L’instructeur Claude Roy (au centre) a créé le programme d’intervention code blanc utilisé par le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Divers travailleurs oeuvrant principalement en milieu hospitalier ont reçu la formation au cours de la dernière année dont Bobby Fillion-Dubois, François Rodrigue et Yoan Larouche.

Code blanc

CHRONIQUE / Un usager qui perd son calme et se montre agressif, ça arrive. Pas tous les jours, mais le risque d’être victime de la violence verbale ou physique est réel pour les gens qui travaillent dans le milieu de la santé.

Nul n’est à l’abri d’une insulte, d’être solidement agrippé par le bras, d’un crachat, d’une morsure, d’une chaise lancée comme un projectile, d’être bousculé, d’une claque au visage…

C’est le monsieur âgé souffrant de la maladie d’Alzheimer qui présente des signes de démence. C’est l’homme atteint d’un trouble mental qui a négligé de prendre sa médication et est en proie à des hallucinations. C’est la femme d’un certain âge qui connaît un épisode de délirium après une anesthésie et chirurgie. C’est le père dont l’évaluation psychologique a été ordonnée par le juge. C’est la mère intoxiquée par l’alcool et les drogues. C’est l’adolescent en détresse psychologique qui pète un plomb à l’urgence…

À un moment donné, pour une raison x, y ou z, cette personne, jeune ou moins jeune, s’énerve, sent la colère monter en elle et se «désorganise», pour employer le jargon du milieu.

Le risque que cet usager s’en prenne au premier intervenant dans son champ de vision est élevé. Ce n’est pas toujours intentionnel de sa part, mais ça fait quand même mal à celui ou celle qui croise son chemin.

Les travailleurs en milieu hospitalier ont reçu pour la plupart une formation – Oméga - leur permettant de reconnaître les signes avant-coureurs d’un comportement menaçant. Pour faire diminuer le niveau de tension dans l’air et prévenir l’escalade, ils adoptent une approche d’abord axée sur le verbal.

«Pourquoi tu cries? Qu’est-ce qui ne va pas? Qu’est-ce qu’on peut faire pour t’aider?»

Souvent, ça marche. Plus efficace que de lui ordonner de cesser de hurler. Se sentant écoutée et comprise, la personne retrouve son calme et aucune intervention physique ne sera nécessaire.

D’autres fois par contre, le temps de réaction est limité. L’intervenant a beau être formé pour calmer les esprits qui s’échauffent, il est déjà trop tard. Une boîte à surprise l’attend au détour d’un corridor.

On vient d’en avoir un malheureux exemple à La Tuque. Un usager de l’hôpital s’est rendu à l’étage des soins de longue durée où il s’est emparé de l’extincteur de fumée qu’il a vidé de son contenu sur trois membres du personnel.

Claude Roy a beaucoup d’admiration pour ces travailleurs qui, certains jours, en vivent de toutes les couleurs.

«Si tu entendais tout ce qu’on me raconte! On ne parle pas juste d’une petite gifle ou de la saisie anodine d’un bras ou d’un vêtement.»

Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec a fait appel à cet instructeur spécialisé pour offrir le programme d’intervention code blanc, une procédure d’urgence quand un usager présente un danger pour sa propre sécurité et celle des autres.

L’intervention physique est «en dernier recours», une fois que les méthodes psychologiques et verbales ont été «épuisées», a-t-on insisté en me permettant d’assister à la formation.

Personne ne vient ici pour apprendre à jouer aux gros bras. Les techniques enseignées par Claude Roy ne visent surtout pas à blesser l’individu même si l’emploi de la force est requis.

«Quand je reçois une cohorte, c’est comme si j’étais devant des musiciens. Chacun a sa partition, mais ils n’ont jamais joué ensemble, leurs instruments ne sont pas accordés. Mon rôle est de les guider à travailler avec le même langage et les mêmes méthodes.»

Au cours de la dernière année, une centaine de travailleurs, majoritairement des agents d’intervention en milieu psychiatrique, ont reçu cette formation qui répond à un besoin exprimé par le personnel hospitalier.

Ces hommes et ces femmes ne se sentent pas toujours égaux devant un usager qui, en plus d’afficher un comportement violent, peut avoir une forte et large carrure.

«Les rapports d’incidents démontrent qu’il faut tenir compte de la santé psychologique des travailleurs. Ils avaient l’impression de ne pas avoir les outils nécessaires pour faire face à des situations d’agressivité», m’explique Yoan Larouche, chef des services en santé mentale qui a lui-même reçu cette formation.

Bobby Fillion-Dubois est infirmier auxiliaire à l’hôpital Hôtel-Dieu d’Arthabaska, à Victoriaville. S’il a déjà été confronté à une situation de violence dans le cadre de son travail? «Souvent…»

Bobby et des collègues étaient récemment réunis à Trois-Rivières pour recevoir cette formation de deux jours où ils ont pu pratiquer des techniques de blocage, de diversion, d’immobilisation au sol, etc.

«On n’aime pas ça, intervenir physiquement, mais c’est pour notre propre sécurité, celle de l’usager et des gens autour», me dit-il à son tour.

Infirmier à l’unité médico-légale du Centre régional de santé mentale, à Shawinigan, François Rodrigue est du même avis. «On fait ça quand tout le reste a échoué.»

François travaille principalement auprès de gens référés par la justice, dont il faut évaluer la responsabilité criminelle ou prescrire un traitement en attendant de subir leur procès.

«Il faut prendre tout le temps disponible pour éviter la confrontation physique. Souvent, c’est de rassurer l’usager, l’aider à trouver des solutions à ses problèmes. Notre principale protection est le lien thérapeutique qu’on crée avec lui.»