L’auteur de cette chronique, Yannick Gagnon, est directeur général du Patro de Jonquière, un centre communautaire de loisirs.
L’auteur de cette chronique, Yannick Gagnon, est directeur général du Patro de Jonquière, un centre communautaire de loisirs.

Je ne te dis pas assez souvent que tu es «hot»

Spiritualité
Le Progrès
CHRONIQUE / Impossible d’écrire un gros mot dans cette chronique, mais je suis enragé ! Cette colère provient d’un document qui, au moment d’écrire ces mots, vient d’atterrir sur mon bureau. Vanessa, notre responsable du secteur d’intervention au Patro de Jonquière vient de déposer le bilan des actions réalisées dans la dernière année par nos excellents intervenants sur l’ensemble de notre territoire. Premièrement, bravo à l’équipe d’intervention ! Par votre soutien social indéfectible, vous êtes une grande fierté pour notre organisation. Mon sentiment de colère provient plutôt de la réalité vécue sur le terrain, que je reçois en plein visage avec le dépôt du rapport annuel.

Après une grande inspiration, je n’ai d’autre choix de laisser la sagesse s’installer graduellement ; la boucane qui sortait de mes oreilles laisse place à l’inquiétude. Cette inquiétude est représentée par le chiffre 43 que j’ai souligné en fluo dans le rapport. En effet, mon équipe me confirme que 43 % des interventions faites auprès des adolescents dans la dernière année sont directement en lien avec l’estime de soi, les relations familiales et les relations interpersonnelles. Je pense alors à ma belle ado de 13 ans à la maison, aux ados du skateparc, aux ados sur les terrains de basket... Bref, je pense à tous les ados que nous croisons un peu partout et je me dis : « Coudonc, je ne peux pas croire que nos ados ne s’aiment pas et que, par-dessus tout ça, presque la moitié d’entre eux vivent des conflits à la maison et/ou avec leur cercle d’amis. »

Il me semble que c’est une grosse bouchée à avaler.

Puis, j’en rajoute une couche dans mes réflexions. Vous devinez sûrement ce qui s’ajoute à ce fameux 43 % ? Eh oui, il y a le grand bouleversement social qu’entraîne la pandémie de COVID-19. Donc, en plus d’avoir une estime de soi fragile, la période de vie actuelle demande à nos ados de se recouvrir le visage d’un masque en public, de moins voir leur gang ou de le faire différemment, de ne pas embrasser leurs grands-parents, de se préparer peut-être à une nouvelle manière de débuter l’école et d’embarquer dans le bus masqué en septembre. Au travers de tout ça, ils doivent s’attendre à des vacances d’été plus relaxes et à la voisine qui a besoin d’eux pour garder, parce qu’il n’y a plus de place dans les camps de jour... Et puis, il ne faut pas oublier qu’on leur demande en plus de ne pas faire trop de cellulaire et de baisser le son de leur musique puisque papa et maman sont en télétravail.

Respect !

Hey, les ados, je voulais vous dire que vous êtes vraiment « hot ». On vous brasse depuis quelques mois avec une série de changements pas toujours cool. Je ne vous ferai pas de mensonges : personne n’a de boule de cristal et nous ne pouvons rien promettre quant au moment où vous pourrez remplir à nouveau un bus pour aller voir un spectacle à Québec. Mais moi, pis bien des adultes, nous avons un grand respect envers votre résilience en cette période assez spéciale.

Nous autres, les vieux, nous n’avons jamais vécu l’adolescence en même temps que la COVID-19, mais en essayant d’imaginer, je comprends que vivre cette pandémie dans ce moment de vie où la gang est si importante doit être très difficile.

Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir un bout de papier dans ce journal et je le consacre à une seule gang, c’est-à-dire à vous, les ados, car je veux vous rendre hommage.

Sur un ton plus personnel, j’espère que tu réalises à quel point tu es « hot » et important. Malheureusement, ce n’est pas encore possible de se taper dans les mains pour te dire bravo, mais la prochaine fois que tu croiseras un adulte, regarde dans ses yeux et tu pourras voir, j’en suis certain, tout le respect qu’il y a dans son regard envers ce que tu es vraiment, le leader de la génération de demain.

La réalité du moment est seulement une période qui passera. Surtout, ne laisse pas ces quelques mois affecter tes rêves !

Respect !

Yannick Gagnon

Directeur général du Patro de Jonquière