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Opinions

Une démocratie en danger

ANALYSE / Depuis trois ans, j’ai écrit régulièrement dans les journaux du Groupe Capitales Médias sur les dangers que représente la présidence de Donald Trump pour la démocratie américaine. Pour ce faire, je ne me suis pas limité aux analyses des journaux libéraux comme le New York Times et le Washington Post ou les déclarations de politiciens démocrates. J’ai même recouru davantage aux critiques formulées par des ténors républicains comme John McCain et Mitt Romney, deux anciens candidats républicains à la présidence, et de grands représentants du mouvement conservateur américain comme George Will et David Frum.

Menteur pathologique, Trump adhère aussi à toutes sortes de théories de complot qui sapent les fondements de la démocratie américaine. Gouvernant comme un autocrate, il rejette le principe de séparation des pouvoirs et le droit de contrôle du Congrès sur son administration. En conséquence, il fait obstruction systématiquement aux demandes du Congrès lorsque ce dernier veut exercer son droit de vérification sur les scandales dans lesquels lui et son administration sont impliqués.

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Le jeu dangereux du président américain

CHRONIQUE / Depuis trois ans, Donald Trump se comporte comme un chat qui sait toujours, lorsqu’il est déstabilisé, comment retomber sur ses quatre pattes. Sa stratégie est simple et efficace. Pour se sortir d’une crise, il en crée une nouvelle. Plus la crise est grande, plus sera importante la nouvelle crise qu’il provoquera. Cette stratégie lui permet de dévier l’attention du public.

C’est ce qu’il a fait le 2 janvier, alors qu’il ordonna l’assassinat de Quassem Soleimani, le dirigeant militaire le plus vénéré d’Iran. Depuis trois semaines, les révélations du New York Times concernant son implication directe dans le scandale ukrainien s’étoffaient fortement, alors que la Chambre des représentants doit transmettre un épais dossier justifiant la mise en accusation du président au Sénat américain.

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La crise de la presse écrite américaine

CHRONIQUE / Au cours des derniers mois, les Québécois ont été sensibilisés par la crise touchant les six journaux du Groupe Capitales Médias. Un élan de solidarité, joint à des mesures fiscales, a permis à ces derniers de survivre. Or, la presse écrite aux États-Unis, un des anciens grands secteurs économiques employant le plus de monde, traverse présentement une crise tout aussi importante.

En 2003, les Américains avaient accès à 1345 quotidiens et 7869 hebdomadaires. Quinze ans plus tard, il n’en restait que 7112, soit 1283 quotidiens et 5829 hebdomadaires. Quelque 23 % des journaux américains avaient ainsi fermé leurs portes, pendant que le nombre d’abonnements à ces journaux chutait de 122 millions à 73 millions.

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La dérive de l’Amérique vers un monde fantaisiste

Pendant la plus grande partie de leur histoire, les Américains se sont démarqués par une vision claire de leur mission et un sens de la vérité qui donnait à l’Amérique son caractère exceptionnel. Toutefois, cette exceptionnalité semble être arrivée dans un cul-de-sac avec le climat politique de polarisation qui prévaut aujourd’hui, dominé par les fausses nouvelles et les théories de complot.

Si Donald Trump est devenu l’archétype et l’ultime expression du climat post-vérité actuel, il n’est pas à l’origine de ce phénomène. Ce changement de mentalités dans la psyché et l’inconscient collectif américain débuta durant les années 1960. C’est du moins la thèse défendue par Kurt Andersen dans son ouvrage de 2017 intitulé Fantasyland : How America Went Haywire: A 500-Year History.

Selon Andersen, les Américains ont toujours eu une propension à rêver depuis le début de leur histoire nationale et à forger des rêves impossibles. Des premiers puritains à leurs descendants agnostiques, les Américains partageaient des vertus fondamentales privilégiant la « stabilité, le travail ardu, la frugalité, la sobriété et le sens commun ». Cette mentalité, joignant le pragmatisme aux rêves, leur a permis de se hisser non seulement au rang de superpuissance, mais aussi de proposer des valeurs uniques au monde. 

L’émergence des États-Unis comme essentiellement un Fantasyland (monde de fantaisie) résulte de trois changements majeurs survenus depuis 1960. Le premier découle de l’émergence d’une nouvelle conception de l’individualisme américain et de la montée d’une nouvelle règle morale : « Faites ce que vous voulez, trouvez votre propre réalité, tout est relatif ». L’équilibre délicat entre fantasme et réalité, crédulité et scepticisme, s’est ainsi rompu.

Le deuxième changement survint avec l’abandon de la doctrine d’impartialité dans la diffusion des informations. En 1949, le Congrès forçait les radiodiffuseurs à consacrer une partie de leur temps d’antenne aux questions d’intérêt général et à diffuser des points de vue différents. Sans exiger un temps égal, cette doctrine d’impartialité permettait la tenue de débats publics et de discussions sur des questions controversées. Cette obligation d’impartialité était confirmée par la Cour suprême en 1969.

Toutefois, l’obligation de fournir aux téléspectateurs un accès à une pluralité de points de vue fut remise en question durant les années 1980 avec la prolifération des chaînes câblées. L’administration de Bush père supprima cette obligation en 1991, sous prétexte que la multiplication des chaînes permettait au citoyen ordinaire d’avoir accès à différents points de vue.

Une nouvelle doctrine vit alors le jour, faisant en sorte que les stations de radios et les chaînes de télévision peuvent dorénavant avoir des contenus unilatéralement idéologiques. N’étant plus obligés de se plier à une approximation de la vérité, toute station ou réseau peut donc promouvoir des visions plus fausses ou absurdes les unes que les autres. Dans ce nouveau laisser-aller médiatique, les commentateurs démagogiques peuvent exciter en toute quiétude leur auditoire. C’est le prix de la nouvelle liberté.

À partir de 1992, Rush Limbaugh, déjà connu pour ses positions très conservatrices, commença à animer quotidiennement une émission populaire de trois heures où il présentait sa vision sociopolitique alternative à un auditoire national. Maintenant Limbaugh disposait de sa propre station de radio pour propager quotidiennement sa vision lugubre du monde.

Le producteur Roger Ailes lançait aussi en 1992 une émission télévisée d’affaires publiques conservatrice au réseau NBC. Et quatre plus tard, il démissionnait de NBC pour accepter une offre de Rupert Murdoch de diriger Fox News, une nouvelle chaîne d’information continue. Ailes put ainsi diffuser son discours très partisan et sa propre vision archiconservatrice du monde sur un réseau de propagande sans fin.

Un troisième changement tout aussi important est lié à l’émergence d’une nouvelle ère de l’information. Partant de trois grands réseaux télévisés, les États-Unis ont connu successivement l’arrivée d’Internet puis des médias sociaux. La révolution médiatique générée par l’émergence de la technologie numérique permit de donner libre cours « aux fictions d’apparence réelle de types idéologique, religieux et scientifique ».

Or, avec l’émergence du web, les adeptes aux croyances les plus loufoques trouvent des milliers d’autres croyants pour partager leurs fantasmes. Les canulars ou les fausses nouvelles peuvent devenir ainsi facilement des faits véridiques. Au lieu de demeurer isolées, ces personnes peuvent dorénavant exprimer leurs perceptions sur des réalités alternatives sur les ondes comme si leurs fantasmes reposaient sur des faits réels.

Sur le web, la préférence de millions, voire de milliards de personnes, sert de balise pour la circulation de l’information à partir des algorithmes de recherche. Toute affirmation, théorie ou croyance se propage de plus en plus vite selon son taux de popularité. Ainsi les mensonges passionnants ou les fausses nouvelles s’autovalident et se légitiment à mesure qu’un plus grand nombre de gens y souscrivent.

En ce sens, la montée de Donald Trump, marquée par une pléiade de mensonges, de sorties intempestives et de tweets absurdes, n’a pas créé le présent Fantasyland américain. Le Trumpisme, composé d’un mélange de réalité et de fiction, n’est que le résultat d’un changement culturel américain plus profond.  

Selon Andersen, Trump tire profit de la nouvelle mentalité générée par le Fantasyland dans lequel un grand nombre d’Américains aiment croire que les fictions sont des faits. Ils sont ainsi d’autant plus disposés à voir des conspirations partout. Son succès politique réside dans sa capacité à remplacer les vérités par des faits alternatifs et à exploiter les mythes de la victimisation raciale blanche.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

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Leçons pour les démocrates dans les élections britanniques

CHRONIQUE / Barack Obama a depuis un an exprimé ses inquiétudes concernant une radicalisation du parti démocrate. Le parti entreprit un tel virage en 1972 avec George McGovern seulement pour connaître une des pires défaites de son histoire. Or, les résultats des élections britanniques représentent un autre signal d’alarme à ce sujet pour les démocrates en 2020.

Si les démocrates ne sont pas encore nerveux, la victoire de Boris Johnson devrait les faire réfléchir avant les présidentielles de 2020. La défaite écrasante des travaillistes, la pire depuis 1935, constitue un signal révélateur des perspectives d’un dérapage éventuel dans la stratégie démocrate.

Depuis 2016, des parallèles intéressants peuvent être dressés entre la situation politique au Royaume-Uni et celle prévalant aux États-Unis. Les deux pays sont confrontés à la « montée du populisme nationaliste motivée par une colère et une frustration croissantes à l’égard des conditions économiques et de l’immigration ». Et les deux pays sont dirigés par des leaders populistes ayant une relation lâche avec la vérité et qui sont connus pour leur pétulance, leur impétuosité et leur ingratitude.

Face à la montée de la droite nationaliste dans les deux pays, la réaction des élites progressistes fut de glisser vers la gauche. Le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn au Royaume-Uni proposait une gamme de solutions radicales similaires à celles des sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren pour répondre aux problèmes économiques et sociaux de leurs pays respectifs.

Avec Corbyn comme dirigeant, le parti travailliste abandonna son approche modérée que Tony Blair lui avait insufflée pour prendre un virage à gauche. Corbyn promettait de réaliser des changements révolutionnaires et de réformer de manière fondamentale la société britannique en taxant lourdement les riches et en accroissant substantiellement le rôle économique de l’État.

Ainsi, le parti travailliste fit campagne avec une des plateformes les plus progressistes de son histoire. Le parti promettait un accès élargi aux soins de santé, un accès gratuit à internet à haute vitesse, l’université gratuite, une redistribution de la propriété des entreprises aux travailleurs et un impôt accru sur les grandes fortunes. Grâce à ce plan audacieux et révolutionnaire, le parti devait attirer les jeunes et les électeurs désabusés. 

Dans les différents débats préliminaires en vue des primaires démocrates, la stratégie électorale prônée par Sanders et Warren est similaire à celle de Corbyn. Les deux sénateurs progressistes soutiennent qu’il « ne faut pas sacrifier l’idéalisme agité sur l’autel du pragmatisme politique ». Ils affirment que les démocrates ont besoin d’une plateforme audacieuse et sans compromis proposant de vraies solutions aux problèmes américains. 

Dans leurs plateformes respectives, Sanders et Warren embrassent des plans populistes de gauche visant à répondre « aux besoins, aux craintes et aux aspirations réels des travailleurs ». Tous deux promettent, s’ils sont désignés comme candidats démocrates, de mener une attaque en règle contre les milliardaires, de fournir un accès gratuit à la formation universitaire et de mettre en place un système unique et universel de santé.

Par ailleurs, tous deux affirment qu’en maintenant leur pureté idéologique, le parti démocrate serait en mesure d’engranger plus de votes. En suscitant l’enthousiasme des jeunes, ils promettent tous deux de changer la politique américaine et d’amener Washington à cesser de gouverner pour une petite minorité de personnes fortunées. 

Comme avec Corbyn, Sanders et Warren promettent de réaliser leur programme sans augmenter les impôts des gens de la classe moyenne. Pour ce faire, ils vont tout simplement en faire absorber les coûts en taxant les plus nantis. 

Or, au lieu d’obtenir la grande victoire anticipée, le parti travailliste perdit un grand nombre de circonscriptions qui votaient traditionnellement à gauche. Les politiques progressistes prônées par Corbyn n’ont pas ramené les vieux électeurs désabusés au parti travailliste, pas plus qu’ils n’ont attiré le vote des jeunes. Les succès anticipés ne se sont pas concrétisés. 

La stratégie radicale n’a tout simplement pas fonctionné. Pourtant, Corbyn partait gagnant au début de la campagne. Boris Johnson était empêtré dans les luttes intestines du parti conservateur et apparaissait incapable de réaliser le Brexit.

Le glissement à gauche ne fut pas la seule cause de la défaite travailliste. L’ambiguïté de Corbyn concernant le Brexit fut aussi une donnée importante. Et puis, Corbyn était opposé à Boris Johnson, un politicien retors et sans scrupule qui sut profiter des erreurs de son adversaire travailliste. 

Néanmoins, les prémisses marxistes sur lesquelles repose la vision politique de Corbyn jouèrent un rôle important dans sa défaite. Le capitalisme n’est pas le système oppressif comme il le présume. Si ce dernier n’a pas compris cela, les travailleurs qui se sont détournés de son discours l’ont compris.

Dès le soir du 12 décembre, Joe Biden tira les leçons de la victoire de Johnson. En regardant les conséquences dramatiques du virage à gauche du parti travailliste, il y vit un avertissement pour les démocrates. Ces derniers doivent garder la tête froide et se montrer pragmatiques. Si le parti glisse trop à gauche, il risque de subir en 2020 le même sort que le parti travailliste.

La défaite catastrophique de Corbyn constitue un avertissement clair pour les démocrates. Pour vaincre Donald Trump, ces derniers ont besoin, non d’un candidat qui suscite l’enthousiasme parmi la frange la plus jeune et la plus progressiste du parti, mais d’un porte-étendard modéré, pragmatique et rassembleur capable de mener une campagne faisant appel aux Américains à travers leurs divisions.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

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La confusion comme stratégie de défense

CHRONIQUE / Puisqu’il est considéré comme une personne paranoïaque, on pourrait penser que Donald Trump est bouleversé par l’étau qui se resserre sur lui avec le scandale ukrainien. Mais il n’en est rien, comme le démontre son refus de collaborer au processus pouvant mener à sa destitution, ainsi que son ordre donné à ses plus proches assistants de ne pas coopérer à l’enquête du Congrès.

Comme ce manque de coopération ne fait que renforcer les charges d’abus de pouvoir et d’obstruction des travaux du Congrès déposées contre Donald Trump, beaucoup de commentateurs et d’observateurs américains ont de la difficulté à expliquer l’attitude de leur président.

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Déclin majeur des régions américaines

ANALYSE /Les zones rurales des États-Unis connaissent un déclin quasi irréversible. Alors que les zones urbaines ont connu une croissance de leur population de 13 % depuis 2000, 61 % des comtés ruraux ont subi une chute démographique. Les régions rurales connaissent un taux de mortalité plus élevé que celui de natalité en plus de voir une partie de leur population immigrer vers les grandes villes ou les régions ensoleillées. Ce phénomène est particulièrement évident au Midwest et dans le Nord-Est.

La diminution des professions agricoles entraîne la « mort » des petites villes. Cette lente agonie des campagnes américaines est mesurable et significative. Les communautés rurales languissent sous une panoplie de problèmes : populations vieillissantes, chômage endémique, dépendance économique. 

Alors que l’économie rurale continue de stagner, la production économique et les nouveaux emplois ont continué de croître depuis trois ans dans les grandes villes et les banlieues. Les communautés rurales qui ont perdu 400 000 emplois depuis 2010 ne voient pas comment leur situation pourrait s’améliorer. Les tarifs agricoles, imposés depuis deux ans, sont fortement ressentis par les propriétaires des exploitations agricoles familiales qui ont vu leurs revenus décliner de 40 % depuis 2013.

Les fermes familiales qui étaient au cœur de l’économie rurale américaine disparaissent à un rythme accéléré pour être remplacées par une agriculture plus industrialisée. De 6,8 millions en 1935, le nombre de fermes familiales a été réduit à moins de 2 millions en 2017. 

Avec la consolidation de la production agricole, les régions rurales s’appauvrissent inéluctablement. Plus encore, les industries extractives reposant sur les mines ou le bois sont aussi en crise. La richesse semble avoir quitté les campagnes, sans donner d’indication d’un retour prochain.

Les conséquences sont tangibles et réelles. La diminution du nombre de fermes et des industries locales entraîne par ricochet un effet boomerang : fermeture des banques, des quincailleries, des cinémas et des épiceries. Dans une visite de n’importe petite ville du Midwest, un constat ressort. Les magasins du centre-ville et de la rue principale sont fermés.

Ainsi, avec l’effondrement de l’économie rurale, les travailleurs locaux ont souvent perdu leur gagne-pain. Alors que ceux qui ont des ressources décident souvent de partir, ceux qui restent ne voient pas d’alternative pour leur avenir. Les jeunes ruraux espèrent que les grandes villes vont leur permettre d’obtenir de meilleurs moyens de subsistance. 

Pauvreté endémique et dysfonctionnement social vont de pair. Les familles luttent pour survivre et tentent souvent en vain de conserver leur maison. La drogue devint la solution à leurs problèmes sociaux, alors que le monde rural est touché par une crise des opioïdes frappant particulièrement la population blanche.

Plus encore, les problèmes sociaux sont aggravés par les compressions budgétaires des républicains qui gouvernent les États à prédominance rurale. Ainsi, une centaine d’hôpitaux ruraux ont été fermés depuis 2010. En conséquence, certains patients doivent parcourir plus de 160 km pour trouver un hôpital.

En 2016, 20 % des travailleurs américains n’avaient pas de diplôme secondaire. Or 80 % de ceux-ci vivent dans des comtés ruraux. Par ailleurs, seulement 19 % des adultes en milieu rural ont un baccalauréat, comparativement à 33 % pour les régions urbaines. Les régions rurales sont donc moins aptes à lancer de nouvelles entreprises pour ramener les emplois. Les Américains vivant dans les régions rurales, composées à 96 % d’une population blanche, ont tendance à avoir moins d’enfants. L’immigration pourrait corriger en partie ce déficit démographique. D’ailleurs, les régions rurales ne possèdent que 2,3 % de personnes étant nées à l’étranger, comparativement à 15 % dans les régions urbaines.

Or, il y a 40 ans, les grandes villes américaines connaissaient un déclin similaire à celui que le monde rural américain connaît présentement. Les grandes villes se relevèrent de cette déprime par l’arrivée de nouvelles populations. Les immigrants, largement scolarisés, furent au centre de la renaissance urbaine et du nouveau dynamisme économique du pays. 

Depuis 30 ou 40 ans, les centres urbains qui se sont montrés plus réceptifs aux changements démographiques et culturels frappant le pays, ont également été plus en mesure de profiter de la transformation en cours de l’économie. Alors que les grands centres urbains et leurs banlieues se montrent ouverts aux innovations économiques, les petites villes et les régions rurales semblent réfractaires aux politiques qui pourraient assurer leur croissance.

Toutefois, l’immigration est devenue une des questions les plus polarisantes aux États-Unis. Ce débat représente une ligne de fracture centrale qui empoisonne toute la vie politique américaine. Paradoxalement, ce sont les États ayant le moins d’immigrants qui sont le plus opposés à l’immigration. Or, pour sortir de leur stagnation économique et de leur déclin démographique, les zones rurales devraient rejeter les politiques xénophobes et se montrer plus accueillantes à l’égard des immigrants. 

Ce clivage économique entre régions rurales et centres urbains apparaît aussi dans une fracture politique. Le Parti républicain est devenu essentiellement un parti de blancs représentant les habitants des petites villes et des régions rurales. Wil Hurd, le seul Afro-américain républicain membre de la Chambre des représentants, a annoncé son retrait de la politique.  

Entre-temps, le Parti démocrate se montre à l’aise avec la transition vers une économie postindustrielle et ouvert à la diversité raciale et ethnique. Cette approche, reposant sur la tolérance, lui permet de forger une large coalition composée « d’électeurs plus jeunes, plus diversifiés, fortement urbanisés ». Cette formule est très gagnante à long terme.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

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La montée d’un nationalisme antiaméricain en Chine

ANALYSE / Depuis le rétablissement des relations sino-américaines durant les années 1970, les États-Unis et la Chine avaient constamment cherché à développer des relations cordiales. La stratégie américaine était limpide : amadouer la Chine pour contrebalancer la Russie. Les États-Unis ont conséquemment accordé à la Chine dès 1979 la clause de la nation la plus favorisée lui permettant d’accéder librement au marché américain. De plus, ils parrainèrent l’entrée de cette dernière à l’OMC en 2001.

Sous l’administration Obama, Washington prit acte que la Chine pourrait éventuellement menacer la suprématie américaine dans le monde. Constatant l’émergence de l’Asie comme le nouveau grand pôle des affaires internationales, Obama devisa une stratégie consistant dans le déploiement de 50 % de la flotte américaine dans la région et la négociation du Partenariat Trans-Pacifique. Cette politique, décrite comme le pivot américain en Asie, misait sur la puissance douce : endiguer la montée de la Chine sans la heurter directement.

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Un repli stratégique américain catastrophique

ANALYSE / Depuis près de trois ans, l’administration Trump a pris une série de décisions majeures visant à un désengagement des États-Unis dans le monde. Les plus importantes de ces décisions vont de l’abrogation de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique, à la dénonciation de l’accord de partenariat transpacifique, à l’annulation de l’accord nucléaire iranien et au retrait des troupes américaines en Syrie.

Toutefois, une décision se démarque de toutes les autres par son caractère cataclysmique quant à la sécurité nationale américaine. Cette décision inconsidérée qui a pris effet le 2 août, après un préavis de six mois, porte sur l’abandon de l’accord sur les forces nucléaires intermédiaires avec la Russie. Cette décision pourrait s’avérer catastrophique à long terme. Clairement, le grand gagnant dans cette décision est la Russie qui obtient une licence tacite pour déclencher une nouvelle course aux armements nucléaires. Pour le reste du monde, la conséquence évidente est la montée de l’insécurité internationale.

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Les dessous du scandale ukrainien

ANALYSE / De nombreux commentateurs américains sont intrigués par les origines de l’affaire ukrainienne. Ils ont de la difficulté à expliquer comment Donald Trump, qui venait de se sortir du Russiagate, a pu s’embarquer dans une affaire aussi scabreuse avec l’Ukraine. Après avoir survécu au premier scandale, toute personne le moindrement « normale » se serait ensuite tenue tranquille.

Lors du déclenchement de l’enquête Mueller, le président américain déclarait que cette dernière risquait de mettre fin à sa présidence. Or, le rapport Mueller était encore chaud lorsqu’il s’engagea dans la machination ukrainienne en abusant de son pouvoir présidentiel pour assurer sa réélection. Cette affaire menace maintenant la survie même de sa présidence.

Durant le Russiagate, Trump adopta une stratégie de négation totale, en dépit des faits qui s’accumulaient dans le sens contraire. Passé maître dans l’art de la manipulation des médias, il répétait à satiété qu’il n’y avait pas eu de collusion avec la Russie, qu’il n’avait pas effectué d’obstruction à la justice et qu’il était simplement victime d’une chasse aux sorcières.

Cette stratégie lui a permis de réconforter sa base qui lui est restée solidement fidèle. En conséquence, il s’est assuré du même coup que les républicains du Congrès serrent les rangs derrière lui. Face au scandale ukrainien, il reprend la même stratégie de négation en affirmant que ses échanges avec le président ukrainien étaient tout à fait corrects et que toute cette histoire n’est qu’un canular. Plus encore, il empêche ses collaborateurs immédiats de témoigner devant le comité de la chambre.

Pour expliquer ses agissements particuliers, les commentateurs et observateurs américains ont recours à des opinions émises par des psychiatres et psychologues sur le comportement de Trump. Comme ces remarques ne proviennent pas d’une analyse directe du président, elles sont pour le moins hasardeuses. Néanmoins, elles présentent une perspective très intéressante pour expliquer le comportement du président américain.

Ces observateurs constatent que le président, en plus d’avoir une personnalité très narcissique, affiche aussi toutes les caractéristiques d’un joueur compulsif et une nature autodestructive. Il cause son propre malheur en projetant sans cesse sa vision paranoïaque et amorale du monde.

Architecte de son malheur

Selon cette analyse, le président américain est pris dans un cercle vicieux. Sa vision paranoïaque et son impulsion autodestructrice l’amènent constamment à réaliser ce qu’il craint. Pour lui la seule chose qui compte, c’est de gagner à tout prix. Pour ce faire, il est prêt à prendre n’importe quel risque et à violer toutes les règles. D’ailleurs, ce n’est pas un accident si comme homme d’affaires, il a fait six faillites. 

Ses deux films préférés, Citizen Kane et Sunset Boulevard, sont très révélateurs de sa personnalité. Dominés par leurs pulsions autodestructrices, les héros de ces deux films deviennent les architectes de leurs propres malheurs. Leurs narcissismes extrêmes les conduisent directement à l’effondrement de leurs carrières.

Incapable de comprendre les notions d’éthique, Trump voit tout, fondamentalement, comme une sorte de transaction. Alors que ses interlocuteurs le trouvent cynique, il perçoit tout simplement le monde comme étant contre lui. Dans son esprit, il doit toujours réagir pour se protéger. Mais il se trouve à donner vie à ses craintes par ses propres agissements. 

De son point de vue, que cela soit en affaire ou en politique, le monde représente une jungle remplie de prédateurs qu’il faut combattre pour survivre. « Lorsqu’il se sent lésé, il réagit de manière impulsive et défensive en construisant une histoire qui se justifie elle-même, qui ne dépend pas de faits et qui blâme toujours les autres ». C’est dans cette perspective qu’il adhère aux théories de complot.

Par son fameux échange avec le président ukrainien, Trump espérait que l’enquête qu’il demandait à Zelensky allait confirmer ses théories de complot qui place l’Ukraine, non la Russie, au centre de la compagne présidentielle de 2016. Joe Biden et son fils Hunter auraient ainsi conspiré avec des Ukrainiens pour aider Hillary Clinton et chercher à l’empêcher de remporter les élections. Bien que cette théorie soit complètement farfelue et que rien ne démontre une quelconque implication des Biden dans une corruption criminelle en Ukraine, Trump y souscrit d’autant plus qu’un tel postulat confirme sa vision du monde.

Depuis qu’il est devenu président, Trump continue de se voir comme une victime. Il ne cesse de répéter qu’aucun politicien n’a été traité plus mal ou plus injustement que lui. Les multiples enquêtes criminelles dont il fait l’objet de la part de différents districts judiciaires fédéraux depuis trois ans, jointes à celle de l’avocat spécial Mueller et à l’ouverture du processus de destitution viennent conforter Trump dans cette perception.

L’exposition de Trump à la honte de la procédure de destitution ne reflète que sa soif d’attention en rappelant puissamment ses propres limites. Paradoxalement, Trump aime se retrouver dans une sorte de spirale infernale. Ses efforts pour s’en sortir ne font alors qu’augmenter son adrénaline.

Avec les révélations qui se multiplient, il ne fait pas de doute que la chambre va voter la destitution du président. Mais au sénat qui est contrôlé par les républicains, la situation est très différente. Trump pourrait fort bien survivre au procès que le sénat sera appelé à tenir. Par ailleurs, contrairement à Nixon, il bénéficie du soutien indéfectible de médias conservateurs provenant de radios populaires comme Russ Limbaugh, de réseaux télévisés comme Fox News et de nombreux journaux.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

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L’appel pressant d’une mère blanche

CHRONIQUE / Joanna Schroeder, femme libérale californienne et mère de deux adolescents, publia l’été dernier une série de « tweets » qui devinrent vite viraux. Elle mettait simplement en garde les parents d’adolescents blancs : « Si vous ne prêtez pas attention aux échanges de vos enfants sur les médiaux sociaux, les suprématistes blancs le feront ».

En effet, les suprématistes blancs ont étudié étroitement le comportement des jeunes adolescents blancs sur les médias sociaux et ont ajusté leur stratégie en conséquence. Découvrant les besoins psychologiques de ces derniers, ils développèrent des approches dans leur propagande pour combler ces besoins.

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Le démantèlement d’un pilier des droits civils

CHRONIQUE / Le Congrès américain adopta trois grandes lois durant les années 1960 pour démanteler les politiques de ségrégation raciale: les lois sur les droits civils de 1964, sur le droit de vote de 1965 et contre la discrimination raciale dans le logement de 1968. Ces trois lois visaient à réaliser une pleine intégration raciale aux États-Unis.

En prohibant toute discrimination raciale dans la vente ou la location de logements, la loi de 1968 empêchait les propriétaires de refuser de vendre leur maison à des familles noires, les banques de leur refuser un prêt pour des raisons raciales, ou les courtiers d’affirmer faussement qu’aucune maison n’était disponible dans un quartier donné. Les Afro-Américains pouvaient ainsi choisir de vivre dans tout quartier qu’ils désiraient.

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La formation d’une alliance sino-russe antiaméricaine

CHRONIQUE / Depuis janvier 2017, Donald Trump a remplacé la politique de pivot asiatique d’Obama pour endiguer doucement la Chine par une attitude d’affrontement commercial et économique direct avec elle. Face à cette détérioration des relations sino-américaines, Beijing répliqua en renforçant dans différents domaines son alliance avec la Russie.

Mais comme le président Trump ne cesse d’isoler davantage les États-Unis en insultant les alliés traditionnels américains par des propos caustiques, sa politique produit un effet inverse. Son attitude incite davantage de pays dans le monde à se détourner des États-Unis et à établir de nouveaux liens d’amitié avec la Chine ou la Russie.

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Le grand jeu politique de Mitt Romney

CHRONIQUE / Représentant l’Utah comme sénateur depuis janvier dernier, Mitt Romney est devenu rapidement la voix la plus notable à Washington de l’opposition républicaine à Donald Trump. Il n’a pas hésité à plusieurs reprises à dénoncer ouvertement les actions illégales et immorales du président américain.

Depuis le printemps dernier, Trump a orchestré une vaste stratégie visant à alléguer que Joe Biden et son fils étaient impliqués dans la corruption rampante touchant l’Ukraine. Comme si les révélations concernant ces agissements illégaux n’étaient pas suffisantes, Trump en rajouta en implorant la Chine de lancer aussi des enquêtes sur les Biden.

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La loyauté de Mike Pence mise en doute

CHRONIQUE / Derrière le scandale de l’affaire ukrainienne se dissimule un stratagème audacieux et risqué du président américain. Donald Trump cherchait à écarter la candidature de Joe Biden, considéré comme son adversaire le plus dangereux à cause de son approche modérée, en l’associant faussement à une affaire de corruption. Et par ricochet, il voulait mousser la candidature d’Elizabeth Warren qu’il pourrait plus facilement décrire comme une socialiste radicale.

Toutefois, l’affaire ukrainienne s’est retournée contre lui. La chambre des représentants, dominée par les démocrates, a enclenché le processus d’enquête menant éventuellement à une mise en accusation du président. La chambre va tout probablement voter la destitution de Trump. Le sénat, transformé en cour de justice, devra alors ratifier ou non sa destitution. En cas d’un vote positif, c’est le vice-président Mike Pence qui accéderait à la présidence.

Suivant l’exemple d’Adolf Hitler, Donald Trump demande systématiquement à ses proches collaborateurs de lui prêter un serment de loyauté inconditionnelle. Jusqu’ici, Mike Pence a défendu vaillamment son patron en toutes circonstances, même dans le dossier Mueller. Néanmoins, il représente dans l’affaire ukrainienne une menace croissante pour Trump.

Le Washington Post révélait  récemment qu’à mesure que l’enquête sur l’affaire ukrainienne prend de l’ampleur, plusieurs proches collaborateurs de Pence lui suggèrent de se tenir éloigné le plus possible de cette controverse. Si Pence chercha dans un premier temps à dégonfler cette histoire, ce scandale dévoile néanmoins la fragilité du partenariat le liant à Trump. Et ce d’autant plus que Trump devient de plus en plus paranoïaque à mesure que la bataille de destitution s’amplifie.

Pence est conscient que ce scandale peut devenir pour ainsi dire radioactif. Or pour un vice-président ambitieux, dont le rêve est de devenir un jour président, la situation est délicate. Les manœuvres de Pence pour rester à l’écart du dossier rendent les relations entre les deux hommes plus tendues. 

Campagne de 2016

La méfiance de Trump à l’égard de Pence n’est pas nouvelle. Dans les dernières semaines de la campagne de 2016, Pence avait refusé de défendre Trump à propos de ses frasques sexuelles. Il s’est même retiré de la campagne et a publié une déclaration désapprobatrice contre Trump. 

Pence aurait alors informé le Comité national républicain de sa disponibilité à prendre la place de Trump en haut de la liste. Certains stratèges républicains examinèrent alors sérieusement la possibilité de nommer Condoleezza Rice comme colistière de Pence. Certains collaborateurs de Trump lui ont même conseillé de se retirer et de céder la place au duo Pence-Rice pour éviter au parti républicain une défaite écrasante.

Depuis cet incident, Trump demande régulièrement à ses collaborateurs et alliés politiques s’ils pensent que Pence est toujours loyal envers lui. Trump a même fait circuler la rumeur qu’il pourrait remplacer Pence comme colistier en 2020 par l’ancienne ambassadrice américaine aux Nations Unies Nikki Haley.

Depuis six mois, Trump a cherché à plusieurs reprises à impliquer directement Pence dans l’affaire ukrainienne. Il lui demanda en mai de ne pas assister à l’inauguration de Zelensky comme moyen de faire pression sur ce dernier afin qu’il déclenche une enquête sur son rival démocrate. Pence fut ensuite chargé d’annoncer la suspension de l’aide militaire américaine au président ukrainien. Finalement, il rencontra Zelensky en septembre en Pologne.

En cas de destitution, une hypothèse encore peu probable, Trump est déterminé à faire sombrer Pence avec lui. Ainsi, il a lié directement Pence au scandale ukrainien en suggérant aux journalistes d’examiner les appels de Pence au président Zelensky.

Serrez les rangs

Cela est un secret de polichinelle que la fidélité des républicains au Congrès ne repose pas sur un sentiment d’affection particulier ni sur une loyauté personnelle indéfectible à l’égard du président. Pour assurer le soutien des représentants et sénateurs républicains, Trump a recours systématiquement à son arme favorite, soit l’intimidation. Néanmoins, ce soutien pourrait facilement vaciller.

Avec sa sortie intempestive récente et ses insultes personnelles contre Romney pour avoir osé critiquer sa gestion de l’affaire ukrainienne, Trump lança un message clair aux hauts dirigeants républicains: serrez les rangs derrière moi, sinon vous allez sentir les effets de mon ire personnelle.

Trump est conscient de la haute estime que les représentants et sénateurs républicains ont à l’égard de Pence. Si les membres républicains au Congrès étaient libres d’exprimer leurs sentiments, presque tous se rallieraient au vice-président.

D’ailleurs, plusieurs animateurs radiophoniques, dirigeants évangélistes et commentateurs politiques conservateurs font écho au sentiment que la situation serait beaucoup plus facile pour le parti républicain si Pence accédait à la Maison-Blanche. Ces derniers, de plus en plus fatigués de devoir constamment se battre et défendre le président, rêvent d’une présidence Pence. Mais leur plus grand problème découle du fait que la base républicaine aime et soutient Trump.

Présentement, au moins 10 sénateurs républicains vacillent dans leur soutien à Trump. Cela n’est pas suffisant pour destituer le président. Il faudrait qu’au moins 20 sénateurs républicains se joignent aux 47 sénateurs démocrates pour obtenir le vote des deux tiers du sénat nécessaire à une destitution.

Ultimement, le sort de Trump va dépendre de Mitch McConnell, le leader républicain au sénat. Ce dernier va établir les règles pour le procès en destitution. Si jamais McConnell acceptait la tenue d’un vote secret, le sort de Trump serait scellé. Beaucoup de sénateurs se sentiraient alors très à l’aise de voter sa destitution pour le remplacer par Pence.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Opinions

L'affaire urkrainienne : la pointe de l'iceberg

ÉDITORIAL / Les historiens, particulièrement les spécialistes de la présidence américaine, notent que Donald Trump se démarque radicalement de tous ses prédécesseurs par son incapacité à exercer le leadership moral que les Américains attendent habituellement de leur président. Plus encore, il a assujetti systématiquement les pouvoirs de la Maison-Blanche à des gains personnels comme aucun président américain n’avait osé le faire avant lui.

Le comportement politique amoral de Trump est tel qu’il bafoue systématiquement toutes les normes éthiques et politiques, faisant constamment passer ses intérêts personnels au-dessus de ceux de la nation américaine. Cela est devenu particulièrement évident dans sa gestion de la politique étrangère américaine.

Au cours des 230 ans d’histoire de relations internationales, aucun président n’avait jusqu’ici demandé à un dirigeant étranger d’intervenir dans la politique intérieure américaine. Depuis 2016, Trump n’a pas hésité à franchir régulièrement cette ligne rouge.

En dépit de sa résistance farouche à transmettre au Congrès américain le contenu de ses conversations avec les dirigeants étrangers, la chambre des représentants a obtenu la transcription de certains échanges de Trump avec ses homologues internationaux. Ces transcriptions dévoilent que l’affaire ukrainienne ne représente pas un malheureux incident de parcours. Le président Trump ne voit aucun inconvénient à demander systématiquement aux dirigeants étrangers de lui faire des « faveurs » politiques.

Déjà en janvier 2017, Trump demanda au président mexicain Nieto de l’aider à sauver la face et à remplir une de ses promesses électorales, en cessant d’affirmer publiquement que le Mexique ne payerait pas la construction de son fameux mur. D’ailleurs, Trump avouait alors que le mur n’était pas important sur le plan de la sécurité nationale, mais qu’il était très important pour lui politiquement parlant.

Quelques semaines plus tard, lors d’un appel téléphonique au premier ministre australien, Trump demanda à Turnbull de l’aider à nier un engagement pris par son prédécesseur à l’égard de l’Australie concernant l’accueil de réfugiés fuyant des zones de guerre. Trump expliqua alors que la tenue de cet engagement était politiquement « gênante pour [lui] » parce qu’il le ferait passer pour un idiot aux yeux du public américain.

Par ailleurs, Trump demanda aussi à Turnbull, à l’été 2017, que les services de renseignement australien investiguent les origines de l’enquête de l’avocat spécial Mueller sur l’ingérence russe dans la campagne de 2016. Il demanda ensuite à Boris Johnson, futur premier ministre britannique, de l’aider à discréditer l’enquête Mueller.

Dans le cas ukrainien, la transcription de ses échanges de juillet dernier démontre l’ampleur du scandale dans lequel Trump s’est personnellement embourbé. Après avoir suspendu l’aide militaire à l’Ukraine pour inciter cette dernière à déclencher une enquête sur la famille Biden, il renouvela sa demande directement au président Zelensky dans l’échange du 25 juillet.  

Trump ne fit alors aucune mention des intérêts nationaux américains. Opposé aux objectifs de la politique américaine sur la nécessité de limiter les ambitions de la Russie, Trump n’hésita pas dans cette affaire à mettre en danger la sécurité non seulement de l’Ukraine, mais aussi celle de toute l’Europe.

Chaque jour apporte son lot de révélations sur les efforts déployés par Trump auprès du président ukrainien pour l’amener à déclencher une enquête sur la famille Biden. Incidemment, Trump a assujetti tout le personnel de son administration dans ses efforts pour faire pression sur le président ukrainien. 

La correspondance du Département d’État démontre que le secrétaire Mike Pompeo était fortement impliqué dans le stratagème du président pour que l’Ukraine lance l’enquête demandée sur Biden. De même, plusieurs hauts diplomates américains furent sollicités dans le même dessein. 

William Barr, procureur général des États-Unis, s’était déjà rendu en Italie à la demande de Trump pour rencontrer des agents des services de renseignements italiens au sujet de l’enquête Mueller. Dans le dossier ukrainien, il supervisa le bureau du conseil juridique de la Maison-Blanche. Grâce aux justifications légales fournies par Barr, la Maison-Blanche émit un refus sans précédent concernant le dévoilement du contenu de la plainte du lanceur d’alerte sur l’affaire ukrainienne.  

En plus de mobiliser Rick Perry, secrétaire à l’énergie, dans le dossier ukrainien, Trump impliqua aussi le vice-président Mike Pence. Après avoir ordonné à Pence d’annuler son voyage pour l’inauguration du président ukrainien comme moyen d’envoyer un message clair à ce dernier, Pence fut désigné pour l’informer que l’aide américaine à l’Ukraine était suspendue.

Loin d’être contrit par le dévoilement public de l’affaire ukrainienne, Trump en rajouta au début d’octobre. Il interpella publiquement les dirigeants chinois et leur demanda d’enquêter sur Biden. Il signifia même que la Chine aurait tout à gagner à le faire, car son administration pourrait se montrer reconnaissante dans les négociations commerciales qui ont repris le 10 octobre.

Une bonne partie des hauts fonctionnaires américains œuvrant en politique étrangère furent « horrifiées par son traitement brusque des autres dirigeants et le non-respect du protocole diplomatique ». Néanmoins, les partisans de Trump continuent d’approuver sans manifester aucune réserve la façon dont le président américain manipule ses homologues étrangers.

L’affaire ukrainienne confirme le manque total de décence de la part de Trump. Il est prêt à utiliser tous les pouvoirs du bureau ovale et à créer de toutes pièces une fausse histoire de corruption pour discréditer un dangereux adversaire politique. Pour lui, la seule chose qui compte, c’est de remporter coûte que coûte les élections de 2020.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Opinions

Fox News comme la Trump TV

ANALYSE / Donald Trump est devenu une vedette médiatique en 1976, alors qu’il n’avait que 30 ans. Ce fut largement grâce à Rupert Murdoch, un milliardaire australien qui venait d’acheter le New York Post. Les deux avaient une connaissance commune en Roy Cohn, le fameux avocat du sénateur Joseph McCarthy. Cohn convainquit Murdoch d’ouvrir les pages de son journal à Trump lui permettant ainsi de décrire ses exploits.

Si Murdoch méprisait Trump en privé, qu’il considérait comme « un marchand de biens immobiliers et un exploitant de casino louche », les deux hommes partageaient néanmoins un ressentiment antiélitiste. Complètement dépourvus d’idéologie politique, les deux étaient motivés par une seule chose : leur intérêt personnel.

Opinions

Le chemin étroit de Trump vers une réélection

ANALYSE / La stratégie électorale de Donald Trump en 2020 est très simple et limpide. Il veut répéter le coup de 2016. Après avoir consolidé sa base électorale, il doit s’assurer que son adversaire démocrate ne fasse pas le plein des voix des personnes qui seraient tentées de voter pour lui.

Selon les sondages, la base politique de Trump est essentiellement blanche et républicaine. 85 % des gens qui approuvent ses politiques étant des blancs républicains. Trump ne veut donc pas aliéner sa base qui, en plus d’être blanche, est âgée et moins éduquée. D’ailleurs, 70 % des électeurs qui approuvent la performance globale de Trump n’ont pas de diplôme universitaire.

Pour solidifier sa base électorale, Trump a recours à une recette éprouvée. Il mène une campagne systématique anti-immigration depuis qu’il est devenu président. À cette approche s’ajoutent des sorties intempestives misant sur le ressentiment racial. Cette double approche porte fruit. Si ses cotes d’approbation n’ont jamais dépassé les 45 %, elles n’ont jamais non plus baissé en bas de 35 %. Par contre, les cotes de désapprobation de ses politiques et de son leadership oscillent constamment autour de 55 %.

Si nous tenons compte que dans les personnes approuvant le président, seulement 2 % sont Afro-Américains et 9 % latinos, cette situation explique pourquoi les cotes d’approbation de Trump n’ont pas vraiment baissé en dépit de ses déclarations racistes répétées. Plus encore, ces mêmes déclarations à caractère raciste lui ont permis de raffermir sa base. 

Bien qu’il puisse compter sur une base partisane blanche indéfectible, Trump sait que celle-ci n’est pas suffisante pour assurer sa réélection. Pour gagner, il doit donc aller au-delà des appels aux républicains blancs. Il doit compenser ses propres faiblesses électorales en augmenter les notes défavorables de son futur adversaire démocrate.

Afin d’augmenter ses chances de l’emporter, Trump a donc besoin de décrire son adversaire démocrate éventuel comme étant un candidat déconnecté de la réalité. Il sait pertinemment que les Américains sont largement rébarbatifs aux idéologies de gauche et qu’un candidat démocrate trop libéral serait moins éligible qu’un candidat du centre. En conséquence, il tente de peinturer les démocrates comme étant de dangereux socialistes.

Les attaques répétées contre les quatre jeunes représentantes démocrates au Congrès cet été vont dans ce sens. Il veut créer une dynamique visant rendre le candidat démocrate lors des élections présidentielles de 2020 en l’associant à la gauche radicale démocrate. Cette stratégie vise à compenser sa propre impopularité en diabolisant le candidat démocrate. Ce faisant les démocrates conservateurs et les électeurs indépendants seraient moins tentés d’aller voter démocrates.

Sa campagne électorale est clairement façonnée par une mentalité de bunker. En recourant constamment à des thèmes sur l’identité nationale, le patriotisme américain, la limitation de l’immigration et en caricaturant les démocrates comme de radicaux extrémistes qui veulent détruire les États-Unis, Trump fait un pari. Il croit qu’il pourra générer suffisamment d’enthousiasme au sein de sa base pour contrecarrer l’engouement libéral suscité par les primaires démocrates. 

Plus encore. Le président américain est en mesure de compter sur les républicains qui contrôlent 29 États. Ces derniers sont engagés systématiquement depuis 2016 dans une vaste opération de vérification des listes électorales. Tous les gouvernements locaux le font. Mais si au Nouveau-Mexique ou en Californie, deux États dirigés par les démocrates, l’opération touche respectivement à peine 1,4 % et 2.8 %, il atteint par exemple 22 % en Indiana, un État républicain.

Ce faisant, les républicains ont épuré les listes de 17 millions d’électeurs. Or, il s’avère que ce sont particulièrement les étudiants, les Afro-Américains et les Latinos qui sont touchés par l’opération de suppression des gens des listes électorales. L’électeur qui voit son nom supprimé de la liste est obligé alors de se soumettre à un long processus contraignant de réinscription s’il désire voter. 

La campagne de suppression des électeurs des listes électorales a des incidences tangibles. En 2018, Stacey Abrams perdit les élections de gouverneur par moins de 54 723 votes, alors que Brian Kemp, son adversaire républicain, dirigeait toujours en tant que secrétaire d’État l’opération pour épurer les listes de l’État de Géorgie de 1,5 million d’électeurs d’élections. 

Alors que le New Hampshire a moins d’un million d’électeurs, 90 000 étudiants furent entre-temps supprimés des listes électorales. Incidemment, les étudiants ont tendance à voter de manière disproportionnée pour le parti démocrate.

Finalement, Trump peut aussi compter sur le système du collège électoral qui avantage grandement les républicains. Dans un système de suffrage universel où tous les votes ont le même poids, les démocrates l’emporteraient aisément. Mais si vous vivez à New York, au Massachusetts ou en Californie, les électeurs démocrates n’ont moins d’incitatifs à aller voter, sachant d’avance que les démocrates vont l’emporter dans ces États.

En 2016, avec trois millions de votes de moins que Mme Clinton, Trump a ainsi obtenu une large majorité au collège électoral de 304 contre 227. Différents analystes et politologues ont établi un scénario où avec cinq millions de moins de votes que son adversaire démocrate Trump pourrait remporter les présidentielles de 2020.

Le chemin de réélection de Trump est donc très étroit. Mais, si nous tenons compte de différents éléments ci-haut mentionnés, une victoire de Trump est toujours possible. Plus encore. Trump s’oppose, appuyé en cela par les sénateurs républicains, à toutes mesures cherchant à contrer une interférence russe dans le processus électoral américain.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

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Un cauchemar national lié aux armes à feu

ANALYSE / Le grand historien Richard Hofstader décrivait en 1970 comment la culture américaine reposait sur la violence et une obsession liée à la possession des armes à feu. Cette question représentait déjà alors une tragédie nationale aux États-Unis.

Hofstader notait que le taux d’homicides par 100 000 habitants en Grande-Bretagne en 1963 était 5.5 fois moins élevé qu’aux États-Unis. Plus encore, il signalait que seulement 7.6 % des 353 homicides britanniques étaient commis avec des armes à feu, comparativement à 59.3 % pour les 8640 homicides américains. Ainsi les États-Unis avaient un ratio d’homicides commis avec des armes à feu proportionnellement 48 fois plus élevé qu’en Grande-Bretagne.

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L’émergence des États-Unis comme un foyer de haine

CHRONIQUE / Dans la foulée des attentats d’El Paso et de Dayton du 3 août dernier, j’ai commandé le livre de Daryl Johnson, Hateland : A Long, Hard Look at America’s Extremist Heart. Dans cet ouvrage-choc, publié en juin dernier, Johnson examine l’émergence des mouvements d’extrême droite aux États-Unis. Ce faisant, il décrit le processus par lequel la haine est devenue la norme dans la société américaine.

Ancien analyste au département de la sécurité intérieure, républicain conservateur, mormon pratiquant et propriétaire d’une arme à feu, Johnson est tout sauf un intellectuel libéral.

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Le leadership moral du Canada dans le monde

ANALYSE / Le Canada n’est pas une superpuissance ou même une grande puissance. Pourquoi alors depuis trois ans de nombreux Américains regardent au nord du 49e parallèle pour trouver une boussole morale? La raison est bien simple. L’administration américaine a abandonné le leadership moral que les États-Unis exerçaient dans le monde depuis plus d’un siècle.

En fait, le Canada remplit un grand vide. Alors que les États-Unis sont déchirés par la montée d’un populisme grossier, de la bigoterie et nationalisme ethnique, la Grande-Bretagne se dirige aveuglément vers le précipice du Brexit, la France est aux prises avec des manifestations sans fin et l’Allemagne est engagée dans une crise de succession. Ce diagnostic un peu surprenant apriori a été posé en février 2019, non par un Canadien, mais par Nicholas Kristof, célèbre chroniqueur américain du New York Times et spécialiste des problèmes internationaux. Voici ses arguments :

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Le retour à un ordre mondial basé sur la loi de la jungle

ANALYSE / L’ordre mondial libéral dirigé depuis 1945 par les États-Unis est menacé par un processus de transformation radicale. Avec Donald Trump, les États-Unis cessent de se considérer comme responsables du maintien de la paix mondiale. Comme corollaire, ils cessent d’être un promoteur mondial de la démocratie, de la coopération entre les nations et des droits individuels dans tous les coins du monde.

Considérant le monde comme une sorte de jungle dominée par des confits incessants, l’administration Trump a adopté un véritable repli stratégique américain. Assurer la protection de l’Amérique en entourant le pays de murs est devenu le nouvel objectif de la politique étrangère américaine.

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L’émergence du Canada comme puissance en intelligence artificielle

ANALYSE / En accédant au pouvoir, le président Trump a promis de maintenir le leadership américain en intelligence artificielle (IA). Avec un décret intitulé « American AI Initiative », il demandait aux universités de donner une priorité à la formation en sciences, ingénierie et en mathématiques et aux entreprises américaines d’investir davantage dans la recherche en IA. « Le maintien du leadership américain dans le domaine de l’IA revêt une importance capitale pour le maintien de la sécurité économique et nationale des États-Unis », déclarait-il.

Or, jusqu’en 2016, l’arme secrète des Américains pour développer l’intelligence artificielle provenait de l’immigration. Les étudiants étrangers permettaient aux États-Unis de conserver leur avantage technologique. Par exemple, les étudiants internationaux représentent respectivement 69 % et 79 % des effectifs étudiants dans les programmes universitaires américains en statistiques et en informatique. En limitant les visas étudiants comme l’administration américaine le fait depuis deux ans, Washington se trouve à aider ses rivaux économiques.

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L’IA et la politique de l’autruche

ANALYSE / En dépit des déclarations à saveur populiste du président américain, l’intelligence artificielle (IA) et ses composantes telles que la robotique et l’automatisation sont là pour rester. Il est vrai que les changements technologiques générés par l’IA, beaucoup plus que la concurrence de la Chine ou du Mexique, sont responsables de la perte d’emplois non spécialisés aux États-Unis. Toutefois, l’IA a créé jusqu’ici plus d’emplois qu’elle en a fait perdre.

Avec son slogan de 2016 « Rendre sa grandeur à l’Amérique », Donald Trump agit comme si les États-Unis devraient nostalgiquement retourner à un âge d’or situé quelque part dans les années 1950. Il tend à idéaliser cette période où tout semblait si simple. Nous n’avons pour cela qu’à nous rappeler la série télévisée américaine Papa a raison. Il réagit comme un conducteur regardant constamment dans son rétroviseur, au lieu de surveiller la route en avant.

Dans sa vision économique, il propose essentiellement un retour à la 2e révolution industrielle, dominée par le pétrole, le charbon, l’acier et l’aluminium. Or, pour rendre rentables ces anciennes industries vétustes, il faudrait que les États-Unis fassent appel à l’IA qui se situe dans la 4e révolution industrielle.

Trump ne semble pas comprendre que l’humanité est à l’aube de la plus grande révolution technologique, économique et sociale de l’histoire depuis l’arrivée de l’Homo sapiens. L’IA va profondément transformer l’économie et les sociétés humaines dans les prochaines décennies. Les changements surviendront de manière exponentielle.

Depuis 1750, chaque nouvelle phase industrielle écartait des emplois pour en créer de nouveaux. Cela n’est pas différent avec la venue de l’IA. Par exemple, pour piloter à distance un drone, l’armée américaine a besoin de 30 personnes, en plus de recourir à plus de 60 autres individus pour analyser les données recueillies par ce drone. Avec l’arrivée de l’IA, les entreprises et les gouvernements auront besoin de plus en plus de travailleurs hautement qualifiés.

Les robots et l’automatisation ont déjà commencé à remplacer les humains dans toute une série de tâches considérées souvent comme ingrates, monotones ou non gratifiantes. Des centaines de millions de travailleurs non spécialisés dans le monde vont perdre leurs emplois. Ils auront tout simplement perdu leur valeur économique. Le problème social de demain ne sera plus l’exploitation des travailleurs, mais le fait que beaucoup d’entre eux auront été tout simplement rendus inutiles.

Les syndicats et les gouvernements peuvent bien mener une guerre d’arrière-garde en cherchant à préserver les emplois des travailleurs non spécialisés. Une telle politique pourrait s’avérer à la fois dangereuse et contreproductive. Tout pays adoptant la politique de l’autruche et cherchant à ralentir le changement risque gros. Il deviendra incapable d’affronter la concurrence provenant des pays ayant choisi avec enthousiasme de lier leur destin au développement de l’IA. 

Protéger les travailleurs, non les emplois

Pour affronter la situation, tous les gouvernements devront d’abord mener de véritables campagnes psychologiques auprès de leurs populations respectives. L’humanité va assister à un rapide changement des mentalités comme on n’en a jamais vu dans l’histoire. Toute personne désirant rester un travailleur actif devra apprendre à vite s’ajuster.

Le concept qu’un jeune puisse choisir une carrière et exercer le même métier ou la même profession pendant 30 ou 40 ans est révolu. Les travailleurs de demain auront besoin de s’ajuster constamment. Les changements à venir provoqueront d’énormes secousses économiques et sociales. La classe politique doit se préparer à affronter cette crise. Pour y faire face, Trump devrait abandonner son slogan « Rendre sa grandeur à l’Amérique » et adopter celui de la Scandinavie « Protéger les travailleurs, non les emplois ».

Pour affronter la révolution qui est déjà en marche, les gouvernements, y compris celui des États-Unis, doivent investir immédiatement et massivement dans l’éducation. Les jeunes doivent être particulièrement bien formés pour affronter les défis de demain. Car le travailleur de demain sera une sorte de centaure, une alliance entre un humain et un robot accomplissant conjointement différentes tâches. Comme les robots deviendront sans cesse plus performants, les travailleurs devront constamment s’ajuster à la situation. Sans quoi ils seront tout simplement écartés.

Les travailleurs vont avoir de plus en plus besoin de s’adapter à des changements rapides. Pour cela, ils vont avoir besoin de se recycler constamment pour mettre à jour leurs connaissances, car l’IA n’arrêtera pas de progresser. Pour aider les travailleurs à s’insérer dans une économie de plus en plus automatisée, les gouvernements doivent mettre d’urgence des programmes de formation permanente.

Toute idéologie de gauche, voire communiste, est devenue complètement désuète dans un monde où l’IA prédomine. Un retour au communisme comme moyen de fournir un filet social est impossible. Le système communiste reposait sur le principe de la classe ouvrière comme facteur essentiel à la vie économique. Or, avec l’IA, la majorité des travailleurs non spécialisés deviennent inutiles. L’IA fait entrer l’humanité dans une société post-travail.

De nombreux gouvernements ont déjà entamé le processus de réflexion pour une société post-travail. L’instauration d’un revenu universel sera probablement la meilleure façon s’assurer le minimum vital aux travailleurs qui auront perdu leurs emplois. Plusieurs pays européens, comme la Finlande, la Hollande, l’Italie et la Suisse ont commencé à adopter des politiques en ce sens. 

L’administration Obama avait examiné différentes stratégies permettant aux États-Unis de s’ajuster en douce à un monde post-travail. Toutefois, l’administration Trump a choisi de jouer à l’autruche en écartant du revers de la main les propositions d’Obama.

 Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

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La superpuissance éducative canadienne

ANALYSE / L’arrivée au pouvoir de Donald Trump a eu des répercussions pas seulement économiques ou commerciales au Canada, mais aussi sur le plan culturel, plus particulièrement dans le monde de l’éducation. La transformation du pays en une superpuissance éducative était déjà largement amorcée avant 2017, mais ce phénomène s’est depuis fortement amplifié.

Les succès canadiens aux tests scolaires internationaux sont remarquables. Le Canada s’est hissé au premier rang mondial. Ces tests démontrent que le pays possède les systèmes d’éducation (compétence relevant des provinces) les plus performants du monde, capables de rivaliser avec ceux de Singapour, Corée du Sud, Norvège ou Finlande.

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Le débat sur l’endettement étudiant

ANALYSE / L’endettement étudiant représente un épineux problème social et économique aux États-Unis. Encore tout récemment, les propositions visant à annuler cette catégorie de dettes étaient accueillies avec scepticisme et incrédulité. Auparavant relégués en marge de la politique, les appels en faveur d’une annulation généralisée de cette dette sont désormais pris au sérieux.

Cette problématique représente, après les hypothèques résidentielles, la deuxième source d’endettement des familles américaines. Elle touche 45 millions de personnes et atteint la somme astronomique de 1,6 trillion de dollars. Compte tenu de son ampleur, cette question est devenue un enjeu important dans les primaires démocrates.

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La montée des mouvements d’extrême droite au Canada

ANALYSE / Depuis quatre ou cinq ans, les États-Unis sont confrontés à une montée spectaculaire des groupes d’extrême droite. Ces groupes, adhérant à une idéologie néonazie ou de suprématie blanche, ont ouvertement une orientation fascisante. Ces derniers sont par essence réactionnaires et menacent les fondements de la démocratie libérale.

Il y a quelques années à peine, les groupes d’extrême droite étaient considérés comme un phénomène négligeable au Canada. Le Service canadien de renseignement déclarait en 2014 que l’extrême droite ne représentait pas un problème important au pays. Mais depuis plusieurs incidents ont démontré que le Canada n’est pas immunisé contre les groupes extrémistes.

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Vers un rapprochement américano- britannique?

CHRONIQUE / Depuis 1940, les États-Unis ont développé une relation très spéciale avec la Grande-Bretagne. Peu importe la couleur du parti au pouvoir tant à Londres qu’à Washington, la Grande-Bretagne devint une alliée inconditionnelle du géant américain. Toutefois, cette relation a subi une douche froide depuis deux ans.

La relation américano-britannique a souffert de l’absence d’atomes crochus entre Theresa May et Donald Trump. En fait la relation entre les deux pays s’est détériorée à un point tel que Washington a demandé à Londres de rappeler son ambassadeur le mois dernier. C’est la première fois depuis 1856 que l’administration américaine demande au gouvernement britannique de poser un tel geste.

La présumée faute commise par l’ambassadeur Kim Darroch, un diplomate de plus de 40 ans de carrière qui est considéré par ses collègues comme l’un des meilleurs diplomates au monde, résulte d’une fuite malveillante. Darroch n’a fait qu’assumer ses responsabilités. C’est le rôle de tout ambassadeur de fournir à son gouvernement une évaluation franche des conditions prévalant dans le pays où il est dépêché.  

Dans une note diplomatique secrète envoyée à la première ministre May, Darroch a décrit Trump comme un dirigeant inapte, manquant de sécurité, incompétent, maladroit et complètement absorbé par les luttes intestines divisant son administration. Non seulement il a qualifié la décision de Trump d’abroger l’accord nucléaire iranien de politique incohérente et chaotique, mais il a aussi accusé le président américain de commettre un « acte de vandalisme diplomatique, apparemment pour des raisons idéologiques et de personnalité ».

À la suite de la publication de cette note le 8 juillet, la tension entre Washington et Londres monta d’un cran. Alors que Mme May continua de défendre son ambassadeur, Trump reprocha à la Grande-Bretagne d’avoir imposé à Washington un ambassadeur aussi farfelu. Ensuite il traita May de dirigeante insensée et Darrock de type complètement stupide et de sot pompeux. En conséquence, Washington décida d’exclure l’ambassadeur britannique de toutes cérémonies officielles. Pour calmer la situation, Darroch choisit de démissionner.

Le Trump britannique

C’est dans ce contexte de hautes tensions américano-britanniques que Boris Johnson devint premier ministre le 24 juillet. Surnommé le Trump britannique, Johnson doit rencontrer le président américain trois fois cet été. Le rétablissement de la relation spéciale avec Washington est une des grandes priorités du nouveau premier ministre.

Né à New York en 1964, Johnson reconnaît l’importance primordiale des relations avec les États-Unis. D’ailleurs, comme ministre des Affaires étrangères il chercha à forger une relation positive avec Trump, tout en exprimant son désaccord sur certains dossiers, alors que les autres dirigeants mondiaux trouvaient cela presque impossible d’œuvrer avec lui.

Johnson s’est engagé à réaliser le Brexit, le plan controversé visant à amener la Grande-Bretagne à quitter l’Union européenne(UE) même sans accord avec Bruxelles. Ses partisans les plus durs croient qu’il pourrait conclure un accord commercial avec les États-Unis pour compenser les pertes d’une séparation sans accord avec l’UE. Mais cette vision repose sur une illusion. Trump a démontré jusqu’ici qu’il n’est pas disposé à conclure un accord commercial asymétrique qui favoriserait l’autre partie au détriment des États-Unis.

Johnson est décrit en Angleterre par une série d’épithètes négatives : charlatan, provocateur, clown divertissant, menteur invétéré, tricheur, brute et égocentrique au comportement enfantin. Il n’hésite pas à mentir effrontément. Il a été congédié deux fois pour malhonnêteté. Rejetant la valeur de la recherche scientifique, Johnson est aussi un adepte de la théorie des complots. Sa vie personnelle est remplie d’histoires sordides et d’aventures extra-conjugales.

Dans sa rhétorique populiste démagogique, Johnson expose une vulgarité raciste primaire basée sur le dénigrement des étrangers. Il n’hésite pas à recourir à une rhétorique conflictuelle et haineuse comme moyen d’attiser la peur et les préjugés contre les minorités raciales ou les homosexuels.

Arrogant et manquant de sensibilité sociale, Johnson se plaît à faire des blagues de mauvais goût. Souffrant d’une insécurité chronique, il rêve d’être aimé de tout le monde. Ses partisans ont tendance à pardonner facilement ses bévues, affirmant généralement qu’il est cité hors contexte.

Johnson est un politicien à la verve facile qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense. Insulter gratuitement des partenaires étrangers représente pour lui une marque de virilité. Par exemple, il n’a pas hésité à traiter les dirigeants français de crétins parce qu’ils refusaient de souscrire à sa vision d’un Brexit.

Sa vision du monde est simple et repose sur un chauvinisme agressif selon lequel la Grande-Bretagne a le droit d’imposer ses vues aux autres peuples. Johnson évoque souvent nostalgiquement, en parlant de l’Empire britannique, un passé mythique où la Grande-Bretagne était blanche et apparaissait plus heureuse, plus puissante et plus riche.

Comme Trump, Johnson cherche à briser de vieilles institutions internationales que le monde a mis des décennies à bâtir. Si les deux ont des vues similaires concernant le Brexit, ils risquent fort de diverger sur plusieurs dossiers importants tels que la question iranienne, l’avenir de l’OTAN ou la controverse entourant Huawei.

D’ailleurs, Johnson doit tenir compte que Trump est fortement impopulaire en Grande-Bretagne. Comme Johnson est lui-même très impopulaire dans son pays hors des cercles conservateurs, il doit y penser deux fois avant de s’aligner trop sur Trump. 

Aussi, il est difficile de voir comment ces deux personnalités très similaires pourront s’entendre. C’est comme mettre deux coqs dans le même enclos. Décidément, avec Trump et Johnson, les relations américano-britanniques risquent de devenir très spéciales.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

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L’influence du racisme systémique aux États-Unis

Depuis trois ans les incidents raciaux se multiplient aux États-Unis, démontrant une forte résurgence du racisme dans le pays. Mais au-delà de ces multiples incidents, il existe une persistance d’un racisme endémique et systémique dont les hommes blancs aux États-Unis ne sont pas toujours conscients. En fait, être blanc représente un privilège qui est ancré dans les valeurs culturelles américaines et leur système social.

Alors que les blancs jouissent de certains privilèges, ils refusent de reconnaître qu’ils disposent d’un net avantage par rapport aux autres minorités raciales. Ils sont très réticents à céder une partie des bénéfices liés à leur situation raciale. Or, la négation de l’existence des privilèges accordés aux blancs représente une façon inhérente de maintenir le statu quo.

Bien que le statut de blancs ne soit pas reconnu comme un phénomène social, il pénètre insidieusement les différentes hiérarchies de la société américaine. On n’enseigne pas aux blancs comment le fait de faire partie de la race blanche leur donne des privilèges et des avantages niés aux autres groupes raciaux.

Or, les privilèges liés au statut d’être blanc reposent sur un ensemble d’éléments invisibles que la population blanche possède souvent inconsciemment. C’est comme être un tourisme voyageant avec un sac à dos invisible pour porter son passeport, ses cartes de crédit, ses vêtements, etc. Il peut utiliser ce sac au besoin.

Les blancs américains apprennent très jeunes que leur condition dépend de leur volonté individuelle de succès. Ils considèrent leur vie comme étant moralement neutre. Ils ne perçoivent pas qu’ils sont inconsciemment des oppresseurs et qu’ils profitent d’un système défavorisant injustement d’autres groupes. Ils ne voient pas comment cette perception endommage leurs valeurs culturelles.

Ils ne réalisent pas qu’ils fonctionnent à partir d’une base de privilèges non reconnus. Comme cette oppression est inconsciente, ils sont incapables de comprendre les accusations fréquentes d’attitudes racistes émises par les Afro-Américains, les Amérindiens ou les Latinos.

Le privilège d’être blanc aux États-Unis représente clairement une problématique quotidienne fugitive et insaisissable. Le fait d’être blanc est suffisant pour ouvrir un grand nombre de portes... La couleur de la peau d’un blanc représente un atout dans tout ce qu’il décide de faire. La société américaine est dominée par les valeurs culturelles de la population blanche.

Les effets positifs d’être blanc se manifestent quotidiennement à l’école, au travail, dans le choix des quartiers résidentiels, dans la pratique des sports, dans la vie sociale, etc. Ainsi, les blancs américains ont tendance à organiser leur temps libre en compagnie de personnes de leur race. Lorsqu’ils déménagent ou louent un appartement, ils ont la liberté de choisir là où ils veulent habiter. Un Afro-Américain doit y penser deux fois dans le choix de son quartier résidentiel. Le blanc est assuré de ne pas être harcelé par la police lorsqu’il va au centre commercial.

Lorsqu’il regarde une émission de télévision, le blanc voit les personnes de sa race être bien représentées. On y parle surtout de l’apport des blancs à la civilisation mondiale. On mentionne rarement la contribution des gens de couleur.

À l’école, les enfants blancs vont travailler avec du matériel scolaire attestant de la contribution historique des blancs. Lorsqu’il achète des cartes de vœux, des livres illustrés, des jouets ou des magazines pour enfants, le blanc voit des personnes de sa race mise en vedette.

Lorsqu’ils vont au centre commercial, les blancs sont en mesure de se faire servir par des membres de leur groupe racial, s’ils le désirent. Lorsqu’ils vont à une succursale bancaire, ils sont assurés que la couleur de leur peau ne mettra pas en cause leur fiabilité financière. Lorsqu’ils sont confrontés à une situation économique et financière difficile, les blancs savent que cette situation ne sera pas attribuée à leur origine raciale.

Un blanc peut aussi porter des vêtements usagés sans que personne ne se questionne sur ses choix, sa moralité ou sa condition économique. Plus encore, un blanc peut protéger ses enfants en tout temps contre des personnes qu’il juge non convenables. 

Un blanc peut critiquer le gouvernement américain et s’opposer à ses politiques sans pour autant être perçu comme un déviant social. Il ne se fait pas arrêter par un policer sur la route à cause de sa couleur. S’il demande de rencontrer une personne en responsabilité, il est assuré de voir une personne de sa race.

Le blanc américain peut se montrer ignorant ou arrogant sans souffrir de graves préjudices. Il peut critiquer librement les valeurs américaines, dénigrer son système politique ou vivre sans crainte hors des valeurs culturelles dominantes.

Son appartenance raciale confère au blanc une attitude psychologique des plus confortables. Non seulement il est inconsciemment plus confiant, mais il est immunisé face à l’aliénation ressentie par les autres groupes raciaux. Sa couleur de peau le protège contre toute une série de détresse ou d’hostilité. Ce privilège de naissance lui confère de manière systémique une domination raciale. Cette attitude psychologique est d’autant plus ancrée qu’elle repose sur le mythe de la méritocratie.

Beaucoup de blancs auraient été jusqu’à récemment horrifiés de se faire traiter de racistes. Toutefois, il n’a fallu qu’un démagogue populiste sache leur dire ouvertement de ne pas avoir honte d’être des blancs nationalistes pour que le vieux démon du racisme apparaisse de nouveau au grand jour.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Opinions

L’assurance maladie comme enjeu électoral aux États-Unis

ANALYSE / La loi sur les soins abordables, mieux connue sous le nom de l’Obamacare, fut adoptée en février 2010. En dépit de l’opposition farouche des républicains depuis près de 10 ans, le programme ne cesse de trouver des adeptes au sein de la population américaine.

Alors que les républicains contrôlaient la chambre, le sénat et la Maison-Blanche entre 2017 et 2019, ils furent incapables de trouver un programme substitut pour remplacer l’Obamacare. Les démocrates remportaient d’ailleurs les élections de mi-mandat de 2018 sur la promesse de préserver ce programme.

L’Obamacare ressemble largement au système d’assurance médicament québécois. Ce programme oblige tous les Américains à avoir une sorte d’assurance maladie. Pour les personnes âgées et les familles ayant une personne servant dans les forces armées, Medicare fournit la couverture de santé. Les personnes sous le seuil de pauvreté sont couvertes par Medicaid. Les familles de travailleurs syndiqués bénéficient habituellement d’une assurance de santé collective. Pour les autres personnes, ils doivent prendre une assurance privée. 

Des propositions plus progressistes ont été soumises depuis six mois par les candidats démocrates à l’élection présidentielle de 2020. Ces propositions, soutenues particulièrement par les sénateurs Sanders, Harris, Warren et le maire Blasio, visent à abolir l’Obamacare pour le remplacer par un système unique similaire au système de santé québécois. 

Les changements proposés, dans le contexte américain, sont très révolutionnaires et politiquement très risqués. Le gouvernement fédéral assumerait la totalité des coûts en fournissant une couverture de santé à chacun. Les Américains devraient abandonner le genre de couverture dont ils bénéficient présentement pour adhérer au programme fédéral. Beaucoup de personnes pourraient être choquées de devoir changer de statut.

Une forme de socialisme

Beaucoup d’Américains sont idéologiquement opposés à tout ce qui apparaît comme une forme de socialisme. Un programme unique et universel d’assurance maladie qui les obligerait à renoncer à leurs assurances privées s’apparente rien de moins qu’à du communisme pour beaucoup. Si les candidats démocrates les plus progressistes sont prêts à faire le saut, les plus modérés y sont opposés.

Si les candidats les plus progressistes pensent qu’un plan unique pour tous comporterait tellement d’avantages que la plupart des Américains y adhéreraient rapidement, les candidats plus modérés voient la question différemment. Ces derniers, comme le sénateur Michael Bennet ou l’ancien vice-président Joe Biden, considèrent que les Américains ont une tendance viscérale à vouloir conserver le régime particulier auquel ils participent. Ce n’est pas tout le monde qui serait disposé à renoncer à ses assurances.

D’ailleurs, Biden interpelle directement ses adversaires démocrates concernant la façon dont ils pourraient convaincre leurs concitoyens d’adhérer au nouveau programme. Pour lui, cela n’a pas de sens. Il faudrait convaincre un trop grand nombre d’Américains de renoncer au programme de santé fourni par leur employeur pour les inciter à adhérer au nouveau régime gouvernemental.

Pour Biden, l’électeur américain est essentiellement individualiste. Aussi, il mise sur le fait que la plupart des démocrates sont conscients de cette réalité. Bien qu’ils désirent la mise en place d’une assurance maladie pour tous, ils adhèrent aussi au concept qu’ultimement, chaque Américain devrait avoir le choix : conserver son assurance privée ou adhérer à un programme gouvernemental coûtant moins cher.

En tant que vice-président sous Obama, Biden fut un des artisans de l’Obamacare. Resté fidèle à la logique de ce programme, il préconise donc une approche plus modérée dans la réforme. Il veut par-dessus tout maintenir la couverture médicale de millions d’Américains présentant déjà des problèmes de santé et que l’Obamacare forçait justement à intégrer sans pénalité dans le régime d’assurance.

Par ailleurs, Biden est en faveur de la mise en place d’une option publique permettant aux gens de s’inscrire à la fois au programme de l’Obamacare et à l’assurance offerte par leur l’employeur. L’Obamacare deviendrait alors comme une assurance complémentaire. Cette approche avait été envisagée en 2009. Mais cette option fut finalement rejetée devant l’opposition farouche des républicains.

Des quatre candidats jouissant d’une forte avance dans les sondages, Biden est le seul à ne pas soutenir l’assurance maladie unique et universelle. Pour lui, un tel programme est complètement irréaliste, car il nécessiterait une augmentation substantielle des impôts, ce que les Américains ne sont pas disposés à assumer. À moins de réduire substantiellement les coûts, le budget de la santé pourrait atteindre facilement 60 % des dépenses fédérales.

Les prochains mois vont démontrer jusqu’où les démocrates sont disposés à aller dans leur proposition de réforme de l’assurance maladie. Si la vision des Blasio, Harris, Sanders et Warren l’emporte, cela signifiera que l’aile radicale a pris le contrôle du parti démocrate. Si le parti se limite à suggérer des façons d’améliorer la gestion de l’Obamacare, cela signifiera que les modérés l’ont emporté.

Le test est important parce que les démocrates en général sont beaucoup plus libéraux et à gauche que la majorité des électeurs américains. Mais promouvoir présentement un programme d’assurance maladie unique et universel aux États-Unis représente une proposition perdante politiquement pour les démocrates. 

Depuis plus d’un an, les sondages, les uns après les autres, démontrent que seul Joe Biden a une véritable chance de battre Donald Trump aux présidentielles américaines. Les électeurs modérés et indépendants sont disposés à jeter leur dévolu sur lui. Mais pour cela, il faut d’abord que Biden remporte les primaires démocrates et soit désigné par la majorité des délégués à la convention de son parti.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.