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Isabelle Légaré

Confinée avec onze enfants

CHRONIQUE / Stéphanie Philibert a mis au monde quatorze enfants. Les trois plus vieux volent de leurs propres ailes, les onze autres sont confinés avec elle, sous le même toit.

En ce temps du «chacun chez soi» pour venir à bout de la pandémie du coronavirus, tous les recoins du bungalow sont occupés. C’est ici, à Princeville, que grandissent avec leurs deux parents quatre filles et sept garçons âgés de 6 mois à 18 ans, sans oublier les deux chiens, le cochon d’Inde et le hamster.

Isabelle Légaré

Foudroyée par une bactérie, ralentie par un virus

Marie-Sol St-Onge n’a peut-être plus de mains à savonner, mais elle ne prend pas moins de précautions en ce temps de pandémie. «Mes prothèses sont comme des rampes d’escalier, je dois les désinfecter aussi!»

Avant de les suspendre sur la corde à linge, à l’air libre et sous le soleil du printemps…

Isabelle Légaré

L’ange de la désinfection

CHRONIQUE / Marilène Deshaies ne s’attendait pas à se voir confier une telle mission, mais en temps de crise, il faut ce qu’il faut. Elle est prête.

La nutritionniste en CLSC a suspendu ses consultations, programmes de prévention des maladies chroniques et plans de traitement nutritionnel pour relever un tout autre défi: suivre à la trace quiconque entre sous le chapiteau servant d’unité de dépistage de la maladie du coronavirus.

Isabelle Légaré

Plus jamais comme avant

La fatigue s’est abattue sur elle et ne lui laisse aucun répit. Les maux de tête sont intenses et, pour ainsi dire, omniprésents. D’ordinaire si énergique, inépuisable même, Sylvie Lachapelle dort beaucoup. Le moindre effort la met à plat. Elle qui ne prenait jamais de médicaments peut difficilement s’en passer pour trouver le sommeil et soulager les migraines.

«Il a scrappé ma vie…»

Isabelle Légaré

Rions, c’est contagieux [VIDÉO]

CHRONIQUE / Linda Leclerc ne fait pas de blague. Virus ou non, confinement ou pas, c’est le moment ou jamais de rire à gorge déployée. Se dilater la rate n’a jamais fait mourir personne.

La pandémie n’a rien de drôle, on s’entend tous là-dessus, mais indépendamment de cette crise entourant la maladie du coronavirus, c’était quand la dernière fois que vous avez rigolé pour vrai?

Isabelle Légaré

Clairvoyant et confiné

CHRONIQUE / Georges Dufour n’a pas de boule de cristal, mais force est de constater que le médecin a vu juste.

«Je sais à quel article vous faites référence», me dit-il au bout du fil alors que je commence à peine à lui expliquer le but de mon appel.

Isabelle Légaré

Sa journée Fred

CHRONIQUE / Congé forcé ou non, Nika Isabelle ne serait pas allée travailler en ce lundi 16 mars. Une seule fois, il y a quelques années déjà, l’enseignante a fait fi de cette date et s’est présentée devant ses élèves. Mauvaise idée. Les heures et les minutes n’en finissaient plus de finir. Son corps était dans la classe, mais sa tête était complètement ailleurs et son cœur, en larmes. Depuis, la question ne se pose plus. Elle prend congé. C’est sa journée avec et pour «Fred».

Il y a 20 ans, son monde s’écroulait.

Isabelle Légaré

La promeneuse

CHRONIQUE / La sortie se termine souvent de la même façon. Mylo avance d’un pas rapide et enjoué jusqu’au moment où, sur le chemin du retour, il aperçoit la bâtisse et ralentit soudainement la cadence. Cette promenade au grand air lui fait un bien fou. S’il n’en tenait qu’à lui, le chien ferait durer le plaisir encore longtemps.

Sylvie Blais doit alors faire appel à une deuxième paire de bras pour l’aider à attirer le gros toutou de 37 kilos dans son enclos. Depuis janvier, Mylo, 4 ans, attend désespérément d’être adopté pour la vie.

Isabelle Légaré

L’homme à la tronçonneuse

CHRONIQUE / Avez-vous déjà franchi le point de contrôle de sécurité d’un aéroport avec une scie à chaîne dans vos bagages? Anita, oui. Plus d’une fois. L’outil d’abattage était en pièces détachées, emmitouflé dans ses vêtements plus lourds qu’à l’habitude, mais en deçà du poids permis. Qu’est-ce qu’elle ne ferait pas par amour pour son bel Angelo!

L’homme de 81 ans collectionne les tronçonneuses comme d’autres, les timbres ou les cartes de hockey. Il en possède 500, de seize pays différents. Angelo Trépanier n’a pas visité tous ces endroits, mais il voyage à travers ses scies mécaniques.

Actualités

La main gauche

CHRONIQUE / Normand Boisvert est un homme chanceux. Il s’en est fallu de peu pour que sa vie s’arrête d’un coup sec.

La mort lui a fait une peur bleue au cours de la dernière année. Elle a pris la forme d’un caillot sanguin sous la clavicule, dans une veine qui converge directement vers le cœur.

Isabelle Légaré

Le double emploi de Florence

CHRONIQUE / Quatre fois par semaine, Florence St-Gelais met son quotidien entre parenthèses. Elle ne va pas s’entraîner au gymnase ou relaxer dans un spa. La jeune femme de 27 ans se branche et attend. Pendant au moins quatre heures, elle est reliée à un appareil qui lui est aussi indispensable que les reins le sont pour l’organisme.

«Je ne pourrais pas vivre sans cette machine», dit-elle d’emblée.

Actualités

Pardon accordé, emploi… refusé

CHRONIQUE / Pascal Thibeault ne regrette pas d’avoir joué franc-jeu, mais en retour, il a l’impression qu’on ne lui dit pas la vérité.

Partant du principe que tout finit par se savoir un jour, l’homme de 47 ans a fait preuve de transparence lors d’une récente entrevue d’embauche, en avouant avoir été reconnu coupable d’une infraction criminelle en 1993. Du même souffle, le candidat a précisé que la Commission des libérations conditionnelles du Canada a accordé la suspension de son casier judiciaire en mai 2000. Le pardon donc.

Isabelle Légaré

En classe avec Lucille, 92 ans

CHRONIQUE / Dans la classe, tout le monde l’appelle par son prénom. À peine plus grande que les enfants à qui elle distribue des conseils, des encouragements et des biscuits pour la collation de l’après-midi, Lucille pourrait être leur arrière-grand-mère. Elle a 92 ans et sa présence sert de leçon. De sagesse et de jeunesse.

Chaque semaine, Lucille Soumis Coutu vient passer une ou deux journées avec les élèves de Julie Veillette et de Sophie St-Louis. L’une est enseignante, l’autre est technicienne en éducation spécialisée. Leur groupe est composé de dix élèves, sept garçons et trois filles âgés de 8 à 10 ans.

Isabelle Légaré

Le premier refuge

CHRONIQUE / Hélène Leclerc et Yvon Pellerin ouvrent la porte de leur maison avant que mon doigt n’appuie sur la sonnette. Je me présente en chuchotant même si on m’informe que les bébés dorment du sommeil du juste.

«Viens voir!»

J’ai à peine le temps d’enfiler la paire de pantoufles réservée pour la visite qu’Hélène m’invite à la suivre vers une chambre légèrement plongée dans l’obscurité. Nous entrons sur la pointe des pieds. «Regarde!»

Son cœur fond en me les montrant. Le mien aussi.

«Parfois, je les colle un peu et ils sont contents.»

Confortablement emmaillotés, un garçon et une fille somnolent, côte à côte, dans un petit lit d’enfant. Ce sont des jumeaux âgés de seulement 6 semaines. Lors de mon passage, ils étaient chez les Leclerc-Pellerin depuis une dizaine de jours. Un placement d’urgence.

Ces poupons n’étaient pas encore nés que leur existence s’annonçait déjà compliquée.

Hélène et Yvon savent peu de choses sur la mère, encore moins sur le père. Le mot «désorganisation» revient souvent dans la bouche des intervenants de la Direction de la protection de la jeunesse lorsqu’on leur décrit les familles biologiques des enfants qui leur sont confiés. 

De toute manière, savoir ce que les parents ont fait ou n'ont pas fait ne change rien à la réalité actuelle des jumeaux, pour prendre ce plus récent exemple.

Le frère et la soeur ont besoin d’être nourris, lavés, habillés, changés de couche et de recevoir tous les soins de base et essentiels à leur bien-être, le jour comme la nuit.

Mais Hélène et Yvon font beaucoup plus que cela. Ils adoucissent la venue au monde d’enfants qui ont également besoin d’être bercés, rassurés et aimés.

Agronome de profession, Hélène Leclerc y pensait depuis longtemps. Il y a dix ans, un matin très tôt, elle s’est réveillée pour s’asseoir bien droite dans son lit. «Bon, c’est assez! Je sais ce que je veux faire.» 

C’est maintenant qu’elle amorçait les démarches pour devenir famille d’accueil. Son projet de retraite. 

Agriculteur, Yvon Pellerin n’a pas été surpris par la décision de son épouse, une mère comblée lorsque les amis de leurs deux grands enfants envahissaient la chaleureuse maison de campagne, à Bécancour. 

«J’aime l’esprit de famille, quand la table est pleine! Petite fille, je jouais à la poupée du matin au soir», se remémore Hélène qui a d’abord accueilli une adolescente de 15 ans, à temps plein et jusqu’à ses 18 ans.

Durant cette période, la mère de celle-ci a accouché d’un bébé prématuré qui, à son tour, s’est retrouvé sous la responsabilité d’Hélène pendant deux mois. C’est elle qui est allée chercher le fragile nouveau-né à l’hôpital où elle a même passé la nuit.

«On m’a donné une petite formation sur les soins que j’avais à lui apporter. Il pesait 4 livres et demie quand je l’ai ramené ici.»

Au cours des huit dernières années, Hélène et Yvon ont accueilli dix-sept enfants, dont les présents jumeaux. La grande majorité d’entre eux - douze placements - étaient des bébés âgés de moins d’un an. 

Entre deux poupons, le couple héberge également une fillette de 10 ans, une gentille demoiselle qui restera avec eux jusqu’à ses 18 ans. 

Des bébés se sont déjà croisés dans la même journée. L’un partait, un autre arrivait. Trois jours avant la venue des jumeaux, Hélène et Yvon disaient au revoir à un garçon de 4 mois.   

Les séjours des bébés sont de courte durée, de quelques jours à quelques mois, le temps d’évaluer la situation. Le couple a notamment accueilli une petite qui est retournée auprès de ses parents qui ont repris leur vie en main.

«Ils m’envoient des photos!», se réjouit Hélène dont les protégés se retrouvent aussi dans des familles d’accueil permanentes (jusqu’à l’âge de la majorité) ou de type «banque mixte» dont l’objectif est l’adoption. 

C’est le cas du garçon qui a précédé les jumeaux. Ses parents adoptants, un jeune couple incapable d’avoir un enfant, sont venus passer un après-midi à la maison pour faire connaissance. Un très beau moment.    

«Pour moi, chaque bébé confié en adoption est sauvé.»

Hélène devient émue en disant cela. Elle a connu des tout-petits qui, très tôt, ont malheureusement été plongés dans le chaos. Ils ont fait leurs premiers pas dans les traces de modèles qui n’en étaient pas vraiment. Certains sont marqués pour leur vie entière. 

À force d’avoir été ignorés et négligés, des bambins s’enferment dans leur mutisme. «J’ai accueilli un bébé qui ne savait même plus pleurer.»

Il y a eu aussi cet autre nourrisson qui est parti en ambulance quelques heures après son arrivée à la maison. Secoué par des spasmes, le poupon né d’une mère toxicomane manifestait des symptômes de sevrage. 

«Il faisait pitié», se limitent à dire Hélène et Yvon qui ne portent aucun jugement sur les parents des enfants qui font un bout de vie avec eux. 

Durant le passage des bébés, aussi bref soit-il, le couple donne le meilleur de lui-même, persuadé de ceci… Plus vite un petit grandit auprès de personnes lui offrant un milieu de vie stable, sécurisant et aimant, mieux il s’épanouira.

Hélène et Yvon accueillent des bébés qu’ils aiment immédiatement tout en sachant qu’ils devront les laisser partir, les uns après les autres, pour des lendemains qu’ils leur souhaitent heureux.

Des «au revoir» sont plus déchirants que d’autres. Ils pensent à ce garçon qui a vécu avec eux pendant 8 mois. Il les appelait «nana» et «dada» au moment de poursuivre sa route avec sa nouvelle famille.

Hélène me tend son cellulaire et déroule des photos qu’on lui a récemment fait parvenir. Son cœur fond de nouveau en regardant le petit homme tout sourire qu’elle a bercé et apaisé. Ces gestes simples et vrais, elle s’empresse de les répéter avec les jumeaux qui se réveillent dans la chambre d’à côté.

Isabelle Légaré

Marjorie, maman orpheline

CHRONIQUE / Il n’y avait pas que la chambre qui était prête. Un coin jeu avait déjà été aménagé dans le salon. Il ne manquait plus que l’arrivée de bébé.

Quatre mois et demi plus tard, les jouets sont rangés. L’espace a fait place à des tablettes murales sur lesquelles ont été déposés un lapin en peluche, des photos en noir et blanc, une attache-suce, une bougie et un petit cœur argenté.

Isabelle Légaré

Ménopausée à 25 ans

CHRONIQUE / Marilie Lacombe chérit le rêve d’avoir un bébé. Le concevoir, le porter et le mettre au monde. Elle a 25 ans. La fertilité féminine est optimale à cet âge. Les chances de devenir enceinte sont élevées. Sauf pour Marilie. Elle est ménopausée... Oui, déjà.

Pour mener à terme son projet d’avoir son propre enfant, la jeune femme a décidé de se tourner vers le don d’ovules, un processus long, complexe et coûteux. Or, le temps file pour Marilie et l’argent, comme les bébés, ça ne tombe pas du ciel.

Isabelle Légaré

Une minute de silence pour Aurore

CHRONIQUE / Un toutou protégé par un sac de plastique a été laissé près de la pierre tombale, à l’entrée du cimetière enneigé. Une fleur séchée déposée au pied de la stèle résistait aux intempéries avant la tempête des dernières heures. Ici repose en paix la petite Aurore, un prénom qui évoque à lui seul tous les enfants maltraités.

Durant la belle saison, des oursons en peluche s’amoncellent, formant un joli tapis douillet autour du monument où des lettres écrites à la main sont glissées discrètement.

Isabelle Légaré

Le grenier

CHRONIQUE / Pascal Gagnon n’a jamais eu peur, n’a jamais entendu de bruit étrange et n’a jamais senti une présence invisible en montant au grenier où, entre deux saisons, il entrepose toutes sortes de choses.

C’est ce qu’il répond lorsqu’on lui demande, curieux que nous sommes... «C’est comment, vivre dans la maison où vivait Aurore l’enfant martyre?»

Isabelle Légaré

Chère Geneviève…

CHRONIQUE / J’ai écrit à Geneviève Dufresne le 7 janvier dernier. Quelques mots pour lui offrir mes plus sincères condoléances, lui dire que j’étais profondément émue par l’hommage qu’elle rendait à sa «grande soeur d’amour», Élise, décédée deux jours plus tôt des suites d’un cancer.

«Elle est partie doucement. Elle va nous manquer. Elle était celle qui mordait dans la vie...»

Son texte commençait ainsi. Geneviève l’a partagé à ses amis Facebook dont je faisais partie, ceux-là mêmes qui sont restés sans voix en apprenant, une semaine plus tard, le suicide de celle qui était également malade.

C’est Isabelle, la soeur du milieu entre Élise et Geneviève, qui nous a annoncé l’impensable. Sa «petite Genny love», comme se plaisait-elle à la surnommer, s’est enlevée la vie le 14 janvier.

«Geneviève avait un autre genre de cancer, plus sournois. Elle avait une maladie mentale.»

J’ai grandi dans un quartier où les voisins, de près ou de plus loin, se connaissaient et se côtoyaient, à commencer par les enfants. C’était l’époque où un attroupement de vélos avec sièges bananes devant une maison nous indiquait que c’est ici que se trouvait la gang.

On s’appropriait les rues peu passantes pour jouer au hockey, à la «tag», à la cachette... Le point de rencontre n’était pas toujours le même, mais les Dufresne avaient l’avantage d’habiter à côté d’un immense terrain vacant, l’endroit parfait pour improviser une partie de balle-molle.

J’étais amie avec Annie, la plus jeune des enfants de Rodrigue et Angèle, un clan tricoté serré composé d’un gars, Sylvain, et de quatre filles que vous connaissez déjà.

Lorsque je me retrouvais chez eux, j’y croisais souvent Geneviève, l’adolescente épanouie dont j’enviais secrètement la popularité auprès des garçons.

Je garde de précieux souvenirs à côtoyer cette famille qui m’a déjà invitée à son chalet «en haut de La Tuque». J’avais trouvé la route interminable, mais ma patience avait été récompensée par la beauté du lac et les douces soirées au bord du feu.

Je ne me souviens plus si Geneviève était présente lors de ce séjour qui remonte à presque 40 ans. On s’est perdues de vue même si je pouvais voir et lire ce qu’elle devenait via les réseaux sociaux.

Isabelle Légaré

«Nourrir les chats»

CHRONIQUE / Dany et Sandra Demontigny sont frère et sœur. Ils ont pratiquement le même âge. À la loterie de l’hérédité, Dany, 39 ans, a tiré le bon numéro. Il ne développera pas la forme rare et précoce de la maladie d’Alzheimer. Pour Sandra, 40 ans, c’est une autre histoire.

«Si c’est moi qui avais eu un test positif, je ne pense pas que j’aurais été capable d’en parler publiquement comme elle le fait...»

Isabelle Légaré

Né dans une course contre la montre

CHRONIQUE / Évan est né sous une bonne étoile. En fait, elles étaient deux, des anges gardiens qui se trouvaient au bon endroit, au bon moment. Voici donc l’histoire d’une naissance durant laquelle chaque seconde a compté.

À 9 mois, le garçon de Marianne St-Hilaire et de Joé Nadeau n’aime pas rester inactif trop longtemps. À la première occasion, le bébé s’agrippe solidement à son trotteur et une fois en position debout, ne tarde pas à se faire comprendre. Amusé, son père l’assoit sur le siège. Les deux pieds retroussés et les deux mains sur le guidon, Évan adore qu’on le promène de la cuisine au salon.

Isabelle Légaré

La vie en blanc

CHRONIQUE / Matthieu Montembeault ne compte plus le nombre de fois où on lui a demandé s’il avait des origines scandinaves. C’est un fait connu, les blonds sont plus nombreux dans les pays nordiques.

«Tes cheveux sont donc ben beaux! Est-ce ta couleur naturelle?» C’est l’autre question souvent adressée au jeune homme de 21 ans.

Les gens sont curieux. Matthieu ne s’en formalise pas quand l’intérêt est sincère.

Alors oui, c’est sa vraie couleur, mais non, ses cheveux ne sont pas blonds. Ils sont blancs. Ses cils et ses sourcils aussi. Sa peau est également dénuée de pigmentation. D’un blanc éclatant.

Matthieu est albinos, tout comme William Boulinguez, 18 ans, dont la peau plus rosée n’est pas moins fragile au soleil. Peu importe la saison, particulièrement l’été, ils ne mettent pas le pied en dehors de la maison sans casquette ni crème solaire appliquée plusieurs fois par jour.

«Je mets de la 60», spécifie William en parlant du facteur de protection qui ne doit pas être pris à la légère. Il en a déjà payé douloureusement le prix en oubliant de couvrir ses coudes qui ne sont pas à l’abri d’un coup de soleil.  

J’ai renoué avec eux cette semaine, onze ans après notre première rencontre initiée par leur mère respective, Manon Royer et France Bertrand. 

Les deux femmes de Bécancour m’avaient contactée dans le but de sensibiliser les gens à la réalité de leur fils. À l’époque, ce sont elles qui se faisaient questionner par madame ou monsieur Tout-le-Monde.

«Mais à qui il ressemble pour être blond de même?»

Je me souviens que Manon avait insisté sur l’importance d’utiliser le terme albinos et que France avait renchéri en disant que ceux et celles qui sont nés avec cette anomalie congénitale ne sont pas des «extraterrestres».

Cette expression fait sourire les gars qui se sont épanouis en faisant fi des regards qui dévisagent ou des commentaires qui en disent tout aussi long. Mathieu, pour l’un, ne fait pas grand cas de la fois où, enfant, des garçons ont raillé en l’apercevant: «Regarde le grand-père à lunettes!»

Sa mère, elle, n’a pas oublié, mais à l’exemple de son petit devenu grand, la femme met aujourd’hui cette moquerie sur le dos de l’ignorance.

Matthieu et William n’ont pas changé, ou si peu, sinon qu’ils ont gagné en âge, en centimètres et en maturité, déjà qu’ils l’étaient beaucoup pour des enfants de 10 et 7 ans.

Cela faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas revus lorsque je les ai réunis pour prendre de leurs nouvelles. Matthieu étudie au Cégep de Sainte-Foy, à Québec, pour devenir technologue forestier, alors que William s’est laissé tenter par des études professionnelles en électromécanique du côté de Trois-Rivières.

Ça va bien. On les sent sur leur X. Matthieu, un adepte de plein air, revient même d’un voyage en Islande où en janvier, les heures  d’ensoleillement se font rares. L’aventurier n’a pas choisi cette destination pour cela, mais c’est vrai qu’en y repensant bien, cette terre de glace et de feu était parfaite pour lui.

Si la première chose que l’on observe chez Matthieu et William est la pâleur de leurs cheveux et du visage, il faut savoir que cette absence de mélanine affecte également les yeux. Dans leur cas, on parle d’albinisme oculocutané. Leur vision centrale est très basse et sensible à la lumière. Si le soleil avait été présent lors de notre rencontre, la photo accompagnant cette chronique aurait difficilement pu se prendre à l’extérieur sans les obliger à porter des verres teintés.  

À ce trouble s’ajoute une autre pathologie, le nystagmus. Leurs yeux bougent constamment de gauche à droite. Les gars ne s’en rendent pas compte, mais nous, on peut voir ce mouvement incontrôlable de va-et-vient.

Dans une classe, ne cherchez pas Matthieu ou William, ils sont assis en avant. Dans ma première chronique, ces élèves du primaire m’avaient montré les différents instruments mis à leur disposition pour faciliter leurs apprentissages. Ça allait de la télévisionneuse au clavier d’ordinateur dont les lettres sont grossies en passant par la loupe, les cahiers aux dimensions plus grandes, etc.

Les deux écoliers m’avaient également parlé d’un mini télescope pour voir de plus près ce qui était écrit au tableau. C’est un petit dispositif semblable, le «système télescopique bioptique», qui leur permet aujourd’hui d’avoir les deux mains sur le volant. Installé sur leurs lunettes, le STB améliore notamment la capacité à détecter les détails sur la route et augmente, du coup, le temps de réaction du conducteur ayant une basse vision.

L’obtention du permis de conduire est sans contredit le plus grand défi à ce jour de Matthieu Montembeault et de William Boulinguez. Notamment élaborée par l’Institut de réadaptation en déficience physique (Centre François-Charon) de Québec, la formation à laquelle ils doivent se soumettre sur les axes routiers de la capitale est plus longue, plus exigeante, plus pointue, plus... s

William possède maintenant son permis et Matthieu a confiance de réussir l’examen à venir au cours des prochains mois. Le jeune homme ne se laisse pas décourager même si la route pour se rapprocher de cette autonomie implique des détours.

Son regard sur la suite des choses est aussi clair que ses cheveux.  

«Depuis que je suis jeune, je m’adapte. Ça ne m’a jamais vraiment freiné dans ce que j’ai entrepris.»

Isabelle Légaré

Le choix de Mélissa

CHRONIQUE / Mélissa Fay amorce son dernier droit. Elle le sait. Son mari et leurs deux enfants aussi. Ils ne se cachent rien tous les quatre. Maman prépare doucement sa fin de vie.

Atteinte d’un cancer incurable qui ne lui laisse aucun répit, la femme de 36 ans consacre le temps et l’énergie qui lui restent à savourer chaque petit et grand moment avec les siens.

Isabelle Légaré

Dix ans plus tard, Manuela

Manuela n’a aucun souvenir de sa vie en Haïti, pas plus du tremblement de terre qui a secoué sa terre natale, le 12 janvier 2010, ni de son arrivée sous les projecteurs, deux semaines plus tard. Emmaillotée dans une couverture de laine, un suçon rouge dans la bouche, elle était une fillette de 3 ans et demi dans le corps d’un bébé d’à peine 2 ans. Minuscule et fragile, la bambine revenait de très loin.

Ses parents, eux, n’ont rien oublié. L’attente, l’angoisse, l’espoir, le soulagement... Ils sont passés par toute la gamme des émotions avant d’embrasser leur «petit soleil» dont le visage s’illumine d’un large sourire en devinant ma surprise de la voir aussi grande, dix ans plus tard.

Isabelle Légaré

Une famille, une poubelle, un défi

CHRONIQUE / Comme dans bien des chaumières, il y a deux poubelles dans la cuisine de Sandra Pronovost. L’une pour les matières recyclables, l’autre pour ce qui ne l’est pas. Elle soulève les couvercles. Le récipient à déchets n’a jamais été aussi peu rempli que maintenant. Bravo. Mais avant d’aller aux nouvelles de celle qui a convaincu sa famille de relever le défi Zéro déchet, parlons de... vie de couple et de séparation à l’amiable.

Benoit Pruneau est également présent à cette rencontre en pleine heure de souper. Il s’est également fixé comme objectif de revoir ses habitudes de consommation et de réduire le plus possible son empreinte écologique. 

Pourquoi je vous parle de Benoit alors qu’il habite dans un petit logement à deux pas de ce chaleureux bungalow de Trois-Rivières? 

Benoit est l’ex de Sandra, le père de leurs quatre enfants: Xavier et Ophélie, les jumeaux de 18 ans, Médéric, 14 ans, et Zoé, 12 ans

Sandra vit avec les enfants. Benoit leur rend visite comme bon lui semble, c’est-à-dire souvent. Un mardi soir, un samedi après-midi, peu importe. Il a la clé, il est le bienvenu.  

Séparés depuis douze ans après neuf ans de mariage, Benoit et Sandra se partagent depuis deux ans «la maison des enfants». Ces ex-conjoints ont trouvé cet arrangement pour éviter à leur progéniture de faire constamment le va-et-vient entre eux.

«Avec quatre enfants, on n’a pas le choix de bien s’entendre», soutient Benoit comme si ça allait de soi. «Nous sommes deux enfants du divorce. Notre priorité était que nos enfants ne souffrent pas de notre séparation», explique Sandra qui est libre de rester ou de partir quand l’ex vient faire son tour.

Sur ce, je regarde Ophélie pour savoir ce qu’elle pense de la relation de ses parents. «C’est cool», sourit la jeune femme qui vit en appartement où sa poubelle de cuisine est également soumise à un régime minceur.

Au dire de Sandra, «c’est un peu la faute» de sa fille aînée si ses parents, ses deux frères et sa soeur passent maintenant leurs ordures au peigne fin. Depuis longtemps, la protection de l’environnement fait partie des valeurs d’Ophélie, une végétarienne qui ne s’achète que des vêtements usagés et qui donne une deuxième vie aux objets destinés aux vidanges.

Petit à petit, la jeune femme a semé des graines autour d’elle, de sorte que depuis octobre, les Pronovost-Pruneau sont au nombre des 30 foyers de Trois-Rivières qui participent au défi Zéro déchet. Offert en collaboration avec la Démarche des premiers quartiers et l’organisme La Brouette, cet accompagnement est d’une durée de huit mois. 

En riant, Sandra précise qu’elle préfère parler d’un «processus» que d’un défi. Ça lui enlève un peu de pression. L’idée d’être outillée tout au long de ce cheminement de groupe l’a également motivée à se lancer dans l’aventure. 

La mère de famille a traversé une dépression au cours de la dernière année. Sandra cuisinait peu, achetait des sandwiches au dépanneur et se laissait trop souvent attirer par la bouffe du resto. 

«À part que de me servir de sacs d’épicerie réutilisables, je ne faisais pas grand-chose pour le Zéro déchet», dit-elle en toute franchise. 

La prise de conscience est venue en septembre, lors d’une activité de nettoyage des berges du lac Saint-Pierre, à Sorel. «On a ramassé une vingtaine de sacs de déchets…» 

Sandra croit beaucoup en la théorie des petits pas. «Qu’est-ce qu’on peut faire qui est faisable d’être fait?», a-t-elle demandé à son monde avant d’ouvrir les portes du réfrigérateur et du garde-manger, deux usines à détritus lorsqu’on ne regarde pas assez souvent ce qui s’y cache.  

Ici comme ailleurs, trop d’aliments périmés finissaient par se retrouver dans la poubelle. 

Atteinte du syndrome de l’écureuil, Sandra achetait fruits et légumes en grande quantité et de toutes les variétés sauf qu’au final, seules les pommes et les bananes trouvaient preneurs. Les aliments défraîchis prenaient la direction de la poubelle, tout comme les restants moins populaires que le pâté chinois. Gros gaspillage.

Avant de se rendre à l’épicerie avec leurs propres contenants pour les achats de viande et de poisson, Sandra et Benoit s’assurent aujourd’hui d’acheter ce qui va réellement se manger, tout comme de trouver une recette pour utiliser cette conserve de lait de coco oubliée depuis un an dans le garde-manger. 

Le défi Zéro déchet, ça commence comme ça, en faisant d’abord l’épicerie chez soi.

Sandra et Benoit privilégient le lait en bouteille de verre et consignée, confectionnent des sacs à fruits avec des vieux rideaux, optent pour l’achat en vrac et la fabrication de produits écologiques d’entretien ménager. 

Le compostage? Prévu au printemps. «On a déjà nos feuilles mortes!», souligne Benoit qui adopte un mode de vie minimaliste, notamment en habitant à cinq minutes à pied de son travail. 

Du même souffle, il suggère qu’on s’inspire davantage du grand-père qui se donnait la peine de réparer un objet avant de le jeter, ou de la grand-mère qui faisait son bouillon avec la carcasse du poulet. Bien meilleur que celui, en poudre, dans le contenant en plastique. 

Comme dirait Ophélie, des idées, des trucs et des solutions, il en existe plusieurs lorsqu’on se donne la peine de faire preuve de créativité. Les résultats sont remarquables chez les Pronovost-Pruneau. Sandra confirme... «Avant, on vidait la poubelle chaque soir. Maintenant, on peut attendre trois ou quatre jours.»

Ophélie écoute l’un et l’autre de ses parents qui disent faire de leur mieux. La fierté se lit sur son visage. Ces deux ex sont faits pour s’entendre. Ils posent des gestes concrets pour la planète, avec et pour leurs enfants.

Isabelle Légaré

La vie et un merci en cadeau

CHRONIQUE / Pour Noël, Linda Pilotte se souhaite la santé. Rien de plus, rien de moins. Un peu de féérie serait également bienvenue. Cela ne lui fera pas oublier la bactérie mangeuse de chair, mais l’instant d’une pause, c’est un cadeau qui se prend bien.

Vêtue d’un pyjama rose en flanelle, la femme de 60 ans m’accueille à l’hôpital de Trois-Rivières. C’est ici qu’on lui a redonné la vie en cadeau et qu’en retour, cette survivante veut dire merci.

Isabelle Légaré

Quand deux serveuses achètent le resto

CHRONIQUE / Audrey Doucet et Julie Gagnon ne comptent plus le nombre de fois où elles se sont fait cette promesse: «Un jour, on l’aura, notre resto!»

Quand ce n’était pas l’une qui formulait ce voeu à voix haute, c’était l’autre. Souvent en chœur.

Isabelle Légaré

Un losange parmi les carrés

CHRONIQUE / François-Xavier est assis au bout de la table de cuisine, penché au-dessus de son manuel scolaire, un crayon à la main. Depuis trois semaines, il fait l’école à la maison. Ça se passe bien, mieux qu’en classe, mais il s’agit d’une solution provisoire, le temps d’une trêve. Le garçon de 13 ans en a besoin, sa mère aussi.

«Est-ce correct ou non? Je ne sais pas. Mais pour sa santé mentale et la mienne, c’est une bonne décision.»

Isabelle Légaré

Jamais trop vieux pour construire sa maison

CHRONIQUE / Julien Ferron, 83 ans, et Jacqueline Arvisais, 89 ans, viennent d’emménager dans un bungalow flambant neuf. Le couple ne l’a pas acheté clé en main. Oh que non. Les deux octogénaires l’ont fait construire en prenant soin de choisir le terrain, d’étudier les plans et de suivre de près chacune des étapes, de la première à la dernière.

À leur âge, plusieurs ont opté depuis longtemps déjà pour la vie en condo ou dans une résidence pour aînés. Terminées les longues heures à faire le ménage, à déneiger la galerie, à tondre la pelouse et à effectuer toutes autres besognes du genre.