Évan, 9 mois, entouré de ses parents, Joé Nadeau et Marianne St-Hilaire.

Né dans une course contre la montre

CHRONIQUE / Évan est né sous une bonne étoile. En fait, elles étaient deux, des anges gardiens qui se trouvaient au bon endroit, au bon moment. Voici donc l’histoire d’une naissance durant laquelle chaque seconde a compté.

À 9 mois, le garçon de Marianne St-Hilaire et de Joé Nadeau n’aime pas rester inactif trop longtemps. À la première occasion, le bébé s’agrippe solidement à son trotteur et une fois en position debout, ne tarde pas à se faire comprendre. Amusé, son père l’assoit sur le siège. Les deux pieds retroussés et les deux mains sur le guidon, Évan adore qu’on le promène de la cuisine au salon.

Ses parents ne s’en lassent pas non plus. Ils poussent le jouet à quatre roues et un profond soupir de soulagement.

Marianne et Joé se sont présentés à l’hôpital de Trois-Rivières le 24 avril 2019. Leur premier enfant était prêt à naître après 41 semaines et trois jours bien au chaud dans le ventre de sa mère qui a vécu une «super et merveilleuse» grossesse.

La jeune femme de 28 ans a demandé et a reçu l’épidurale pour soulager la douleur durant le travail qui a avancé sans rien de particulier à signaler. Une infirmière venait régulièrement vérifier les contractions de la maman et le rythme cardiaque du bébé.

«J’étais relaxe. Joé dormait même à côté de moi.»

Le stade de la poussée, qui s’est étiré sur un peu plus de trois heures, s’est également bien déroulé.

«Je pouvais voir la tête du bébé. Je lui ai même flatté le coco!», poursuit Joé qui a deviné que quelque chose ne tournait pas rond lorsqu’à la sortie du nouveau-né, on a demandé au papa de couper rapidement le cordon ombilical avant de s’éloigner avec l’enfant qui n’avait toujours pas poussé son premier cri.

Joé a plutôt entendu un «code rose» être lancé sur tous les étages du centre hospitalier. En quelques secondes, des infirmières, médecins et spécialistes sont accourus auprès de son fils qui n’avait aucune réaction aux stimulations.

«Je voyais qu’Évan ne respirait pas et que les gens essayaient de l’intuber. Ils criaient: ça ne passe pas! Au même moment, quelqu’un lui faisait un massage cardiaque.»

Marianne et Joé n’étaient pas préparés à vivre un tel cauchemar éveillé, me disent-ils pendant que leur fils dévore un à un les petits biscuits étalés sur le plateau de sa chaise haute.

Évan ne le sait pas encore, mais il est né un jour de chance. Comme dirait son arrière-grand-père: «C’est un bébé miracle!»

Supervisée à distance par un néonatalogiste du CHU Sainte-Justine, l’équipe de transport néonatal se rend en ambulance auprès du nouveau-né avec l’équipement et les connaissances nécessaires pour soutenir le personnel médical et infirmier du centre hospitalier.

Par le plus heureux des hasards, l’équipe de transport néonatal du CHU Sainte-Justine était déjà entre les murs de l’hôpital de Trois-Rivières lorsque le code rose a retenti. Dans un temps record, le bébé de Marianne et de Joé a été pris en charge par un tandem composé d’une infirmière formée pour faire face à cette situation et d’une inhalothérapeute spécialisée en soins respiratoires néonataux.

Christina Sansregret et Audrée Tremblay étaient venues chercher un bébé nécessitant un transfert non urgent vers Montréal lorsque l’alerte a sonné pour Évan qui s’est retrouvé au cœur d’une véritable course contre la montre.

Avec le personnel en place, les deux collègues supervisées à distance par un néonatalogiste ont réanimé le nouveau-né qui présentait une asphyxie néonatale, l’ont intubé et stabilisé avant de le ramener en ambulance à Sainte-Justine où il fallait le mettre en hypothermie thérapeutique.

Ce traitement consiste à diminuer et à maintenir pendant 72 heures la température du corps autour de 33,5 degrés Celsius. Cette période de refroidissement permet notamment de protéger le cerveau des impacts du manque d’oxygène. Pour optimiser son efficacité, le traitement doit être enclenché dans les six premières heures de vie du bébé.

De là la chance inouïe d’Évan qui a bénéficié d’un temps précieux.

S’il avait fallu attendre que l’équipe de transport néonatal parte de Sainte-Justine pour venir chercher l’enfant à Trois-Rivières avant de retourner avec lui à Montréal, le délai crucial de six heures aurait peut-être été écoulé avec les risques de séquelles que chaque minute supplémentaire comporte.

Marianne et Joé n’osent même pas y penser, préférant se réjouir de cette excellente nouvelle qui est venue au terme du traitement d’hypothermie suivi d’une imagerie par résonnance magnétique du cerveau.

«Tout est beau!», a-t-on confirmé aux nouveaux parents qui pouvaient enfin laisser couler leurs larmes de joie. Les autres résultats d’examen sont également normaux. Le dernier rendez-vous de suivi s’est même terminé avec un «Wow!» du médecin, c’est tout dire!

«De la musique à mes oreilles!», célèbre à son tour Sophie Gravel en m’écoutant lui résumer ma rencontre avec la petite famille de Trois-Rivières.

La coordonnatrice du service de la néonatalogie au CHU Sainte-Justine n’hésite pas à qualifier d’«extraordinaire» l’histoire d’Évan, la raison d’être du transport néonatal qui dessert une quarantaine d’hôpitaux au Québec. Chaque année, son équipe accompagne quelque 500 nouveau-nés dont l’état de santé nécessite des soins intensifs spécialisés.

À ce propos, soulignons qu’immédiatement après le transport d’Évan vers Montréal, l’équipe de Sainte-Justine est retournée à Trois-Rivières pour aller chercher le premier bébé dont le transport était moins urgent et pour qui elle s’était initialement déplacée.

C’est pour exprimer leur reconnaissance envers le personnel de Sainte-Justine et faire connaître son service de transport néonatal que Joé et Marianne ont accepté de raconter la naissance de leur garçon qui s’éveille aujourd’hui au monde qui l’entoure.

Évan ne connaît pas encore sa chance, mais ses parents, plus que jamais.