Alain Villeneuve est camelot pour La Galère, un journal de rue dans lequel il écrit aussi.

Se sortir de la galère

CHRONIQUE / Alain Villeneuve est arrivé au café avec un nouveau manteau d’hiver. Pas un vêtement usagé qu’il aurait pu se dénicher dans un organisme de charité. Un manteau flambant neuf.

«Une dame me l’a acheté.»

L’avant-veille, la femme et son conjoint sont allés le retrouver sur le trottoir où ils ont l’habitude de le croiser, peu importe le temps qu’il fait à l’extérieur.

Au magasin, Alain a choisi le moins dispendieux du lot même si les deux bons Samaritains étaient prêts à dépenser bien davantage pour lui.

«Celui-là fait mon affaire. Je vous le dis, il est parfait.»

Alain le pense toujours, mais à moi, il se permet d’ajouter: «Je ne voulais pas abuser de leur générosité.»

Il connaît la valeur de chaque dollar épargné. Jusqu’au moment de perdre son emploi, en 2009, et d’être rattrapé par une série d’embûches, cet ancien préposé à l’entretien ménager a toujours travaillé pour gagner sa vie.

Le couple du manteau a dû s’en douter. Sans poser de questions, la femme et son mari ont insisté: «As-tu besoin d’autre chose?»

Alain s’est finalement laissé convaincre d’avoir une nouvellepaire de mitaines. Parfaites aussi.

On gèle comme en janvier ces jours-ci, surtout sur le trottoir, face au vent et aux regards indifférents.

Alain Villeneuve a 59 ans et est un fier camelot de La Galère, un journal de rue qui donne la parole à des personnes qui vivent à l’écart, entre deux coups de rame à contre-courant.

Si vous habitez Trois-Rivières, vous les avez sûrement aperçus. Ils sont une vingtaine, postés le jour comme le soir à leur coin de prédilection: devant la façade d’un commerce, près de l’entrée d’un restaurant, à proximité d’une salle de spectacles...

Polis, ils sont debout, le bras discrètement tendu vers les piétons qui poursuivent leur chemin ou qui s’arrêtent, curieux de lire ce qui s’écrit dans ce journal pas tout à fait comme les autres.

En tournant les pages, il n’est pas rare d’y reconnaître le portrait de celui ou celle qui vient de nous vendre un exemplaire.

Ces vaillants camelots écrivent aussi. Ils racontent un bout de leur histoire, partagent une opinion, expriment une émotion et osent, parfois, un peu de poésie.

«(...) Quand je parle d’amour, je parle de gestes. Des petits gestes bien simples: un sourire, un regard bienveillant, tenir une porte pour un inconnu. Des actions qui, à première vue, sont anodines et qui, pourtant, peuvent tant apporter à celui qui les reçoit...»

Alain devient très ému en me permettant de publier ici un extrait de son texte à paraître dans le prochain numéro, un paragraphe qu’il connaît par cœur, mais qui, chaque fois, vient le chercher.

Écrire ce qu’il pense et ce qu’il ressent devrait lui faire du bien, mais ce n’est pas aussi simple.

«Ça me bouleverse... J’ai la main qui tremble quand j’écris. C’est difficile, mais je persévère. J’ai quelque chose à dire. Je pleure moins qu’avant.»

Depuis son enfance dans des familles d’accueil à aujourd’hui, alors qu’il vit seul dans un petit appartement à prix modique, l’existence de cet homme est une série de coups durs qui ont fini par le fragiliser, tant physiquement que mentalement.

Marié pendant près de vingt ans, Alain a également perdu des êtres chers emportés par la maladie et le mal de vivre. Les années passent, mais leur absence est toujours aussi lourde à porter.

«J’ai Charlotte. C’est ma chatte. Elle m’aide psychologiquement. Aller au Point de rue aussi. Je me sens écouté.»

À l’origine de La Galère, l’organisme accueille des personnes qu’on dit en rupture sociale. Il y a des femmes, mais ce sont, pour la majorité, des hommes en situation de pauvreté et de grande vulnérabilité.

«Ils en ont vécu de toutes les couleurs.»

Coordonnatrice au centre de jour, Geneviève Charest connaît bien les camelots qui ne demandent pas la charité lorsqu’ils nous offrent de leur acheter un exemplaire fraîchement sorti des presses.

Alain Villeneuve a payé 1 $ chaque Galère qu’il nous revend 3 $.

Ce petit revenu supplémentaire lui permet de s’offrir, un journal à la fois, des trucs qu’il n’oserait pas sinon.

«L’autre soir, j’ai mangé du poulet à l’ananas que je suis allé chercher au comptoir d’un restaurant chinois. Ça faisait longtemps. C’était vraiment bon!»

Certains jours, ça lui prend tout son petit change pour sortir dans la rue avec sa pile de journaux, mais il le fait. C’est la beauté de La Galère qui encourage cet homme à aller à la rencontre des gens qui, eux, l’aident à arrondir ses fins de mois et à gagner un peu de confiance en lui.

Chaque fois qu’on prend le temps de s’arrêter pour parler à un camelot comme Alain, on crée un lien avec lui, on reconnaît qui il est et ce qu’il fait.

«Il y en a qui me disent que j’écris bien!»

Alain Villeneuve dépose sa tasse sur la table et recule sa chaise pour me montrer son plus récent achat qui respecte sa règle du beau, bon et pas trop cher.

«Regarde! C’est grâce aux gens qui m’achètent La Galère que j’ai pu me les payer.»

Ses nouvelles bottes font son bonheur. Il aura les pieds et le cœur au chaud cet hiver.

Actualités

Marie-Ève à la rescousse

CHRONIQUE / Marie-Ève Caron aurait pu quitter les lieux avant d’y mettre les pieds, prétexter un imprévu et ne plus jamais redonner de ses nouvelles. Ni vue, ni connue.

L’idée de tourner les talons ne lui a jamais effleuré l’esprit, même avec cette forte odeur d’urine qui s’échappait de l’appartement.

Isabelle Légaré

La métamorphose de Mathieu

CHRONIQUE / Mathieu Blais n’a pas attendu de subir une reconstruction faciale pour aimer l’image que son miroir lui renvoie. Cette métamorphose s’est accomplie au fil des années et plus précisément le jour où le jeune homme a accepté son visage tel qu’il est.

Le 19 août dernier, le jeune homme de 24 ans était néanmoins attendu à l’hôpital pour sa vingtième et vraisemblablement dernière opération.

Actualités

Le 6e sens de Diane et Carmen

CHRONIQUE / Diane Gendron était au beau milieu d’une partie de scrabble lorsqu’un ami lui a parlé d’un restaurant qui s’apprêtait à ouvrir ses portes à Québec. Les clients y seraient plongés dans le noir le plus complet et devraient deviner les plats. La cerise sur le gâteau, on comptait faire appel à des personnes non voyantes pour assurer le service.

«Es-tu fou?», s’est exclamée la femme qui refusait de s’imaginer en train de circuler dans une salle à manger les bras chargés d’assiettes.

Isabelle Légaré

Linda, l’autoexclue

CHRONIQUE / Linda a stationné son véhicule, est montée dans l’ascenseur, a poussé la porte s’ouvrant sur le tintamarre des appareils de loterie vidéo, mais n’a jamais eu le temps de les atteindre. Un agent de sécurité s’est approché pour lui demander poliment: «Madame Lafrenière, vous savez que vous n’avez pas le droit d’être ici?»

Évidemment que la femme était parfaitement au courant. Un an plus tôt, le 20 mai 2016, c’est elle qui avait pris la décision de s’inscrire au programme d’autoexclusion de Loto-Québec. Dès lors, et pour une période d’au moins cinq ans, la joueuse endettée jusqu’au cou s’engageait à ne plus remettre les pieds dans les casinos et salons de jeu de la province.

Isabelle Légaré

Étudier au cégep avec fiston

CHRONIQUE / Quand Dominick, alors âgé de 17 ans, leur a annoncé qu’il souhaitait amorcer des études collégiales en techniques de l’informatique, ses parents ont trouvé que c’était tellement une bonne idée qu’ils ont décidé de s’inscrire... avec lui.

Jamais trop tard pour oser se lancer dans le vide.

Isabelle Légaré

Handicapé à lunettes cherche superhéros

CHRONIQUE / Jean-Sébastien Proulx est un handicapé à lunettes en quête de superhéros. Pas de gens dotés de pouvoirs extraordinaires. Des personnes dont la mission consiste à l’épauler dans son quotidien. La perte d’autonomie de l’homme de 35 ans n’est pas de la fiction.

Le hic, c’est que ça ne court pas les rues, des supermans de cette nature. Rareté de main-d’œuvre ici aussi.

Actualités

Le tatouage de grand-maman Paulette

CHRONIQUE / Anny, 21 ans, et Anne-Julie, 24 ans, n’en sont pas à leur première idée loufoque. Cette fois-ci par contre, les deux cousines ont poussé l’audace un peu plus loin en demandant à Paulette de se joindre à elles.

«Hé! grand-maman, viens-tu te faire tatouer avec nous?»

Isabelle Légaré

De la tire sur la neige... en juillet

CHRONIQUE / Se régaler de tire d’érable sur la neige quand il fait 30 degrés Celsius sous un soleil de plomb, oui c’est possible. Tout comme manger des oreilles de crisse avec des gougounes aux pieds.

Qui a dit qu’on devait bouder notre plaisir en juillet?

Actualités

Perdre ses cheveux avant même d’être ado

CHRONIQUE / Il y a des choses qui ne s’expliquent pas. On pose des questions, on cherche des débuts de réponse. En vain. Stacy Nadeau est rendue à cette étape où elle doit se résigner à accepter cette situation hors de son contrôle.

Tous ses cheveux qui sont tombés et qui continuent de se détacher de sa tête ne repousseront probablement pas. Il ne faut jamais dire jamais, mais la jeune fille de Trois-Rivières réalise en ce moment que la meilleure attitude à adopter dans les circonstances, c’est d’apprendre à surmonter cette épreuve.

Isabelle Légaré

Une voix pour les enfants victimes du pire

CHRONIQUE / Catherine Roberge a déjà voulu tout lâcher. C’était au retour de son congé de maternité. Le dossier déposé sur son bureau était celui d’un enfant qui avait pratiquement l’âge de sa fille. Un mois de différence. Le bambin avait été sévèrement battu.

La procureure aux poursuites criminelles et pénales s’est présentée devant son patron: «C’est terminé. Mets-moi ailleurs. Je ne suis plus capable.»

Actualités

Des seringues aux pinceaux

CHRONIQUE / Il n’est jamais trop tard pour réaliser que ce n’est pas ce qu’on pensait, que le premier choix n’était pas le bon. Vraiment pas.

Milène Leblanc était persuadée d’avoir réalisé son rêve de petite fille en devenant infirmière auxiliaire. Elle a rapidement eu l’impression de tomber en plein cauchemar. Avant de ne plus être capable de stopper sa chute, la jeune femme de 26 ans a rangé ses seringues puis a saisi un pinceau comme une opportunité qui se présente.

Isabelle Légaré

Avec la même enseignante pendant 35 ans

CHRONIQUE / Normalement, cette semaine, Suzanne Trudel aurait souhaité bonnes vacances à ses élèves avant de les serrer à tour de rôle dans ses bras. Reconnaissante pour cette autre belle année qui vient de se terminer, elle aurait ensuite lancé à tout le monde: «On se revoit en septembre!»

Pas cette fois. L’enseignante ne sera pas de retour à la prochaine rentrée scolaire.

Isabelle Légaré

Une fille, son père et le boccia

CHRONIQUE / Ça s’écrit boccia, mais il faut prononcer «bocchia». Mot italien qui signifie balle ou boule. Dans le dictionnaire de Josée Lamothe, ça veut dire tellement plus que ça, quelque chose qui pourrait se traduire par le sentiment de se réapproprier sa vie.

Qui dit Josée, dit André Lamothe. Son univers tourne également autour de six balles et d’un cochonnet, mais par-dessus tout, du souhait combien paternel de vouloir le bonheur de son enfant, quitte à s’y consacrer à temps plein.

Isabelle Légaré

De l’obésité à la vie d’athlète

CHRONIQUE / Il y a à peine deux ans, Martin Alarie-Rivard pesait 400 livres et n’en menait pas large. Dimanche prochain, 23 juin, le triathlète qu’il est devenu amorcera le demi-Ironman de Mont-Tremblant avec 135 livres en moins, une volonté de fer, des mollets d’acier et le désir de servir d’exemple.

Martin s’est lancé un défi comme on s’offre un cadeau à soi-même, pour se gâter. Le sien vient cependant au prix d’efforts considérables.

Isabelle Légaré

La miraculée et son bienfaiteur

CHRONIQUE / «Bonjour! Peut-être vous souvenez-vous de moi? La miraculée de la pelle mécanique! Ça fait trois ans. J’ai une histoire merveilleuse à vous raconter.»

Je l’ai rappelée. Évidemment que je me souvenais d’elle. Difficile d’oublier Diane Héon et ce qui lui est arrivé, le 3 juin 2016. J’en avais fait le récit, quelques mois plus tard, dans une chronique intitulée «Plus forte qu’une pelle mécanique».

Isabelle Légaré

Madame Pauline, 109 ans

CHRONIQUE / C’était il y a neuf ans, dans une résidence pour personnes âgées, en plein après-midi. Pauline Bergeron, qui venait d’avoir 100 ans, a croisé une voisine d’étage, 103 ans.

«Viens chez nous! Il faut fêter ça», a proposé l’aînée à la plus jeune qui a accepté l’invitation avec joie.

Isabelle Légaré

À la mémoire de Michel

CHRONIQUE / Michel Favreault n’aura pas eu la mort qu’il espérait avoir, celle pour qui il n’hésitait jamais à prendre la plume et la parole, sans tabou et sans détour.

Michel est décédé le vendredi 24 mai avant d’avoir eu le temps de décider lui-même de sa propre fin de vie qu’il souhaitait sereine et dans la dignité.

Isabelle Légaré

La millionnaire du Tupperware

CHRONIQUE / Quand je fouille dans les armoires de cuisine de ma mère, je m’étonne chaque fois d’y trouver quelques vestiges de mon enfance: des contenants Tupperware.

Nous sommes dans les années 70. J’ai autour de 8 ans. Je reviens dîner à la maison avant de retourner à l’école. Ma mère m’attend. Elle a sorti deux plats – un rond et un rectangulaire - du réfrigérateur couleur beige avec des poignées en imitation de bois.

Actualités

À Harvard, comme un poisson dans l’eau

CHRONIQUE / Elsa Goerig m’accueille dans une belle maison d’autrefois avant d’actionner la machine à café et de s’asseoir à l’îlot de cuisine entouré de bancs, d’une chaise haute et de jouets sur le plancher.

Ses quatre enfants âgés de 13 ans à 10 mois y prenaient leur petit déjeuner quelques instants plus tôt, avant mon arrivée et leur départ pour l’école et la garderie.

Isabelle Légaré

Code blanc

CHRONIQUE / Un usager qui perd son calme et se montre agressif, ça arrive. Pas tous les jours, mais le risque d’être victime de la violence verbale ou physique est réel pour les gens qui travaillent dans le milieu de la santé.

Nul n’est à l’abri d’une insulte, d’être solidement agrippé par le bras, d’un crachat, d’une morsure, d’une chaise lancée comme un projectile, d’être bousculé, d’une claque au visage…

Isabelle Légaré

Travailleuse de rang

CHRONIQUE / Laurence Lemire ne veut surtout pas déranger l’agriculteur qui l’accueille, un brin suspicieux. Ce n’est pas pour être impoli, mais l’homme a beaucoup de travail devant lui. Il n’a pas vraiment le temps de répondre au «Comment ça va?» de cette inconnue qui vient lui rendre visite.

D’ailleurs, pourquoi cette question? Comment peut-elle savoir que ça pourrait aller mieux?

Actualités

Roxanne, l’ange de Simone

CHRONIQUE / «C’est spécial comme elle est spéciale cette enfant-là.»

Simone Beaudoin avait bien raison en faisant référence à Roxanne Hébert. «Elle a l’air d’un ange...», disait-elle aussi.

Isabelle Légaré

Une vie à sauver au 17e kilomètre

CHRONIQUE / Christian Hart et Robert Bergeron ont terminé la course vingt minutes plus tard que prévu, mais il n’y a pas un chrono qui peut égaler ni même surpasser leur satisfaction au fil d’arrivée.

Leur intervention rapide a permis de sauver une vie, celle d’un homme qui, entre deux foulées, s’est effondré devant leurs yeux.

Actualités

Le sang rare de l’exceptionnelle Marie-Josée

CHRONIQUE / Marie-Josée Lepage est l’amie de Rémi-Pierre Paquin. En fait, Marie-Josée est la mère de Vincent, un ami du comédien qui considère celle-ci comme son amie.

Rémi-Pierre n’est pas différent de tous ceux et celles qui croisent cette femme, ne serait-ce qu’une seule fois. Tout le monde aime et veut aider Marie-Josée qui me dit d’emblée: «Je suis vraiment très choyée. Depuis le jour 1, j’ai une armée derrière moi.»

Actualités

Le piano au suivant

CHRONIQUE / André Lacombe avait au bout du fil une dame attristée de devoir se séparer de son piano. C’était en juin 2018.

«Vous ne pouvez pas comprendre ce que cet instrument représente pour moi...»

Isabelle Légaré

Le choix de Geneviève

CHRONIQUE / «Tu sais que je t’ai fait des affaires quand t’étais p’tite.»

Seule au bout du quai, Geneviève s’était éloignée pendant quelques instants du party de famille qui se déroulait derrière elle. La jeune femme dans la vingtaine était à observer tranquillement les étoiles lorsque son oncle éméché est venu prendre place à ses côtés pour faire remonter à la surface des souvenirs enfouis en elle.

Actualités

Un rôle méconnu et indispensable

CHRONIQUE / C’était il y a cinq ou six ans. Un 24 décembre. En soirée. L’agent François Gosselin est arrivé à l’hôpital, muni d’une glacière rouge renfermant son précieux contenu.

Les portes de l’ascenseur se sont ouvertes. Une femme s’y trouvait déjà, entourée de membres de sa famille. Cette patiente montait au même étage que lui. Ça ne pouvait être qu’elle.