Boomer, 23 ans, est l’inséparable compagnon de Claudette Sanschagrin.

Boomer, 135 ans

CHRONIQUE/ Boomer est né le 8 janvier 1996 et à le voir creuser énergiquement dans la pelouse, il a d’autres chats à fouetter que de se laisser ralentir par son âge très avancé pour un chien. C’est probablement ça le truc. Le golden retriever croisé ne sait pas qu’il a 23 ans, soit 135 ans en équivalent humain.

«C’est remarquable comment ce chien est en forme! Il est exceptionnel. Boomer marche un peu moins vite, mais il est en santé. Il y a toujours une étincelle dans ses yeux. Il se sent bien. La vie est belle.»

Manon Girard pratique la médecine vétérinaire depuis plus de 36 ans. Elle a déjà eu à traiter un petit chien de 21 ans, mais il était sourd, avait des problèmes de vision et d’articulation. À ce jour, Boomer est son patient le plus âgé.

«Un cas hors norme!»

Il existe des tableaux permettant de convertir l’âge d’un chien en âge humain. Contrairement à la croyance populaire, on ne multiplie pas par sept. Il faut tenir compte du poids de l’animal.

Généralement, les chiens de petite taille ont une espérance de vie plus longue que leurs congénères plus imposants. C’est ce qui frappe l’imaginaire avec Boomer qui pèse près de 90 livres (41 kilos) et qui, selon l’évaluation de la vétérinaire de Laval, a 135 ans en âge humain. Avec toutes ses dents qu’il se laisse brosser chaque jour, ou presque.

Boomer est de toute évidence dans une classe à part.

«Il n’est pas prêt à s’en aller.»

Claudette Sanschagrin connaît Boomer mieux que quiconque. Originaire de Shawinigan, la femme de 60 ans habite à L’Épiphanie où jaillit vraisemblablement la fontaine de Jouvence pour ses animaux de compagnie.

L’ancienne chauffeuse d’autobus à la Société de transport de Montréal cohabite avec ses trois chiens et ses nombreux chats dont Chatouille, 25 ans…

Sa maison est une sorte de refuge pour les âmes perdues et meurtries. Boomer est un rescapé. Il a été confié à Claudette à l’été 1996. Âgé de 8 mois, le chien avait été sévèrement battu par son ancien maître. À coups de chaîne.

«Boomer n’avait plus de peau. Le vétérinaire a recousu les muscles qu’il pouvait. L’infection s’est mise là-dedans.»

L’option de l’euthanasie a été évoquée, mais Claudette s’y est farouchement opposée. Ce n’était pas la première fois qu’elle venait en aide à un chien trahi par un humain.

«Je vais tout faire pour le sauver.»

La bonne dame l’a ramené chez elle, sauf que Boomer n’avait pas l’habitude qu’on le touche autrement que pour le brutaliser. Il ne connaissait pas la douceur d’une main lui caressant le cou. Le chien grognait d’instinct lorsque Claudette s’approchait de lui pour changer ses pansements.

À 8 mois, Boomer aurait dû être infatigable, toujours prêt à jouer et à courir. Le brave toutou passait plutôt ses journées couché sur son coussin, à se remettre de ses blessures et à observer du coin de l’œil les autres membres de la ménagerie qui en ont fait un des leurs, une lichette par-ci, une autre par-là.

À force de temps, de patience et de tendresse, Claudette a également gagné la confiance de Boomer qui s’est laissé soigner et, finalement, aimer. Ça a pris des mois.

«J’imagine qu’il a compris que je faisais ça pour son bien.»

Boomer a repris du poil de la bête et un bon soir, il a sauté dans le lit de Claudette où, depuis, il passe toutes ses nuits en compagnie de Chatouille, un autre survivant.

Le chat complètement noir malgré ses 116 ans bien sonnés en âge humain n’avait que deux ou trois semaines lorsque Claudette l’a trouvé, emprisonné dans un sac à ordures en bordure d’un lac. Elle avait vu quelqu’un le lancer hors de son véhicule.

Pendant des semaines, Claudette a nourri le chaton avec une seringue et 25 ans plus tard, le supercentenaire qu’il est devenu ne se laisse pas démoraliser par ses problèmes de foie, de vessie et à un œil. Le nez collé à la fenêtre, il bondit aussitôt que son museau détecte les arômes émanant du sac de gâteries.

Claudette Sanschagrin n’a pas de recette secrète pour expliquer la longévité extraordinaire de Boomer et de Chatouille, sinon ceci: «Je leur donne de l’amour.»

Oui, mais encore?

Elle ajoute que les vaccins de Boomer sont à jour et qu’il a toujours fait de l’exercice régulièrement, même depuis qu’il a glissé, l’hiver dernier, sur une plaque de glace. Le vieux pitou marche moins longtemps, mais plus souvent. Un petit dix minutes à la fois pour ménager son ligament croisé qui nécessite la prise de médicaments et des rendez-vous en ostéopathie.

Électromécanicienne de formation, Claudette lui a déjà fabriqué un chariot à deux roues en prévision du jour où il ne pourra plus avancer avec sa patte droite arrière.

Bref, la retraitée ne compte pas son affection et ne regarde pas à la dépense.

Célibataire et sans enfant, Claudette fait passer ses animaux de compagnie avant elle.

«Je ne suis pas millionnaire, mais je trouve les sous. Ma priorité est de soigner mes bébés.»

Le meilleur antidote se trouve aussi dans une cuillerée de pâtée mélangée aux croquettes. Au souper seulement. Boomer raffole du mélange, tout comme il adore grimper sur le divan pour s’étendre de tout son long aux côtés de Claudette qui se permet cette autre explication.

«Boomer est entouré de jeunots!»

Effectivement, le bon gros chien oublie le poids des années chaque fois qu’un chaton comme Moumba, 2 mois, essaie de sauter sur son dos pour faire une balade de la cuisine au salon.

À l’Association des médecins vétérinaires du Québec, on n’avait encore jamais entendu parler de l’existence de Boomer qui, à 23 ans et neuf mois, serait le deuxième plus vieux chien répertorié au Québec, derrière Charly.

Le petit caniche d’Hébertville-Station, dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, est né le 14 février 1993. Aux dernières nouvelles, il est toujours vivant.

Porte-parole de l’AMVQ, Michel Pépin n’hésite pas à parler d’exploit lorsqu’il est de nouveau question de Boomer. «Un golden retriever dépasse rarement les 15 ans!»

Claudette Sanschagrin n’a peut-être aucune idée du secret de la jeunesse éternelle, version canine, mais s’il pouvait parler, Boomer remercierait sans doute sa maîtresse de le laisser vivre sa vie de chien, une joie sans âge qui se manifeste par des trous dans le jardin.