Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Portrait d’une famille heureuse: Clara, dans les bras de sa mère, Vanessa Gagné, et Rose, dans ceux de son père, Simon Aubin-Fortin. 
Portrait d’une famille heureuse: Clara, dans les bras de sa mère, Vanessa Gagné, et Rose, dans ceux de son père, Simon Aubin-Fortin. 

Une donneuse, une porteuse et une maman comblée

CHRONIQUE / Il ne faut jamais cesser de croire en son rêve, même lorsque le chemin emprunté se révèle long et pénible, à la limite de l’infranchissable. Vanessa Gagné et Simon Aubin-Fortin se sont accrochés à leur désir de fonder une famille et la suite leur donne raison. Voici Rose et Clara ou le récit de leur naissance rendue possible grâce à deux fées. Une donneuse d’ovules et une mère porteuse.

Un beau hasard, l’autre jour, dans mon quartier. Le chien et moi marchions tranquillement sans but précis lorsque nous nous sommes fait dépasser par un couple en patins à roues alignées et aux commandes d’une poussette sportive. Double.

Quelques mètres plus loin, les jeunes gens ont fait demi-tour pour s’arrêter devant moi, le sourire aux lèvres. C’était Vanessa et Simon qui m’ont aussitôt présenté leurs jumelles bercées par cette douce balade sous le soleil du printemps.

«L’article nous a aidés à trouver une mère porteuse!», m’ont-ils annoncé, du bonheur plein les yeux.

Notre première rencontre remonte à la fin du mois d’août 2017. Âgés de 28 ans, ces amoureux d’ordinaire discrets avaient accepté que je raconte leur histoire comme on lance une bouteille à la mer. Ils n’avaient rien à perdre.

Vanessa avait reçu un diagnostic de cancer du sein cinq ans auparavant, l’obligeant à subir une mastectomie totale et les traitements qui en découlent. Au moment de notre rencontre, la jeune femme avait le crâne légèrement dégarni, conséquence de la chimiothérapie qu’elle venait de terminer en raison d’une récidive de la maladie, six mois plus tôt.

Juste avant que s’amorce cette nouvelle série de traitements pouvant entraîner d’importants effets secondaires, notamment sur la fertilité, Vanessa et Simon avaient entamé des démarches de procréation assistée en prévision du jour où cette épreuve serait chose du passé.

Des embryons et des ovules non fécondés avaient été congelés. Il restait maintenant à trouver la mère porteuse, celle qui allait leur permettre de déjouer le cancer en concrétisant leur souhait d’avoir un enfant.

Le couple a reçu plusieurs messages d’encouragement après la publication de la chronique. «On a senti un gros élan de solidarité.»

Une femme de Sherbrooke était du nombre des candidates qui leur ont écrit. Déjà mère de deux enfants, elle mentionnait que sa famille était complète, qu’elle souhaitait maintenant faire une différence dans la vie de quelqu’un.

Cette travailleuse de la santé n’avait jamais pensé devenir mère porteuse jusqu’à ce qu’elle tombe sur l’histoire de Vanessa et de Simon. Touchée, la femme s’est sentie interpellée. Une dizaine de jours plus tard, le couple de Trois-Rivières se rendait chez elle pour faire plus ample connaissance.

«Ça a cliqué entre nous! On l’a su tout de suite que c’était la bonne personne.»

Par son calme, sa compassion, son ouverture d’esprit... énumère Vanessa qui n’a pas eu le choix d’aborder durant cette rencontre la délicate question de sa santé fragile.

Ce qui m’amène à profiter de cette porte entrouverte pour lui demander comment elle va aujourd’hui, près de trois ans après notre première conversation.

«Je ne suis pas guérie, mais ça n’a pas empiré. C’est stable.»

À l’exemple de Simon, Vanessa s’est toujours nourrie d’espoir. S’est jointe à eux cette mère porteuse en qui la jeune femme de 31 ans a reconnu la grande sœur qu’elle n’a pas eue.

«C’est une femme d’une grande sensibilité, qui a les valeurs à la bonne place. Elle voulait nous aider, nous protéger.»

Une fée donc.

Le conjoint de celle-ci était d’accord à ce qu’elle porte dans son ventre un enfant autre que le leur.

Jumelles identiques âgées de 5 mois, Rose et Clara font le bonheur de leurs parents, Vanessa Gagné et Simon Aubin-Fortin.

«Nous avons beaucoup de gratitude envers lui aussi. La mère porteuse a mis sa vie en suspens pour nous pendant deux ans. Quand ça ne marchait pas, elle était aussi déçue que nous…»

Les embryons d’origine n’ont pas tous survécu à la décongélation. Ceux qui ont franchi cette étape cruciale ont malheureusement échoué lors de leur transfert dans l’utérus de la mère porteuse.

Pour ajouter au malheur de Vanessa, il n’a pu être possible de lui prélever de nouveaux ovules puisqu’elle avait subi l’ablation des ovaires à titre préventif.

Nous étions rendus en février 2018. Son rêve lui paraissait de plus en plus inaccessible.

«Je me souviens de la souffrance à l’intérieur de moi...»

Vanessa était épuisée psychologiquement par toutes ces démarches n’aboutissant à rien. Puis est apparue la deuxième fée, une amie qui lui a offert ses ovules.

«Ce serait un honneur de faire ça pour toi», lui a dit cette jeune femme qui n’avait pas encore d’enfant, mais qui était prête à aider Vanessa à en chérir un avant elle.

Comme ce fut le cas pour la mère porteuse, la donneuse s’est présentée au Centre universitaire de santé McGill où se sont déroulées les étapes de la procréation médicalement assistée, du prélèvement des ovules au transfert de l’embryon.

Il aura fallu cinq tentatives pour que la magie opère enfin. À la surprise – et à la joie - de tous, l’embryon s’est divisé en deux.

Vanessa et Simon étaient doublement heureux, mais combien solidaires avec la mère porteuse qui a eu une grossesse difficile. Beaucoup de fatigue et de nausées jusqu’à l’accouchement naturel des jumelles identiques, à la 36e semaine.

Rose et Clara sont nées le 26 novembre 2019, ce qui leur fait un peu plus de 5 mois.

Vanessa et Simon étaient présents au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke pour assister à la naissance de leurs filles. Ils ont coupé le cordon ombilical de chacune d’elles avant de faire le contact peau à peau avec les nouveau-nées.

Pendant ce temps, la mère porteuse se reposait, permettant à cette famille de naître.

«Pour elle, ça avait toujours été clair que ce n’était pas ses bébés. Elle leur offrait un petit nid.»

Un nid douillet en attendant que Vanessa et Simon leur tissent un nid d’amour.

Vanessa ne peut pas parler pour celle qui est devenue une amie, mais elle a vu beaucoup de fierté dans le regard de la mère porteuse, au moment de prendre les jumelles dans ses bras et de leur dire au revoir.

Un lien affectif et unique existe également avec cette autre amie exceptionnelle qui a fait don de ses ovules, une bonne fée qui mettra bientôt au monde son premier enfant.

«Elles ont changé ma vie!»

Les procédures juridiques permettant à Vanessa d’adopter Rose et Clara sont ralenties en raison de la pandémie et des mesures de confinement. La jeune femme est déjà une maman à part entière, à jamais reconnaissante envers celles qui lui ont permis de réaliser son souhait de fonder une famille et de vivre cette fête des Mères, une première d’une longue série.

«Mon rêve s’est réalisé! Je le vis au quotidien. J’espère que les petites comprendront les démarches derrière tout cela, qu’elles étaient plus que désirées, et que ça leur inspirera de ne jamais abandonner.»