Un étudiant américain qui obtient son baccalauréat en quatre années d’études se retrouvait en 2017 avec une dette moyenne de 28 000$.

Le débat sur l’endettement étudiant

ANALYSE / L’endettement étudiant représente un épineux problème social et économique aux États-Unis. Encore tout récemment, les propositions visant à annuler cette catégorie de dettes étaient accueillies avec scepticisme et incrédulité. Auparavant relégués en marge de la politique, les appels en faveur d’une annulation généralisée de cette dette sont désormais pris au sérieux.

Cette problématique représente, après les hypothèques résidentielles, la deuxième source d’endettement des familles américaines. Elle touche 45 millions de personnes et atteint la somme astronomique de 1,6 trillion de dollars. Compte tenu de son ampleur, cette question est devenue un enjeu important dans les primaires démocrates.

Ces 45 millions d’emprunteurs signifient qu’environ la moitié des familles américaines ont au moins un membre qui n’a pas réglé ses dettes d’études. En fait, pour être sans dette d’études, il faut provenir de familles nanties ou de familles trop pauvres pour envoyer ses enfants à l’université.

L’étudiant qui obtient son baccalauréat après quatre d’études se retrouvait en 2017 avec une dette moyenne de 28 000 dollars. Ce sont les femmes afro-américaines qui se retrouvent avec le fardeau d’endettement le plus élevé, ayant en moyenne une dette d’études de plus de 29 000 dollars, comparé à une moyenne de 25 350 dollars pour les jeunes hommes blancs.

Les familles américaines ont tendance encore en 2018 à favoriser davantage les garçons que les filles dans la poursuite d’études universitaires. Ainsi, 50 % des ménages américains n’ayant que des garçons ont économisé de l’argent pour les études de leurs fils. Par contre, ce n’était le cas que de 35 % pour les familles n’ayant que des filles. Plus encore, les familles n’ayant que des garçons avaient tendance à avoir économisé proportionnellement davantage pour couvrir le coût des études universitaires de leurs enfants.

Les statistiques fédérales de 2019 démontrent comment la crise de l’endettement étudiant est devenue un problème majeur touchant toutes les catégories d’âge. Les 45 millions d’emprunteurs se répartissent comme suit : 16,8 millions ayant moins de 30 ans, 12,3 millions dans la trentaine, 7,3 millions dans la quarantaine, 5,2 millions dans la cinquantaine et 3,2 millions ayant 60 ans ou plus.

Les prêts étudiants étaient accordés à l’origine sur la base d’un remboursement en dix ans suivant la fin des études. Or, le Congrès adopta durant les années 1970 le droit de différer le remboursement du prêt étudiant dans une variété de circonstances sans que la cote de crédit de la personne soit touchée.

Selon les nouveaux critères, les personnes en faillite, sans emploi ou devant dépenser leur argent pour soutenir leurs enfants, acheter de la nourriture ou payer leur loyer, pouvaient reporter le remboursement de leurs prêts. Comme les intérêts continuent de s’accumuler, la conséquence négative de cette politique fut que des millions de personnes devinrent incapables de rattraper leur retard dans le remboursement. Cette situation explique que plusieurs millions de personnes n’ont toujours pas remboursé leurs prêts étudiants alors qu’elles sont dans la cinquantaine ou la soixantaine.

Pour régler ce problème, la proposition la plus progressiste a été formulée par Bernie Sanders. Son plan consiste à annuler toutes les dettes étudiantes et à rendre gratuite la formation universitaire. Ce plan coûterait 2,2 trillions de dollars sur une période de dix ans. Pour assumer cette facture, il imposerait une taxe spéciale sur les transactions financières de Wall Street.

La deuxième proposition la plus progressiste provient d’Elizabeth Warren. Son plan repose sur un programme d’allégement de la dette d’un montant maximal de 50 000 dollars selon les revenus des personnes. Pour les personnes ayant des revenus supérieures à 100 000 dollars, l’allégement irait en décroissant pour disparaître à partir de 250 000 dollars de revenus.

Selon Warren, 42 millions de personnes, soit 93 % d’emprunteurs, seraient ainsi couvertes. Elle propose aussi de rendre gratuite la formation universitaire. Son plan qui coûterait 1,2 trillion de dollars serait défrayé par une taxe spéciale de 2 % imposée aux 75 000 familles ayant un patrimoine de plus de 50 millions de dollars.

Pour sa part, Kamala Harris offre une approche unique. Elle propose d’effacer 20 000 dollars de leurs dettes étudiantes à tous ceux qui vont travailler dans de nouvelles entreprises œuvrant dans des communautés défavorisées.

Joe Biden fut un avant-gardiste sur cette question pendant sa longue carrière politique. Pourtant sa proposition est très modeste. Il propose simplement de rationaliser le programme de prêts et de réduire l’endettement des enseignants.

Beto O’Rourke va dans le même sens que Biden en proposant l’annulation de tous les prêts accordés à des enseignants.

Les promoteurs de l’annulation des dettes étudiantes arguent que cet énorme fardeau écrase des millions de familles et empêchent beaucoup d’entre elles de se lancer en affaires ou même simplement de posséder une résidence. Selon eux, l’effacement des dettes améliorerait la vie de millions de familles et stimulerait l’économie en allouant plus de ressources à leur consommation personnelle.

Considérant l’ampleur de l’endettement étudiant, cette question représente un débat incontournable des présidentielles de 2020. La plupart des candidats démocrates ont présenté leurs solutions à cet épineux problème. L’annulation complète des prêts étudiants joints à la gratuité des études universitaires sont deux propositions très alléchantes. Toutefois, leurs coûts sont si prohibitifs qu’elles ont peu de chances d’être retenues. Ici encore, le pragmatisme devrait l’emporter sur des mesures jugées comme étant trop irréalistes.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.