Parce que son fils Ayden est vulnérable, sa maman (Marie-Ève Garceau) a demandé à ce que son visage ne soit pas exposé sur la photo où l’enfant pose en compagnie de son chien d’assistance, Édoras.

Ayden et la magicienne Édoras

Faute avouée est à moitié pardonnée. C’était au printemps dernier, à la caisse d’un magasin à grande surface où j’avais hâte d’en finir pour passer à autre chose. En me retournant pour quitter le commerce d’un pas pressé, j’ai failli trébucher contre un garçon de 5 ou 6 ans qui se roulait sur le plancher de béton en faisant fi du va-et-vient autour de lui. Fort heureusement, je ne l’ai pas blessé, mais ça a été plus fort que moi...

J’ai décoché un regard froid et interrogateur à sa mère qui s’est penchée au-dessus de son fils pour l’aider à se remettre debout. Contrarié, il a rouspété sans me regarder avant de se lever pour se réfugier près de la jeune femme avec du mauve dans les cheveux. Elle m’a souri, désolée de la situation. «Mon garçon est autiste.»  

Malaise.

J’ai bafouillé mes plus plates excuses - «Je ne savais pas» - et je suis partie sans rien ajouter, gênée d’être tombée dans le jugement.

Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous, dit l’adage.

Une maman a récemment écrit au Nouvelliste pour nous proposer de faire connaître le nouveau membre de sa famille, un chien d’assistance pour l’aîné de ses deux fils qui a un trouble du spectre de l’autisme.

Je me suis portée volontaire avec le sentiment inavoué d’avoir une dette morale envers la cause. Il faut également reconnaître que la dame a su éveiller ma curiosité en ayant recours aux mots «magie et miracle» pour illustrer la relation entre son garçon de 6 ans et la magnifique labernois d’un an et demi qui répond au nom d’Édoras.

Ayden aurait voulu l’appeler Spiderman. L’enfant fait une fixation sur le superhéros, un attachement qui n’a rien de comparable à l’admiration qu’ont beaucoup de p’tits gars pour l’homme-araignée.

Depuis au moins trois ans, 365 jours par année, le gamin enfile le costume de son idole à la première occasion. Tout passe par lui quand vient le temps de faire ses devoirs, d’aller au lit, de recevoir un vaccin ou même de manger.

Comme d’autres enfants vivant avec un trouble du spectre de l’autisme, Ayden a ce qu’on appelle des rigidités alimentaires. Il peut refuser un aliment pour une question de couleur, de texture ou d’odeur. Ce n’est pas un caprice. C’est une problématique réelle et complexe qui implique parfois d’user de l’influence de Peter Parker pour convaincre fiston de goûter.

«La plupart des gens qui ont un TSA ont un intérêt très restrictif pour quelque chose en particulier», explique la maman d’Ayden qui n’a pas le temps de finir sa phrase que le chien se pointe dans la cuisine avec une doudou Spiderman sur son dos.

Elle s’appelle Marie-Ève Garceau. Je ne l’ai pas reconnue tout de suite. C’est en jetant un coup d’œil au portrait de famille sur le mur du salon que son visage m’a sauté en pleine figure. Deux petits garçons y sont photographiés au côté d’une jeune femme... avec du mauve dans les cheveux.
Il y a des coïncidences qui ne s’inventent pas. Elle ne pouvait être personne d’autre que la maman du garçon dans lequel j’ai failli trébucher avant de me mettre les pieds dans les plats...  

Diplômée de la Fondation Mira, Édoras est entrée dans la vie d’Ayden il y a tout juste trois semaines. La magie opère déjà. Entraîné pour aider son jeune humain à affronter les défis du quotidien, le chien d’assistance fait du bien à cette famille de Trois-Rivières qui ne l’a pas tous les jours facile.
Le garçon redoute les endroits publics. «Il a peur d’être touché ou même frôlé», explique Marie-Ève Garceau avant de raconter que les premières coupes de cheveux de son fils n’avaient rien d’une partie de plaisir, notamment pour la coiffeuse qui avait intérêt à savoir manier la tondeuse à la vitesse de l’éclair.

Hypersensible aux bruits ambiants, Ayden peut se sentir submergé par le bourdonnement discret des néons au plafond d’un magasin. Au restaurant, les éclats de rire à la table d’à côté ne l’amusent pas du tout. Celui qui résiste aux caresses comme aux changements de routine est appelé à vivre de l’anxiété. Il suffit parfois d’un petit rien pour que tout éclate.

Sa mère a eu droit à son lot de «crises de bacon» dans les centres commerciaux, mais le pire à ses yeux, ce sont les commentaires désobligeants des passants. «Si vous saviez le nombre de fois que j’ai entendu: ‘‘Ton gars est donc ben mal élevé!’’»

Blessée et frustrée face à ce préjugé gratuit, Marie-Ève Garceau, une éducatrice spécialisée de profession, évite néanmoins de répondre pour ne pas amplifier l’état de stress de son enfant. À des gens qui le dévisageaient alors qu’il essayait de prendre sur lui, le copain de Spiderman a déjà hurlé, désemparé: «Arrêtez de me regarder!»
Aujourd’hui, Édoras l’accompagne partout où sa présence peut faire une différence.

À la maison, Ayden accepte plus facilement de se brosser les dents puisque le chien en fait autant. Le garçon crie beaucoup moins aussi pour éviter de lui faire peur. Au resto où les clients parlent souvent trop fort, le toutou vivant reste couché à ses pieds au cas où l’enfant aurait besoin d’enfouir son visage dans son pelage réconfortant. Le labernois passe également toutes ses nuits à proximité du lit du petit qui dort à poings fermés. 

Terminées les terreurs nocturnes.

Édoras est une éponge à émotions. «C’est notre MIRAcle!» souligne Marie-Ève Garceau en faisant un jeu de mots avec le nom de la fondation qui permet à sa famille de s’épanouir malgré le trouble du spectre de l’autisme.  

Assoupi sur le plancher du salon, le chien garde un œil ouvert. Comme Spiderman, il n’a pas le pouvoir de faire disparaître toutes les difficultés, mais pour le garçon qui joue calmement dans la pièce d’à côté, Édoras est là pour l’essentiel. «Elle est mon amie. Elle me comprend.»