J’aurais pu voter deux fois

CHRONIQUE / Tout le monde a déjà entendu une histoire rocambolesque à propos des élections. En exemple, une personne décédée qui est allée voter ou un individu qui a voté pour un autre. Vous l’avez probablement entendu, mais peu l’ont vécu personnellement.

Cela m’est arrivé. Non, je n’ai pas voté à la place d’un mort. Mais j’aurais pu faire mon X à deux reprises pour le prochain maire ou la prochaine mairesse de Saguenay.

Dimanche, je me suis rendu au sous-sol de l’église Saint-Philippe, dans le secteur Arvida, avec ma conjointe afin de faire mon devoir de citoyen.

Après avoir présenté ma carte d’identité et mon carton d’élection, je me dirige à l’abri des regards pour concrétiser mes choix.

Je place un petit point noir pour le conseiller dans le quartier 5 (non, je ne vous dirai pas pour qui j’ai voté). Et là, je m’apprête à faire de même à la mairie.

C’est là que je m’aperçois que l’on m’a remis pas un, mais deux bulletins de vote. Vous imaginez ma surprise ! Des gens veulent que je vote deux fois, me suis-je dit !

Je pourrais le faire, car j’ai tout entre les mains. Je pourrais même détacher le petit coupon à numéro et glisser les deux bulletins dans la boîte sans que personne ne s’en rende compte. Ça aurait pu être un vote de plus pour la personne que j’estime être la meilleure pour succéder au maire sortant Jean Tremblay.

Mais comme je suis un électeur honnête, je n’ai rempli qu’un seul des bulletins et je suis allé voir la scrutatrice en lui expliquant ce qui venait de se passer.

« J’ai reçu deux bulletins de vote pour la mairie. J’imagine que cela a été fait par mégarde », ai-je lancé à la dame.

Celle-ci se confond en excuse et me remercie de lui remettre le bulletin supplémentaire sans l’avoir altéré.

Au lendemain de cette aventure, j’ai demandé à la présidente des élections de Saguenay, Me Caroline Dion, si ce genre de situation se produisait souvent et s’il pouvait arriver qu’un électeur malhonnête prenne la décision de remplir les deux bulletins en sa possession.

La présidente a communiqué avec moi, lundi soir, pour répondre à mes questions. 

Au départ, je ne lui ai pas dit que c’était moi qui avais vécu la situation. J’ai plutôt mentionné que ça venait d’un électeur s’interrogeant sur la procédure. Je voulais savoir si cela était un accident de parcours. 

Mme Dion m’a expliqué avoir été mise au courant de la situation survenue au bureau de vote. 

Elle avait su que l’électeur avait agi honnêtement, car il avait remis le bulletin supplémentaire à l’employée.

La présidente des élections ajoute que tout le personnel est formé pour l’occasion, que chacun prête serment.

Elle précise qu’il peut se produire des erreurs, que ce n’est pas unique à Saguenay, et que lorsque cela arrive, chaque cas est étudié et rapporté.

On m’explique aussi que les responsables des boîtes de scrutin se seraient aperçus rapidement que quelque chose n’allait pas.

« Le décompte n’aurait pas fonctionné. Il aurait fallu signaler l’irrégularité et tenir compte qu’il y a un bulletin de vote supplémentaire dans la boîte », m’a expliqué Me Dion.

Vous allez me dire que ça ne paraîtra pas étant donné que les électeurs ne s’expriment pas à 100 pour cent. Pourtant, un vote de plus sera remarqué. Sur chaque bulletin de vote, il y a un numéro. Un est imprimé sur le petit carton et l’autre est détachable une fois que vous avez voté.

Ainsi, si le bulletin 11 111 est coché, mais que la partie détachable ne se trouve pas dans les mains des scrutateurs, des questions se poseront.

« Et si un électeur devait agir malhonnêtement, il s’exposerait, si nous pouvions l’identifier, à une fraude électorale. Et s’il devait être reconnu coupable, la pénalité pourrait être sévère », note Mme Dion.

Au final, tout s’est bien terminé. Cette situation m’a permis de voir et de comprendre que rien n’est laissé au hasard. J’en étais convaincu, car je sais que nous ne vivons pas dans une république de bananes où des dirigeants malveillants pourraient vouloir faire ce qu’ils veulent avec l’expression des citoyens.

Ah oui, à la fin de l’entrevue, afin de démontrer toute ma transparence, j’ai signifié à la présidente des élections que j’étais cet électeur qui avait remis le deuxième bulletin de vote à la responsable sans avoir coché le nom de l’un des quatre candidats à la mairie de Saguenay.