Jean-Philippe Cholette est un nouvel employé fort apprécié à la résidence Le Havre, à Saint-Maurice.

Jean-Philippe à votre service

Jean-Philippe Cholette sait exactement ce qu’il a à faire. Il lui suffit de zyeuter la salle à manger pour savoir qui veut quoi.

«Une p’tite soupe? Ici, un thé? Un dessert?» Le jeune homme va de table en table pour s’enquérir des besoins de chacun. À ses questions simples, des réponses claires et un signe de tête en guise de remerciement.

Entre deux services, le garçon me regarde à la dérobée, conscient que je l’observe aussi. Ça l’amuse, mais il n’en perd pas moins sa concentration. Le pouce en l’air, je lui fais signe que j’ai compris. C’est l’affluence en cette heure du dîner. On jasera plus tard. 

Jean-Philippe est l’employé ponctuel, vaillant et loyal que tout patron souhaite retrouver au sein de son équipe. Ses initiatives ne sont pas banales non plus, surtout dans une résidence pour personnes âgées où chaque petit geste compte.

La nouvelle pensionnaire peut déjà en témoigner. En poste depuis septembre seulement, celui que les autres employés surnomment «JP» a remarqué avant tout le monde que la dame ne boit rien d’autre que du café après le repas. Inutile de lui offrir autre chose, sa réponse restera la même. Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, le serveur perspicace revient de la cuisine avec une tasse fumante qu’il dépose délicatement sur la table avant de se redresser, le dos bien droit.

«Et voilà!, dit-il, satisfait de lui, en se permettant cet avertissement pour sa vieille amie. «Attention, c’est chaud!»

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Du 1er au 7 novembre, c’est la Semaine nationale de sensibilisation au syndrome de Down, une occasion de nous sensibiliser aux personnes qui vivent avec une trisomie 21. 

Jean-Philippe Cholette ne s’arrête pas aux journées thématiques, encore moins au diagnostic qui le rend différent à nos yeux. Depuis toujours, le garçon se sait aimé tel qu’il est par sa famille qui n’a jamais hésité à aborder le sujet de son handicap avec lui et autour de lui. 

Je l’ai rencontré en compagnie de sa sœur Vanessa. «C’est ma boss!», précise Jean-Philippe avec une fierté non dissimulée.

Vanessa Cholette est nouvellement propriétaire de la résidence Le Havre. Avant même de prendre la direction de Saint-Maurice, au printemps dernier, la jeune femme originaire de la région de Lanaudière savait qu’elle embaucherait Jean-Philippe. La directrice âgée de seulement 27 ans n’était qu’une fillette lorsqu’elle a compris que son frère pas comme les autres pouvait être un exemple d’intégration. La suite est en train de lui donner raison.

C’est leur mère, Chantal Crivello, qui m’a proposé d’aller leur rendre visite. «Vous allez voir, mon fils accomplit plusieurs tâches à la résidence et a un bel impact sur les personnes âgées», m’a-t-elle dit au bout du fil. 

La femme habite la ville de l’Assomption où ses trois enfants ont grandi. Jean-Philippe est le plus jeune, celui dont la naissance a forcément chamboulé la routine avant que tout le monde se donne le mot pour lui permettre de s’épanouir le plus normalement possible. Or, aider l’autre, c’est s’aider soi-même. Ses proches ont appris à vivre harmonieusement avec une réalité dont ils ne se sont jamais cachés, même qu’enfants, sa sœur et son frère aînés ont réclamé une petite sœur trisomique pour compléter la fratrie.

C’est leur mère qui raconte l’anecdote avec amusement. Sans vraiment le réaliser, le jeune homme exerce une influence sur les siens. Ses parents ont décidé de devenir une famille d’accueil pour les personnes ayant une déficience intellectuelle alors que sa grande sœur s’est tout naturellement dirigée vers la profession d’éducatrice spécialisée. 

Son entourage croit en lui et fait tout en son pouvoir pour que Jean-Philippe ait la possibilité de nous montrer de quoi il est capable. Ce n’est pas offert à tous malheureusement.

À partir de 21 ans, les jeunes adultes qui présentent une déficience intellectuelle n’ont plus accès à l’encadrement scolaire, les ressources spécialisées sont insuffisantes et les emplois se font rares. Des parents arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs grands enfants laissés à eux-mêmes. 

Vanessa Cholette ne pouvait s’imaginer Jean-Philippe passant toutes ses journées à la maison, à ne rien faire. Il a trop de potentiel pour rester assis devant la télé. La nouvelle directrice de la Résidence Le Havre n’a pas mis de temps à lui proposer un boulot qui fait le bonheur de tous, même que cette expérience convaincra peut-être d’autres établissements à se tourner vers des employés aussi efficaces que JP.

«J’aime faire toutes les tâches!», assure Jean-Philippe qui travaille trois jours par semaine. En plus de servir aux tables, il s’occupe de passer le balai, de faire le lavage, de sortir les poubelles... 

«Il est vraiment bon et de semaine en semaine, il l’est encore plus!», affirme Vanessa Cholette qui permet à son frère de se joindre aux activités des résidents une fois son travail terminé. Sa bonne humeur provoque des sourires parmi les gens âgés qui ne s’arrêtent pas à sa différence. Ils en font plutôt l’un des leurs. 

L’autre jour, une dame lui a montré à jouer aux cartes, au 500. Le jeune homme n’est pas certain d’avoir compris toutes les règles du jeu, mais ce n’est pas ça qui compte pour lui. Il a gagné une partie de plaisir en bonne compagnie.