Née en 1910, Pauline Bergeron fêtera ses 109 ans ce mercredi 12 juin.

Madame Pauline, 109 ans

CHRONIQUE / C’était il y a neuf ans, dans une résidence pour personnes âgées, en plein après-midi. Pauline Bergeron, qui venait d’avoir 100 ans, a croisé une voisine d’étage, 103 ans.

«Viens chez nous! Il faut fêter ça», a proposé l’aînée à la plus jeune qui a accepté l’invitation avec joie.

Madame Pauline ne se souvient pas de la bouteille que sa vénérable coloc avait gardée au frais pour l’occasion, mais du plaisir qu’elles ont eu à trinquer, ah ça oui.

Au fond, le nom de la boisson alcoolisée n’est pas si important dans cette histoire. Retenons plutôt ceci: «Ça réchauffait!», chuchote la vieille dame en riant de sa voix chevrotante. L’œil taquin, elle ajoute s’être même demandé comment regagner son chez-soi au terme de ce party improvisé.

«Heureusement que j’avais ma marchette! J’avais juste un petit bout à faire.»

Madame Pauline n’entend pas et ne voit plus comme avant, mais à 109 ans, son humour est intact.

Des personnes de 100 ans, on en croise plus qu’avant, mais un modèle 1910, ça demeure l’exception.

Née un 12 juin, Pauline Bergeron est la première étonnée d’être sur le point de célébrer un âge que très peu de gens peuvent se vanter d’avoir atteint.

Est-elle aujourd’hui la doyenne de Trois-Rivières? De la Mauricie? Bonne question. Il n’existe pas de registre du genre au Québec, mais on ne se trompe pas beaucoup en affirmant que notre amie se retrouve dans les premières positions d’un tel palmarès.

«Je ne pensais jamais que j’allais mourir aussi âgée.»

L’exploit l’indiffère un peu, pour être honnête. Si on lui donnait le choix, sa vie qui a été belle et bien remplie pourrait s’arrêter à 109 ans. Elle n’ambitionne pas de décrocher l’an prochain le titre de supercentenaire qui est accordé aux 110 ans et plus.

«On va laisser ça à d’autres meilleurs que moi.»

Madame Pauline s’ennuie davantage de ceux et celles qui sont partis depuis longtemps déjà, à tour de rôle. Elle est prête à aller les rejoindre. «Ils m’attendent. J’ai hâte de les retrouver.»

Inutile de lui poser la question qui s’impose chaque fois qu’une personne franchit et dépasse le cap des 100 ans. Elle n’a pas de secret de longévité. C’est arrivé comme ça, c’est tout.

À part «quelques petits bobos», sa santé est relativement bonne. Madame Pauline n’a plus les oreilles pour jouer religieusement au bingo ni les yeux pour lire fidèlement son Nouvelliste, mais aux commandes de son inséparable déambulateur, la femme aux cheveux blancs est encore capable de se déplacer toute seule vers la salle à manger. Trois fois par jour.

«Avant, je prenais des grandes marches dans le corridor, mais là, elles ont raccourci.»

Si délicate et forte à la fois, la voilà qui se lève debout à la demande du photographe qui use de son charme pour faire sourire la coquette mannequin au teint rosé.

Une femme fière, Madame Pauline. «Avant-gardiste», a également pu constater Chantal Houde. Animatrice à la résidence La Liberté, elle s’est fait raconter que la plus âgée du groupe d’aînés s’est toujours fait un devoir de bien s’alimenter et de faire de l’exercice. C’est probablement ça, la recette de sa durabilité.

Née à Saint-Paulin, Pauline Bergeron s’est mariée sur le tard, à 39 ans, puis a mis au monde son unique enfant, sa fille Louise. Deux fois grand-mère et deux fois arrière, elle a vécu à Shawinigan pendant une quarantaine d’années avec son époux, feu Antonin Lessard, avant de venir s’établir à Trois-Rivières. Elle a habité pendant vingt-deux ans à la résidence les Marronniers avant de déménager ici, à l’été 2016, afin d’y recevoir des soins plus adaptés à ses besoins.

«Je m’en venais ici pour mourir. Ça va faire trois ans.»

De 1910 à aujourd’hui, Madame Pauline a accumulé les souvenirs. Elle se revoit encore, âgée d’une dizaine d’années, s’occupant des petits voisins dans une maison sans électricité. Leur gardienne devait donner l’exemple et s’amuser prudemment. Il ne fallait surtout pas faire tomber la lampe à l’huile au centre de la table de la cuisine.

Deux événements lui reviennent automatiquement en tête lorsque je demande à cette témoin de l’histoire ce qui l’a particulièrement marquée au fil du temps: l’épidémie de la grippe espagnole qui a touché le Québec, en 1918, et le tremblement de terre qui a secoué la province, le 25 novembre 1988. C’était quelques années avant qu’elle décide, à 85 ans, d’aller étudier en gérontologie à l’école des aînés de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

À 109 ans, Madame Pauline est sans doute la mieux placée pour porter un regard sur la vieillesse et ses défis.

Sa mémoire n’est plus ce qu’elle était, c’est normal, mais elle reste vive. À la demande de sa fille, la plus que centenaire en fait la démonstration en récitant par cœur l’extrait d’un texte appris lorsqu’elle avait... 7 ans.

À quelques jours de son 109e anniversaire de naissance, Pauline Bergeron a une pensée pour cette sympathique compagne de 103 ans qui est décédée quelques mois après leur mémorable après-midi, en juin 2010.

«Je ne sais pas si elle est au courant que je suis rendue à 109 ans?»