La Trifluvienne Bénédicte Robitaille s’illustre sur la scène internationale des combats médiévaux . Championne en duel en 2015 et 2016, elle s’est également distinguée avec son équipe en 2016 et 2017.

À coups de hache, de masse et d’épée

L’autre jour, j’ai frappé un gars en plein visage. Deux fois plutôt qu’une. D’abord avec une masse, ensuite avec une hache. Puis ce fut à mon tour d’encaisser un coup d’épée sur la tête. À deux reprises aussi. Oeil pour œil, dent pour dent.

Pour être honnête, je n’ai presque rien senti. Le type que je venais de marteler avec sa permission a eu la gentillesse de me prêter son casque de deux millimètres d’épaisseur. Détail infime, mais pas insignifiant. Surnommé Igor, David Bergeron tenait dur comme fer à ce que je me prête à l’exercice moyenâgeux et que, surtout, j’en garde le souvenir. Effectivement, le bruit fracassant de la lame contre l’acier, ça ne s’oublie pas.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça cogne fort, les mardis soirs, à Bécancour. Au moment de ma visite, ils étaient sept ou huit personnes heureuses de se taper dessus à qui mieux mieux. Le gymnase du Faubourg Mont-Bénilde n’a rien du décor d’un château, mais à les voir accoutrées comme au temps des chevaliers, j’avais réellement l’impression de retourner six siècles (minimum) en arrière.

Ces gens comme tout le monde se réunissent chaque semaine pour s’entraîner en prévision de combats médiévaux, un sport qui ne fait pas dans la dentelle, mais dans le métal.

Au Québec, ils sont une soixantaine d’adeptes, dont quelques rares femmes, qui s’adonnent à la compétition. Bénédicte Robitaille est du nombre. Championne du monde dans sa catégorie (épée longue) en 2015 et 2016, c’est elle qui m’a asséné deux coups sur la gueule en ayant l’amabilité de m’avertir.

«Tu es prête?» Non, mais laisse sortir ton méchant que je sache de quoi il en retourne au juste.

Je soupçonne la combattante de 28 ans d’y être allée mollo même si dix minutes plus tard, ça tambourinait encore un peu entre les oreilles. Une question d’habitude, je suppose.

Dans un conte pour enfants, la kinésiologue de Trois-Rivières ne serait pas la princesse aux cheveux blonds qui attend passivement d’être délivrée par un prince charmant. Vraiment pas sa tasse de thé. C’est plutôt elle qui porte l’armure et qui manie à deux mains son arme émoussée pour éviter les blessures de guerre. On ne vient pas ici pour s’entretuer, mais pour s’amuser. Avec sérieux.

Cloée Germain et Bénédicte Robitaille pratiquent un sport qui frappe l’imaginaire.

Bénédicte Robitaille enfile son arsenal en respectant un ordre qui relève aussi bien de la logique que de la chronologie. Il est vrai que je l’ai ralentie dans sa routine avec toutes mes questions, mais ça a dû lui prendre une bonne vingtaine de minutes pour se protéger des pieds à la tête en passant par les tibias, le torse, les bras, les mains... «Les coups arrivent de partout, mais il est interdit de frapper derrière les genoux et dans le cou», souligne-t-elle en précisant que l’attirail doit respecter une cohérence de lieu et d’époque.

Dans le cas de Bénédicte Robitaille, l’équipement pèse entre 25 et 30 kilos. Plus tu es grand et gros, plus tu en as sur le dos. À lui seul, le casque exige d’avoir de bons muscles cervicaux et un excellent cardio. Il ne fait pas juste chaud là-dessous. C’est aussi très essoufflant de se défendre en respirant son propre CO2.

Le but visé n’est pas, comme à la boxe, de mettre KO son adversaire. En duel, plus tu frappes et atteins la cible, plus tu gagnes des points. En équipe, l’idée consiste à faire tomber le plus grand nombre d’ennemis.

Les commotions cérébrales sont quasi inexistantes alors que les bleus qui apparaissent ici et là sur le corps sont dans la normale des choses. «Le combat en armure est une forme de sport extrême, mais nous avons un taux de blessures inférieur au soccer», prétend Cloée Germain, une étudiante universitaire qui était venue de Montréal pour s’entraîner avec Bénédicte et les autres membres du club Les Fils de Laviolette. Sa spécialité est l’arme d’hast. On dirait une hache géante avec son long manche en bois au bout duquel reluit une pointe métallique.

On a beau me répéter que la lame n’est pas tranchante, elle impressionne quand même. «Si tu acceptes de mettre l’armure, c’est que tu acceptes de te faire frapper», rappelle celle qui, à l’instar de son amie Béné, s’illustre sur la scène internationale.

Les meilleurs combattants de chaque catégorie ont la possibilité d’aller se battre en Europe dans le cadre de grands tournois qui se déroulent au Portugal, au Danemark, à Barcelone... Les combats se font en duel ou en équipe de trois contre trois pour les femmes et cinq contre cinq pour les hommes. L’épreuve reine oppose 21 guerriers contre 21... Tassez-vous de là même si aucune tête ne va tomber.

Ça se voit dans sa visière que Bénédicte Robitaille est accro à la décharge d’adrénaline que lui procure cette discipline qui gagne tranquillement en popularité au Québec. La première fois que la jeune femme a enfilé une armure, elle n’a plus voulu en sortir. À ses yeux, il n’y a rien de plus exaltant que de dégainer une épée et de lever son bouclier un mardi soir, après le boulot. «Ça défoule et ça garde en forme!»