Propriétaire du Studio poils et plumes, la toiletteuse Marie-Ève Caron profite de ses heures libres pour s’investir totalement dans le bien-être animal et de l’humain.

Marie-Ève à la rescousse

CHRONIQUE / Marie-Ève Caron aurait pu quitter les lieux avant d’y mettre les pieds, prétexter un imprévu et ne plus jamais redonner de ses nouvelles. Ni vue, ni connue.

L’idée de tourner les talons ne lui a jamais effleuré l’esprit, même avec cette forte odeur d’urine qui s’échappait de l’appartement.

Marie-Ève répondait à une petite annonce qui disait: «Beaucoup de chats à donner». C’était en février dernier.

Effectivement, des chats, il y en avait pas mal dans ce 4 pièces. Au moins 37, sans compter les 18 autres qui venaient d’être placés dans des refuges, pour un total... de 55.

S’y trouvaient également deux petits chiens jappant à n’en plus finir et qui, comme la trentaine de chats non stérilisés, étaient libres de faire leurs besoins là où bon leur semble, c’est-à-dire sur le plancher, derrière et dessus le divan, dans le matelas collé sur le sol... Insalubrité totale.

«C’est venu me chercher fois 1000.»

Marie-Ève ne parle pas tant de la senteur tenace qui enveloppait les lieux, que du cas patent de misère humaine devant ses yeux.

Sous le choc, elle n’a rien laissé paraître ni porté de jugement.

Marie-Ève décrit le désordre indescriptible qui y régnait en choisissant respectueusement ses mots et en me demandant d’en faire autant. «Tu vas trouver le moyen de tricoter ça pour ne pas qu’elle soit blessée hein?

Elle étant cette dame en pleurs qui n’osait pas la regarder. «Je le sais que ça n’a pas d’allure, que je ne peux plus vivre comme ça.»

Devant cette scène qui l’obligeait à penser vite, Marie-Ève a eu ces mots: «Je vais t’aider. Ne t’inquiète pas, je ne te lâche pas. Je vais faire tout en mon possible pour que ça aille mieux dans ta vie.»

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Marie-Ève Caron est toiletteuse. Elle refait une beauté à nos chiens et chats. Son studio est situé dans sa maison de Bécancour. Originaire de Trois-Rivières, la femme de 39 ans y coule des jours heureux avec son chum et leurs deux enfants.

Ses propres animaux de compagnie ont pour la plupart été sauvés de l’abandon ou de l’euthanasie.

Marie-Ève parle souvent au «on» durant l’entrevue. Sa fille Charlie est comme elle, toujours prête à venir en aide à un ami à quatre pattes laissé à lui-même.

Lorsqu’une chatte errante est venue accoucher dans la grange annexée à la maison, Marie-Ève a mis du temps et de l’argent pour socialiser la mère et ses petits, les faire vacciner, vermifuger, micropucer et stériliser. Elle les a ensuite confiés à l’adoption moyennant un prix qui ne couvre pas tous les frais du vétérinaire, même si celui-ci lui accorde un rabais.

La toiletteuse aurait pu donner la chatte et ses chatons en laissant les familles adoptives décider des soins et assumer les coûts. Mauvaise réponse.

«Quand c’est gratuit, les gens s’en défont. Ils ouvrent la porte et mettent le chat dehors parce qu’il a fait ses griffes sur le divan.»

S’il y en a une qui peut témoigner des nombreux abandons de chats et du problème de surpopulation qui en découle, c’est elle.

D’ailleurs, le mot s’est rapidement passé voulant que la toiletteuse était aussi, dans ses temps libres, une sauveteuse. En l’espace d’un an, Marie-Ève s’est retrouvée avec une quarantaine de chats qu’elle a tous fait soigner avant de trouver à chacun une nouvelle famille.

«Qui va s’en occuper sinon? La SPA ne peut pas tout faire», soutient-elle.

Dire que Marie-Ève a le coeur sur la main relève du cliché, mais c’est la réalité. La toiletteuse qui en a déjà plein les bras avec les animaux vient également au secours de la race humaine.

Un soir d’hiver où on annonçait une vague de froid, elle a eu une pensée inquiète pour les personnes sans domicile fixe. Le lendemain, Marie-Ève faisait appel à son entourage et quelques jours plus tard, elle distribuait manteaux, tuques et mitaines aux gens en situation d’exclusion sociale et d’itinérance qui fréquentent l’organisme Point de rue, à Trois-Rivières.

Marie-Ève avoue être devenue «accro» aux regards brillants que sa généreuse visite a éveillés parmi eux. «J’ai décidé de continuer.»

Son réseau de contacts s’est élargi et les dons se sont diversifiés. La toiletteuse se présente environ une fois par mois au centre-ville de Trois-Rivières. L’arrière de son véhicule est rempli à ras bord de vêtements, articles de toilette, collations et même de croquettes pour chiens qui, eux aussi, passent leurs journées dans la rue.

«Tu peux écrire que je tiens à remercier tous les gens qui m’aident à aider?»

Marie-Ève Caron a toujours préféré travailler dans l’ombre. C’est une de ses clientes qui, touchée par les gestes de compassion de la toiletteuse, l’a finalement convaincue de me raconter son histoire qui pourrait en inspirer d’autres.

«Pourquoi tu veux m’aider? Tu ne me connais pas et toute ma famille m’a laissée tomber.» C’est ce que la dame aux 55 chats a demandé à Marie-Ève qui lui a simplement répondu: «Tu mérites mieux que ça. Tu ne peux pas vivre dans un environnement comme ça.»

Ces derniers mois et encore aujourd’hui, la toiletteuse a pris les choses en main avec patience et douceur. Sans jamais brusquer la dame, Marie-Ève l’a convaincue de se séparer de la quasi-totalité de ses chats même si, chaque fois, ça lui arrache le coeur.

«Ses animaux sont ses bébés, sa bouée.»

À ce jour, presque tous les chats ont quitté l’appartement que Marie-Ève a nettoyé en commençant par jeter ce qui était souillé d’urine. Une fois de plus, la toiletteuse s’est assurée que tous les chats reçoivent les soins nécessaires avant de leur chercher un nouveau foyer. Certains avaient des mites dans les oreilles, d’autres, une infection urinaire.

«C’est pour cela que je te dis que je ne fais pas un sou avec ça. Le 50 $ qui me reste pour l’un, j’en dépense 200 $ pour l’autre.»

Huit chats habitent toujours chez la femme. Les mâles ont été stérilisés. Un don en argent a également permis de faire détartrer les dents d’un des chiens qui avait la gueule mal en point.

Leur maîtresse a aussi besoin qu’on s’occupe d’elle. C’est l’évidence même.

«Tu pourrais aller manger à Point de rue?», lui a proposé la toiletteuse qui a d’abord essuyé un refus.

Toujours sous les encouragements de Marie-Ève qui lui rend visite chaque semaine, la femme a finalement accepté de rencontrer un intervenant de Point de rue et le médecin rattaché à l’organisme.

Rassurée, Marie-Ève n’entend pas couper les liens avec celle qui lui a exprimé sa reconnaissance.

«Tu es comme un ange. Mon bateau s’écroulait. J’étais en train de me noyer avec mes chats et tu es arrivée.»