Introspection saguenéenne

CHRONIQUE / Les références au régime Jean Tremblay sont récurrentes. Hausse de taxes, dépôt du budget, consultation entre les élus ou gouvernance, la tentation est forte de comparer ou de responsabiliser l’ancienne administration pour les problèmes actuels de Saguenay.

L’ex-maire Jean Tremblay est tanné, alors on lui donne un micro. L’ex-conseiller Luc Boivin est tanné aussi, alors on lui donne un micro. Celui qui conçoit la ville comme une entreprise est toujours disponible pour nous expliquer le b.a.-ba de la politique municipale.

La comparaison avec les méthodes Tremblay-[Ghislain] Harvey est revenue lors de la nomination du conseiller Michel Potvin comme président de Promotion Saguenay. Michel Potvin est Luc Boivin, Josée Néron serait Jean Tremblay ; on s’amuse follement à ce petit jeu.

Plusieurs personnes croient qu’il faut se taire sur l’ancien régime. Cette approche, peut-être inspirée d’un coaching sur la motivation, nous dit d’aller de l’avant, de regarder vers l’avenir. Le passé est derrière, soyons positifs, nom de Dieu ! Cette vision s’oppose de plein fouet à une autre, que je préfère – et de très loin –, qui affirme que comprendre le passé est fondamental pour changer l’avenir. J’ai d’ailleurs tenté de montrer, dans un texte publié en 2018 dans la tribune Mauvaise Herbe, pourquoi la population de Saguenay devait faire une douloureuse introspection collective. Quelles sont les raisons fondamentales qui ont permis au régime Jean Tremblay d’exister pendant 16 ans ? Cet exercice public n’a pas été fait, sinon partiellement. Est-ce que, finalement, ce régime convenait aux attentes de la population ? Les élus qui ont siégé en silence pendant toutes ces années préfèrent passer rapidement à autre chose – on les comprend, ou pas. Idem pour les organisations et citoyens qui n’ont rien dit, rien fait. Passons vite à autre chose. Mais passer à quoi ? Et pour remplacer quoi exactement ?

L’ex-maire Jean Tremblay fut élu dans le contexte des fusions municipales. Il a, en quelque sorte, donné un ton et une couleur à Saguenay.

Grâce à la complaisance et au silence de plusieurs acteurs, la nouvelle Ville de Saguenay a permis que s’exercent, entre autres, un piétinement des règles démocratiques, du favoritisme, du profilage politique, un contrôle de l’information et la mise en place d’une culture d’impunité.

Qui peut croire que 16 ans sous ce régime ont changé en 17 mois ? Que toutes les personnes qui ont permis le maintien de ce régime, à l’interne et à l’externe de l’administration, ont changé de valeurs ? Prenons Promotion Saguenay. Cette organisation, créée en 2003, a opéré pendant toutes ces années sans reddition de compte ni orientation stratégique provenant du conseil municipal de Saguenay. Ghislain Harvey est parti avec plus d’un million $ de fonds publics avec l’arrogance du vainqueur. Il n’a pas réussi ce coup en solo. La culture de cette organisation s’est fondée sur l’impunité et l’indifférence quant aux questions de la population qui finançait pourtant ses activités. Quelqu’un pense sérieusement que changer la direction et le conseil d’administration transforme une culture d’organisation ? Ce serait un cas exceptionnel.

Affirmer qu’il faut cesser de comparer avec l’ancienne administration est irresponsable. Aucune société ne peut se payer le luxe de faire un trait sur son passé, du moins sans avoir fait l’effort de le comprendre sérieusement. Il faut éviter les petites guerres partisanes et stériles. Quand une population se fait dire pendant 16 ans que le compte de taxes est le plus bas au Québec et qu’elle y croit ; quand elle vote, élection après élection, pour un maire autoritaire qui méprise la critique et les règles démocratiques, les questions qui s’imposent font mal. Si un autre duo du style Tremblay-Harvey se présentait aux élections, gagnerait-il ? Est-ce que les institutions démocratiques et ses garde-fous agiraient pour protéger le bien collectif ou les intérêts de quelques personnes ? Surtout, est-ce que c’est important pour la population de Saguenay ? L’avenir de Saguenay est vraiment embrouillé. Comme son passé.