Justine Damphousse est l’une des quatre duchesses du prochain Carnaval de Gentilly.

La duchesse Justine

CHRONIQUE / Justine Damphousse n’est pas une duchesse comme les autres. Elle affiche une différence et lutte contre l’indifférence.

La jeune femme de «presque» 26 ans n’a aucune hésitation à parler de ce qui la rend unique. Elle le fait avec une simplicité qui l’honore et qui sert de leçon.

Pendant que Justine se prête avec un enthousiasme débordant à la prise de photo accompagnant cette chronique, sa mère me remet une feuille de calepin. L’enseignante au primaire y a noté ce que je dois savoir au sujet de sa fille qui compose au quotidien avec une dysphasie sémantique pragmatique modérée à sévère, une dyspraxie, un trouble de l’audition centrale, une légère limitation au niveau intellectuel et un trouble de l’attention.

Qu’est-ce que tu comprends de tout cela Justine?

«Des fois, j’ai des problèmes pour m’exprimer devant les autres, pour faire ma place.»

Depuis l’âge de 8 ans, Justine habite à Bécancour, plus précisément dans le secteur Gentilly où on a trouvé un remède efficace pour chasser la déprime de novembre et le blues de l’hiver. Pendant trois mois, on y vit au rythme du carnaval.

Justine a toujours été aux premières loges de l’événement dans lequel sa mère s’est longtemps impliquée. Sa soeur Camille a même déjà été une duchesse.

«À la 47e édition!», se souvient Justine avec précision. Cette année-là, elle a ressenti un mélange d’émotions. Une joie immense pour sa sœur et une grande tristesse pour elle-même.

«Pourquoi Camille et pas moi? Même si j’ai une différence, j’ai le droit moi aussi de vivre une expérience...»

Justine aurait aimé se retrouver sous les projecteurs lors du traditionnel couronnement où chaque duchesse s’y présente maquillée, coiffée et habillée d’une longue robe.

On peut la comprendre. Justine n’a jamais eu non plus un bal de finissants. À son ancienne école, il n’y avait pas de fête de graduation pour les élèves comme elle qui se distinguent par leur différence.

Bref, il y a eu d’autres carnavals et d’autres duchesses. Fidèle au rendez-vous, Justine a mis sa déception de côté et n’a jamais cessé de contaminer un peu tout le monde avec sa bonne humeur légendaire.

Andréa Schaerli l’a remarquée. Lorsque la femme d’origine suisse a été approchée pour présider l’actuelle et 51e édition, elle a exprimé le souhait d’avoir Justine Damphousse dans son équipe de quatre duchesses. On avait besoin d’une ambassadrice comme elle au sein d’un événement rassembleur et inclusif.

Nous sommes tous pareils et différents après tout.

Justine a pleuré de joie lorsque le comité organisateur, avec Andréa en tête, a sonné à la porte pour lui annoncer la bonne nouvelle. Elle en rêvait silencieusement depuis des années.

«J’étais sur un nuage!»

Justine écoute sa mère me raconter les coulisses de cette aventure qui ne fait que débuter, mais que la principale concernée qualifie déjà de «super» avec des points d’exclamation au bout de chaque phrase.

Il y a beaucoup de fierté dans cette maison.

«Je suis une vedette!»

Elle rit aux éclats. Sa mère ne peut s’empêcher de l’imiter.

Si Marie-Andrée Hardy avait écouté sa fille, celle-ci aurait grandi en restant en retrait, s’évitant ainsi d’être victime de rejet.

«En tant que parent, on veut protéger nos enfants, mais je pense que c’est là qu’on fait une erreur.»

Fillette, Justine a fait du théâtre et s’est initiée aux arts du cirque. À son rythme. À sa manière. Sans jamais renoncer.

«Comme maman, je l’ai toujours poussée vers l’avant et ça a valu la peine.»

Marie-Andrée a également été honnête avec sa grande. Tout le monde n’est pas gentil. «Oui, Justine, il y en a qui peuvent rire de toi...»

Les symptômes de la dysphasie sont complexes. Dans une conversation, Justine ne décode pas le langage de la même façon puisque ce trouble affecte l’expression et la compréhension.

La duchesse a parfois de la difficulté à organiser sa pensée, dire ce qu’elle a à dire. Ses paroles se bousculent. «Des fois, je me décourage. C’est comme si ça restait pris dans moi.»

Quant à la dyspraxie, ça touche la coordination, la motricité et le sens de l’orientation.

Justine a un côté malhabile qui ne l’empêche pas de garder la forme sur un vélo stationnaire, de poursuivre ses apprentissages scolaires, d’apprendre à cuisiner et à gérer ses petites économies pour gagner en autonomie et, enfin, de faire du bénévolat dans une tablée populaire.

«Même si je suis différente, je peux aider! Je suis une fille ensoleillée qui veut rendre les gens heureux!»

Une duchesse qui n’a pas besoin d’un titre de noblesse pour susciter l’admiration.