Le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson partage une certaine rhétorique populiste avec le président américain Donald Trump, qu’il doit rencontrer à trois reprises cet été.

Vers un rapprochement américano- britannique?

CHRONIQUE / Depuis 1940, les États-Unis ont développé une relation très spéciale avec la Grande-Bretagne. Peu importe la couleur du parti au pouvoir tant à Londres qu’à Washington, la Grande-Bretagne devint une alliée inconditionnelle du géant américain. Toutefois, cette relation a subi une douche froide depuis deux ans.

La relation américano-britannique a souffert de l’absence d’atomes crochus entre Theresa May et Donald Trump. En fait la relation entre les deux pays s’est détériorée à un point tel que Washington a demandé à Londres de rappeler son ambassadeur le mois dernier. C’est la première fois depuis 1856 que l’administration américaine demande au gouvernement britannique de poser un tel geste.

La présumée faute commise par l’ambassadeur Kim Darroch, un diplomate de plus de 40 ans de carrière qui est considéré par ses collègues comme l’un des meilleurs diplomates au monde, résulte d’une fuite malveillante. Darroch n’a fait qu’assumer ses responsabilités. C’est le rôle de tout ambassadeur de fournir à son gouvernement une évaluation franche des conditions prévalant dans le pays où il est dépêché.  

Dans une note diplomatique secrète envoyée à la première ministre May, Darroch a décrit Trump comme un dirigeant inapte, manquant de sécurité, incompétent, maladroit et complètement absorbé par les luttes intestines divisant son administration. Non seulement il a qualifié la décision de Trump d’abroger l’accord nucléaire iranien de politique incohérente et chaotique, mais il a aussi accusé le président américain de commettre un « acte de vandalisme diplomatique, apparemment pour des raisons idéologiques et de personnalité ».

À la suite de la publication de cette note le 8 juillet, la tension entre Washington et Londres monta d’un cran. Alors que Mme May continua de défendre son ambassadeur, Trump reprocha à la Grande-Bretagne d’avoir imposé à Washington un ambassadeur aussi farfelu. Ensuite il traita May de dirigeante insensée et Darrock de type complètement stupide et de sot pompeux. En conséquence, Washington décida d’exclure l’ambassadeur britannique de toutes cérémonies officielles. Pour calmer la situation, Darroch choisit de démissionner.

Le Trump britannique

C’est dans ce contexte de hautes tensions américano-britanniques que Boris Johnson devint premier ministre le 24 juillet. Surnommé le Trump britannique, Johnson doit rencontrer le président américain trois fois cet été. Le rétablissement de la relation spéciale avec Washington est une des grandes priorités du nouveau premier ministre.

Né à New York en 1964, Johnson reconnaît l’importance primordiale des relations avec les États-Unis. D’ailleurs, comme ministre des Affaires étrangères il chercha à forger une relation positive avec Trump, tout en exprimant son désaccord sur certains dossiers, alors que les autres dirigeants mondiaux trouvaient cela presque impossible d’œuvrer avec lui.

Johnson s’est engagé à réaliser le Brexit, le plan controversé visant à amener la Grande-Bretagne à quitter l’Union européenne(UE) même sans accord avec Bruxelles. Ses partisans les plus durs croient qu’il pourrait conclure un accord commercial avec les États-Unis pour compenser les pertes d’une séparation sans accord avec l’UE. Mais cette vision repose sur une illusion. Trump a démontré jusqu’ici qu’il n’est pas disposé à conclure un accord commercial asymétrique qui favoriserait l’autre partie au détriment des États-Unis.

Johnson est décrit en Angleterre par une série d’épithètes négatives : charlatan, provocateur, clown divertissant, menteur invétéré, tricheur, brute et égocentrique au comportement enfantin. Il n’hésite pas à mentir effrontément. Il a été congédié deux fois pour malhonnêteté. Rejetant la valeur de la recherche scientifique, Johnson est aussi un adepte de la théorie des complots. Sa vie personnelle est remplie d’histoires sordides et d’aventures extra-conjugales.

Dans sa rhétorique populiste démagogique, Johnson expose une vulgarité raciste primaire basée sur le dénigrement des étrangers. Il n’hésite pas à recourir à une rhétorique conflictuelle et haineuse comme moyen d’attiser la peur et les préjugés contre les minorités raciales ou les homosexuels.

Arrogant et manquant de sensibilité sociale, Johnson se plaît à faire des blagues de mauvais goût. Souffrant d’une insécurité chronique, il rêve d’être aimé de tout le monde. Ses partisans ont tendance à pardonner facilement ses bévues, affirmant généralement qu’il est cité hors contexte.

Johnson est un politicien à la verve facile qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense. Insulter gratuitement des partenaires étrangers représente pour lui une marque de virilité. Par exemple, il n’a pas hésité à traiter les dirigeants français de crétins parce qu’ils refusaient de souscrire à sa vision d’un Brexit.

Sa vision du monde est simple et repose sur un chauvinisme agressif selon lequel la Grande-Bretagne a le droit d’imposer ses vues aux autres peuples. Johnson évoque souvent nostalgiquement, en parlant de l’Empire britannique, un passé mythique où la Grande-Bretagne était blanche et apparaissait plus heureuse, plus puissante et plus riche.

Comme Trump, Johnson cherche à briser de vieilles institutions internationales que le monde a mis des décennies à bâtir. Si les deux ont des vues similaires concernant le Brexit, ils risquent fort de diverger sur plusieurs dossiers importants tels que la question iranienne, l’avenir de l’OTAN ou la controverse entourant Huawei.

D’ailleurs, Johnson doit tenir compte que Trump est fortement impopulaire en Grande-Bretagne. Comme Johnson est lui-même très impopulaire dans son pays hors des cercles conservateurs, il doit y penser deux fois avant de s’aligner trop sur Trump. 

Aussi, il est difficile de voir comment ces deux personnalités très similaires pourront s’entendre. C’est comme mettre deux coqs dans le même enclos. Décidément, avec Trump et Johnson, les relations américano-britanniques risquent de devenir très spéciales.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.