sur sa capacité à générer un retour sur l'investissement et sa profitabilité à court terme. Ce deux poids, deux mesures mène à une surutilisation des traitements et une sous-utilisation de la prévention. (...)

[De plus], ceux qui prodiguent les soins sont souvent peu familiers avec les interventions sur les comportements. Écrire une prescription est un geste de routine généralement facile à faire, et les médicaments, très publicisés, sont vus comme plus faciles à disséminer à grande échelle avec un taux d'efficacité prévisible. Mais cette présomption n'est pas toujours vraie. L'essai clinique sur la prévention du diabète, par exemple, a trouvé que l'effet de l'intervention comportementale était moins hétérogène que celui de la métaformine : la programme de prévention du diabète était associé à une réduction substantielle de l'incidence du diabète indépendamment du niveau de risque de chaque patient, alors que seuls les patients les plus à risque du groupe-métaformine ont connu une amélioration similaire.»

À méditer, donc...

Sciences

Les tunnels d'Elon Musk: pas demain la veille

BLOGUE / Elon Musk a présenté un (autre) projet aux ambitions technologiques frôlant la folie, récemment, avec comme objectif de régler les problèmes de congestion de Los Angeles. Juste ça... Venant de n'importe qui d'autre, le projet ne serait rien de plus qu'un joli rêve éveillé, mais comme on avait dit ça à propos des fusées-réutilisables-qui-atterrissent-en-tandem-après-un-vol-spatial, on se contentera de dire : on verra. Mais dans l'intervalle, le magazine «Wired» vient de pondre une petite liste de questions fort éclairante pour quiconque veut se faire une idée des défis qui attendent M. Musk.

Essentiellement, M. Musk propose de creuser un réseau touffu de tunnels sous Los Angeles et d'y faire circuler des voitures pouvant accomoder 16 personnes — en plus de filer à 150 km/h — au coût absurdement modique de 1 $ le trajet. Mais il y a un petit hic : pour y parvenir, l'entreprise lancée par M. Musk, la bien nommée Boring Company, devra améliorer suffisamment les technologies actuelles de creusage pour, tenez-vous bien, couper par 10 les coûts de 1 km de tunnel et multiplier par 15 la vitesse de construction.

Sans dire que j'y crois (ni que j'ai envie de parier contre Musk), voici quelques-uns des points soulevés par Wired :

  • La Boring Company veut garder le diamètre de ses tunnels relativement petit. Cela peut aider beaucoup, selon les experts cités par Wired.
  • Musk veut automatiser la construction, un peu comme une chaîne de montage. Et sur ce point, les experts ne s'entendent pas sur les avantages à en tirer...
  • Une autre façon par laquelle la BC veut réduire les coûts est de transformer les rebuts de creusage et en faire des briques, que l'on pourrait ensuite vendre. Mais il s'agirait alors de briques dont la qualité ne serait pas aussi bien contrôlée que celles que l'on fabrique de nos jours, et donc pas particulièrement intéressante pour l'industrie de la construction, prévient Gary Brierley, un ingénieur civil qui a passé toute sa carrière dans la construction de tunnels.
  • Dernier point que je soulèverai ici, mais non le moindre : c'est une chose de bâtir des tunnels et d'y faire circuler des navettes à grande vitesse. C'en est une autre de le faire de manière suffisamment efficace pour transporter, potentiellement, des millions de personnes par jour. Faire monter et descendre les navettes dans les tunnels prendra du temps, et à seulement 16 personnes par voyage, les experts cités par Wired ont un peu de mal à saisir comment ce genre de système peut être intéressant à très grande échelle. De ce que je comprends, ou bien le système transformerait les embouteillages en longues files d'attente pour prendre la capsule (et on ne serait pas bien avancé), ou bien il faudrait construire un très, très grand nombre de points d'accès distribués partout sur le territoire afin d'éviter qu'un trop grand nombre de gens s'agglutinent en un même point, mais alors cela impliquerait un très grand nombre d'arrêts. À chaque fois, la navette devrait remonter jusqu'à la surface, puis redescendre dans les tunnels, ce qui ralentirait énormément le système, peut-être au point de lui faire perdre tout intérêt.

Bref, tant mieux si Musk remporte ce pari-là. Mais il semble qu'on est encore bien loin du compte...

Actualités

Pas de lien entre l'autisme et la violence ?

L’affirmation: «L’autisme n’est pas synonyme de problèmes mentaux. C’est un trouble neurobiologique, mais cela n’a rien à voir avec la violence. L’autisme n’est pas la raison pour laquelle quelqu’un prend le volant d’une van et fonce dans une foule», a indiqué Margaret Spoelstra, de l’organisme de défense des droits Autism Ontario, lors d’un entretien avec le Toronto Star. Elle faisait référence au fait que des médias ont rapporté qu’Alek Minassian, qui a tué 10 personnes au camion-bélier cette semaine à Toronto, souffrirait du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme). Ce n’est pas la première fois que le lien autisme-violence revient sur la place publique, d’ailleurs : d’aucuns l’avaient évoqué après la tuerie de l’école Sandy Hook parce que le tireur, Adam Lanza, était Asperger lui aussi. Alors voyons voir…

Les faits

Dans l’ensemble, répond d’emblée Baudouin Forgeot d’Arc, psychiatre et spécialiste de l’autisme de l’Université de Montréal, «l’immense majorité des personnes autistes ne sont pas violentes et des crimes comme celui qui est arrivé à Toronto cette semaine leur semblent tout aussi bizarres et horribles qu’aux autres», dit-il. D’ailleurs, la violence ne fait pas partie des critères pour diagnostiquer un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Cette appréciation générale nous a également été confirmée du côté de l’Institut de santé mentale de Québec.

En outre, il n’y a pas grand-chose dans la littérature scientifique pour appuyer l’idée d’une violence plus fréquente chez les autistes. Une revue publiée en 2016 dans la Harvard Review of Psychiatry a bien trouvé quelques études suggérant que les autistes semblent surreprésentés dans les populations carcérales, mais ce n’est pas constant dans toutes les études. Et puis les chercheurs qui comparent les taux de violence entre les autistes et les non-autistes dans la population en générale (pas en prison) ne constatent pas de différence, dans la plupart des cas — à l’exception possible de la pyromanie, mais ce n’est pas sûr. «Ces études n’ont pas montré de manière concluante que les individus ayant un TSA sont plus violents que les individus sans TSA», indique l’article.

M. d’Arc note tout de même qu’il y a une petite étude, parue en 2017 dans le Journal of Psychology, qui a trouvé ce qui semble être une surreprésentation des autistes parmi les «tueurs de masse». Mais on parle ici d’une petite étude et d’une infime poignée de cas — six tueurs qui avaient un diagnostic ou des symptômes d’autisme sur un échantillon de 73 tueries —, si bien qu’on ne peut absolument rien en déduire sur les TSA en général.

Et même si des études futures venaient confirmer cette surreprésentation, cela ne voudrait pas forcément dire que c’est l’autisme lui-même qui augmente le risque, prévient M. d’Arc. On sait par exemple que l’isolement social est un facteur de risque pour une foule de crimes — les mass killers traversent typiquement une période d’isolement plus ou moins longue juste avant de passer à l’acte. Or «beaucoup de personnes autistes vivent de l’exclusion sociale, plus que la moyenne, indique M. d’Arc. Ils sont aussi plus souvent victimes d’abus ou d’autres stresseurs. […] Alors s’ils étaient vraiment surreprésentés parmi les criminels, est-ce que ce serait à cause de leur autisme ou à cause de ces autres facteurs-là?»

Enfin, souligne M. d’Arc, il faut noter que l’autisme ne désigne pas une maladie bien définie, mais plutôt un ensemble de symptômes possibles dont les combinaisons et la gravité varient d’un individu à l’autre. S’il s’en trouve qui sont plus portés sur la violence (de la même manière que certains non-autistes le sont), «il s’en trouve aussi qui sont extrêmement scrupuleux des règles, alors chez eux l’autisme est un facteur qui prévient les délits plutôt que les favoriser».

Le Verdict

Vrai. On peut trouver quelques études qui suggèrent une violence plus fréquente chez les autistes, mais elles sont contredites par d’autres. De même, il est possible qu’une sous-population d’autistes soit surreprésentée chez les tueurs de masse mais, même si c’est bien le cas, cela ne concerne qu’une partie absurdement mince des gens qui ont un TSA. Dans l’ensemble, le lien autisme-violence est étudié depuis des décennies, et si l’on n’a toujours pas trouvé de preuve concluante que ce lien existe, cela doit vouloir dire quelque chose...

Chronique

Sous les tropiques du Saguenay

CHRONIQUE / «J’ai remarqué qu’il fait souvent quelques degrés plus chaud au Saguenay-Lac-St-Jean qu’à Québec (sauf en hiver). Pourtant, c’est une région qui est située plus au nord. Alors existe-t-il des conditions particulières qui réchauffent le climat là-bas ?», demande Louise Angers, de Québec.

Il peut arriver, en effet, qu’il fasse plus chaud au «Saglac», comme on dit, mais la règle générale demeure qu’il y fait plus froid, comme le montre le graphique ci-dessous.

Science

En 400 mots: quel avenir pour le rhino blanc?

Il avait 45 ans, un âge vénérable pour un animal de son espèce: Sudan, le dernier mâle rhinocéros blanc du Nord, est décédé cette semaine, au Kenya. Voici un petit guide pour comprendre ce qui est arrivé et ce que cela signifie pour l’espèce, en cinq questions.

Q Est-ce le dernier rhino blanc?

Pas tout à fait. Le rhinocéros blanc du Nord est une sous-espèce du rhinocéros blanc, l’autre étant appelée simplement «du Sud». Pour la sous-espèce du Nord, c’est essentiellement la fin des tout derniers espoirs — même si ceux-ci n’étaient plus que théoriques depuis quelques années, voir plus bas —, puisqu’il ne reste plus que deux spécimens en vie, tous deux femelles. La sous-espèce du Sud, cependant, compte plus de 20 000 têtes, vivant très principalement en Afrique du Sud; cette population n’est pas considérée en danger, bien que son avenir ne soit pas complètement assuré, comme l’indique son statut de «quasi-menacé».

Q Est-ce dramatique quand même?

R Oui, absolument. La disparition d’une sous-espèce est peut-être «moins pire» que celle d’une espèce entière, mais du point de vue de la biodiversité, cela n’en est pas moins une perte significative. C’est d’autant plus vrai dans le cas du rhinocéros blanc du Nord, que l’on estime que les deux sous-espèces sont séparées géographiquement depuis environ 1 million d’années. La distance génétique entre les deux est donc relativement grande.

Q Comment le spécimen est-il décédé?

R Sudan a dû être euthanasié. L’an dernier, le magazine Wired rapportait déjà qu’il avait une jambe rongée par l’arthrite, au point de peiner à se déplacer. Cette semaine, les médias disaient de lui qu’il ne pouvait plus marcher du tout. Il était également aveugle d’un œil.

Q Avait-on tenté de le faire s’accoupler pour sauver l’espèce?

R En 2009, Sudan et trois autres spécimens qui vivaient ensemble dans un zoo avaient été relocalisés dans le Ol Pejeta Conservancy, un sanctuaire de 360 km2 au Kenya. L’espoir était que leur nouvel environnement, plus naturel, allait les inciter à se reproduire. Cependant, ces animaux étaient tous de proches parents — les deux femelles toujours vivantes sont la fille et la petite-fille de Sudan — et ne sont pas parvenus à s’accoupler, indique l’organisme britannique Save the Rhino. En outre, Sudan ne tolérait plus très bien la compagnie de ses semblables dernièrement.

Q IVF: le dernier espoir?

R En théorie, on pourrait féconder les deux femelles restantes avec du sperme congelé — certains labos en conservent des échantillons. Mais la technique n’est pas facile à mettre en œuvre sur des rhinocéros et même l’organisme Save the Rhino ne semble pas y croire. Car même si on y parvenait, les problèmes qui ont mené à son extinction, soit principalement le braconnage à cause d’une forte demande pour ses cornes en médecine traditionnelle chinoise, n’ont pas été réglés. Alors où vivraient les futurs spécimens?

Éditorial

La forme et le fond

ÉDITORIAL / Que l’on aime ou non le Parti libéral du Canada, il y a de quoi se réjouir des derniers résultats de sondage qui le donnent en net recul dans les intentions de vote. Car à cause de l’importance parfois caricaturale que le gouvernement Trudeau a donnée à l’image au cours des dernières années, il est bien tentant d’y voir un heureux rappel qu’il y a des limites aux «miracles» que le marketing peut faire pour des politiciens, et que le fond compte encore pour quelque chose.

La dernière maison de sondage en date à prédire une défaite libérale est Angus Reid, qui place les conservateurs à 40 % contre seulement 30 % pour le PLC. Le Nouveau Parti démocratique suit à distance, avec 19 % des intentions de vote. Sans doute plus troublant encore pour Justin Trudeau est le fait qu’environ 55 % des répondants désapprouvent son travail contre seulement 40 % qui le voient toujours d’un bon œil. C’était l’inverse il y a un an, alors que M. Trudeau recevait 55 % d’opinions favorables contre 40 % de négatives.

Ce gouvernement-là n’a évidemment pas fait que se préoccuper de son image depuis son élection, en 2015. Ses actions dans des dossiers comme le cannabis et la tarification du carbone, par exemple, comptent certainement pour ce qu’on l’on appelle généralement «de la substance», que l’on soit d’accord ou non avec ses décisions. Mais dans le PLC de Justin Trudeau, l’image a pris une telle place qu’elle gomme (trop) souvent tout le reste, ou presque.

On l’a vu lors du voyage diplomatique épouvantable que le premier ministre a fait en Inde, cet hiver, où la surmultiplication des costumes traditionnels a atteint un niveau parfaitement absurde, et qui fut abondamment raillé. On l’a vu aussi lors du passage catastrophique de la ministre du Patrimoine Mélanie Joly — une autre dont la réputation tient d’abord à la maîtrise de la forme plutôt qu’aux réalisations et aux idées — à l’émission Tout le monde en parle, l’automne dernier. La ministre s’en était alors obstinément tenue à sa «cassette» au sujet du traitement extrêmement favorable dont Netflix bénéficie au Canada au mépris des faits, des expertises et des notions les plus élémentaires de justice fiscale. Et le tout, rappelons-le, dans le but essentiellement de sauver une ligne de presse : «pas de taxe Netflix». Rien de plus.

Il y a bien eu des fois où le gouvernement Trudeau s’est tiré d’un mauvais pas avec des belles paroles. Quand les libéraux ont commencé à enterrer leur promesse de réformer le système électoral, la ministre d’alors Maryam Monsef a brandi cyniquement une formule mathématique imprimée sur une feuille de papier pour faire semblant que les recommandations d’un comité sur la réforme étaient inutilement alambiquées. Elle fut (dûment) critiquée pour l’avoir fait, et le gouvernement Trudeau pour avoir mis de côté une promesse pourtant explicite, mais la cote de popularité des libéraux n’a pas, ou si peu, fléchi dans les semaines qui ont suivi.

C’était en 2016. Il faut croire que le PLC jouissait encore de l’immunité passagère qui caractérise les débuts de règne. Mais ce que les derniers sondages nous signalent, c’est que les coups de pub et les selfies ne peuvent pas tout masquer indéfiniment. Les décisions de fond et la manière de mener ses politiques — combien d’acteurs ont reproché au gouvernement Trudeau d’imposer trop rapidement la légalisation du cannabis? — ont encore leur importance. Et les électeurs ne se contentent pas éternellement des lignes de presse creuses. Fort heureusement.

La question qu’il reste à éclaircir, maintenant, est celle de savoir si le PLC de Justin Trudeau saura de lui-même délaisser un peu le maquillage publicitaire, ou s’il faudra changer de gouvernement pour rebalancer la forme et le fond à Ottawa. Que l’on aime ou non le Parti libéral du Canada, il y a de quoi se réjouir des derniers résultats de sondage qui le donnent en net recul dans les intentions de vote. Car à cause de l’importance parfois caricaturale que le gouvernement Trudeau a donnée à l’image au cours des dernières années, il est bien tentant d’y voir un heureux rappel qu’il y a des limites aux «miracles» que le marketing peut faire pour des politiciens, et que le fond compte encore pour quelque chose.

Actualités

Les «déséquilibres» de l’ALENA

L’affirmation : «Nous faisons de gros déficits commerciaux avec le Canada et le Mexique. L’ALENA, que nous sommes en train de renégocier, a été un mauvais accord pour les États-Unis [provoquant] des délocalisations massives d’usines et d’emplois. Les nouveaux tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium ne seront levés que si un ALENA nouveau et plus juste est signé», a tweeté le président américain, Donald Trump, lundi.

Les faits

Un déficit commercial signifie qu’un pays a importé davantage de produits qu’il n’en a exportés. Classiquement, on le calcule sur la base des biens qui sont transigés. Et si l’on ne regarde que les biens, il est vrai que les États-Unis font des déficits commerciaux chroniques avec le Canada et le Mexique, à hauteur de 17,5 et 71 milliards $, respectivement, en 2017 selon des chiffres du Census Bureau des États-Unis.

Cependant, il y a plusieurs choses à dire là-dessus. D’abord, si l’on inclut aussi les services (qui, après tout, font partie de l’économie eux aussi) dans l’équation, alors les États-Unis n’ont pas fait de déficit commercial avec le Canada l’an dernier, mais bien un surplus de 2,6 milliards $ pour les trois premiers trimestres de 2017, toujours d’après les données américaines. En 2016, la balance commerciale totale (services + biens) fut de 7,7 milliards $ en faveur des États-Unis et de 4 milliards $ l’année d’avant.

L’Oncle Sam a bien fait un déficit commercial de 11 milliards $ avec le Canada en 2014, mais il est dans l’ensemble très difficile de voir dans tout ça un signe que l’ALENA défavorise les États-Unis. D’autant plus que leurs déficits commerciaux avec le Canada ont déjà dépassé les 20 milliards $ au milieu des années 80, soit avant les accords de libre-échange.

Cela dit, cependant, il est vrai que le déficit commercial américain avec le Mexique a littéralement explosé avec l’entrée en vigueur de l’ALENA, en 1994 : alors que les États-Unis faisaient de petits surplus commerciaux (de 1 à 5 milliards $) dans leurs échanges avec le Mexique au début des années 90, ils ont fait des déficits de 60 à 70 milliards $ ces dernières années. L’industrie de l’auto, en particulier, a construit nombre d’usines ces dernières années.

Affaires

Le vieux spectre du chapitre 11 de l'ALENA

L’affirmation : «Le chapitre 11 de l’ALENA définit un système de Règlement des différends entre investisseur et État, un tribunal administratif partial qui a le pouvoir de renverser des lois nationales», lit-on dans une déclaration dévoilée mercredi par le Réseau québécois sur l’intégration continentale. Le document a reçu l’appui de plusieurs organisations environnementales (Greenpeace, AmiEs de la Terre, etc.) et syndicales (FTQ, CSN, CSQ), qui tiendront une manifestation contre l’ALENA samedi, à Montréal.

Les faits

Il y a longtemps que le chapitre 11 de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est décrit par beaucoup de gens à gauche (et certains à droite) comme plaçant les intérêts des multinationales au-dessus de tout et empêchant les États de protéger l’environnement et la santé des populations. Il n’y a pas que ça dans la déclaration de la coalition écolo-syndicaliste, mais c’en est une part importante.

Cependant, il s’avère que c’est une lecture des faits qui n’est plus valide. Le fameux chapitre 11 est un mécanisme d’arbitrage qui sert essentiellement à protéger les investisseurs contre le favoritisme que les gouvernements mexicain, américain et canadien pourraient être tentés de pratiquer envers leurs industries nationales. À l’origine, l’Accord de libre-échange «original», qui n’incluait que les États-Unis et le Canada, n’avait pas de mécanisme de ce genre. Mais on sentit le besoin d’en ajouter un quand le Mexique s’est joint au partenariat parce que ce pays avait un historique de corruption et qu’il ne faisait pas partie de l’OCDE.

«Il y a des critères très précis pour donner droit à l’attribution de dommages. Soit que c’est une expropriation qui n’a pas été faite selon les règles, soit que c’est une décision discriminatoire», explique l’avocat en commerce international Bernard Colas, de la firme montréalaise CMKZ. Si, par exemple, un État décidait de transformer en parc national les terrains détenus par une entreprise minière étrangère tout en délimitant le parc de manière à ce que les minières «de la place» puissent poursuivre leurs activités, cela pourrait être contesté.

Cependant, au cours des premières années de l’ALENA, des avocats et des entreprises ont interprété le chapitre 11 de manière plus large, et «disons que ça a pu être inquiétant au début», indique le professeur de droit du commerce Richard Ouellet, de l’Université Laval.

Certaines des premières décisions rendues laissaient entrevoir que presque n’importe quelle nouvelle loi, même pour protéger la santé, pouvait ouvrir la porte à des dédommagements aux entreprises concernées. «Mais la jurisprudence autour du chapitre 11 est beaucoup plus équilibrée maintenant, dit M. Ouellet. Il y a un souci qui a été développé par les arbitres de laisser suffisamment de marge de manœuvre aux États.»