Florence Labrecque et sa mère Linda Côté.

Les pas de géant de Florence

À sa naissance, les médecins n’y sont pas allés par quatre chemins: «Florence ne fera rien.»

Rien comme dans... rien.

«Vous avez un bébé mou.»

Le poupon de Linda Côté et de Clermont Labrecque avait vraisemblablement une forme sévère d’hypotonie. Sans aucun tonus musculaire, leur fille était comme une poupée de chiffon qui ne peut pas se redresser la tête toute seule. Il lui serait extrêmement difficile, voire impossible, de se tenir assis, d’apprendre à ramper, à marcher, à parler...

Souffrant d’un trouble grave de déglutition, le nourrisson était incapable d’avaler sa salive. La petite, qui n’avait aucun réflexe de succion, allait grandir sans pouvoir boire ni manger. Elle devait être gavée et il en serait probablement ainsi longtemps, sinon tout le temps.

«Mon chum et moi, on se disait qu’on était dans un mauvais rêve, que ça ne se pouvait pas, qu’on allait se réveiller.»

Treize ans plus tard, l’adolescente active et verbomotrice qu’elle est devenue continue d’être nourrie par gavage, mais ce samedi, regardez-la bien courir, le sourire aux lèvres.

L’adolescente franchira la ligne d’arrivée sur ses deux jambes et vite à part ça. Les médailles s’accrochent à son cou comme elle, à l’espoir.

Vous l’avez deviné, mais je l’écris quand même. Florence Labrecque est une athlète unique en son genre, une ultramarathonnienne, si je peux me permettre de la classer dans une catégorie où l’exploit consiste à réaliser une suite sans fin de pas de géant.

Ce 10 novembre a lieu la 9e édition du Mini-Défi, une compétition amicale pour les quelque 70 jeunes qui fréquentent les centres de réadaptation en déficience physique InterVal de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Florence en sera à sa neuvième participation. La première fois, à 4 ans, la fillette s’est présentée sur la ligne de départ en fauteuil roulant. L’année suivante, en se tenant fermement sur deux cannes quadripodes. L’autre d’après, en marchette et ainsi de suite, jusqu’à ce que ces équipements ne lui soient plus d’aucune utilité.

L’adolescente a commencé tôt à s’entraîner. Depuis qu’elle est née en fait. Florence a toujours pu compter sur une coach personnelle, sa mère, une spécialiste en petits miracles et photos truquées.

Linda Côté tourne les pages d’un album de sa fille alors qu’elle n’a que quelques mois. «Ici, Florence est assise, mais j’ai mis des coussins derrière elle pour la retenir.»

Le bébé a une suce dans la bouche entrouverte. Le temps de peser sur clic et la tétine était tombée.

Même si Florence était incapable de téter, sa mère la mettait parfois au sein comme elle l’avait fait quelques années plus tôt, avec ses deux autres enfants. «Je m’essayais...»

La femme replace d’un geste tendre le toupet de sa grande fille en disant cela. Linda Côté n’était pas dans le déni à l’époque. Elle absorbait le choc.

«Je me disais qu’un jour, ça allait peut-être partir.»

Entre les nombreux séjours à l’Hôpital de Montréal pour enfants où Florence a subi plusieurs opérations, Linda Côté était à la maison avec son bébé qui la regardait, immobile, les yeux fixés sur elle.

«Ok, ma chérie, qu’est-ce que je fais avec toi aujourd’hui? Si je ne fais rien, je pense que tu ne feras pas grand-chose.»

Tout était à faire avec cette enfant que sa mère s’est mise à stimuler, stimuler et encore stimuler. Sans arrêt. Avec des tissus, des couleurs, de la lumière, des sons, des odeurs, des objets...

Linda Côté refusait de croire que sa fille resterait «molle» en permanence. Avec l’aide du centre de réadaptation InterVal, elle a consacré son quotidien à Florence qui avait tout à apprendre.

«On ne savait pas trop où on s’en allait, mais tranquillement pas vite, il y a eu des résultats.»

On pourrait écrire un livre sur son évolution exceptionnelle et tout ce que ça a exigé comme efforts, mais partant du principe que Florence arrive aujourd’hui à courir, sachez qu’elle a réussi à marcher vers l’âge de 5 ans et à parler, à 6 ans. Depuis, elle n’arrête plus.

L’élève de 1re secondaire revenait de l’école lorsque je l’ai rencontrée cette semaine. À voir son sourire, l’examen de mathématiques s’était bien passé. L’adolescente étudie en musique. Elle joue de la guitare et des percussions.

Le diagnostic s’est précisé avec les années. Florence Labrecque a le syndrome de Worster-Drought, une maladie rare, une forme de paralysie cérébrale qui entraîne des troubles de la déglutition et de la parole.

Florence est alimentée par une valve installée sur son ventre. Lorsque les membres de sa famille se réunissent autour de la table pour le repas, l’adolescente se joint à eux, mais ne mange pas. Elle est incapable de mâcher et d’avaler. Parfois, rarement, elle goûte un aliment, puis le redépose. Ça s’arrête là. Le risque est trop grand de s’étouffer avec.

Florence ne se plaint pas. Elle profite du moment avec les siens. Elle est une athlète du courage. J’ai beau chercher un autre mot, c’est toujours celui-là qui revient.

Le Mini-Défi se déroule au centre sportif de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il y aura des épreuves telles que les courses à relais et à obstacles, le lancer du poids, le saut en longueur, etc.

Florence et sa mère aimeraient que les spectateurs se présentent nombreux pour applaudir tous ces jeunes qui excellent dans une compétition où chaque participant est un gagnant.