La querelle de la dernière semaine sur les migrants a été exacerbée par la sortie de Jean-Marc Fournier contre l’intention de Justin Trudeau d’imposer le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan à la Colombie-Britannique.

Vu de Québec et vu d’Ottawa

CHRONIQUE / La querelle opposant Québec et Ottawa sur la gestion des migrants irréguliers a démontré une fois de plus la faiblesse des communications entre les politiciens des deux capitales. Elle m’a rappelé de vieux souvenirs…

J’ai vécu et travaillé 11 ans à Ottawa, dont trois au bureau de Brian Mulroney, et je suis à Québec depuis 1994. Je me souviens encore à quel point, vu de la capitale fédérale, les dossiers politiques du Québec semblaient loin. Quand on dirige un pays comprenant 10 provinces et deux territoires, dans une géographie aussi variée et immense, il est souvent difficile de voir venir les enjeux épineux en provenance des autres paliers de gouvernement.

Depuis que je suis à Québec, je constate le même phénomène, mais dans le sens inverse. Vu d’ici, l’appareil bureaucratique du gouvernement canadien est d’une lenteur remarquable et, parfois même, d’une hostilité mal dissimulée à l’endroit des revendications provinciales. Le dossier de la Davie nous en a fourni un bon exemple. Celui des migrants irréguliers nous en a offert un autre.

Vu d’Ottawa, les provinces et tout particulièrement le Québec sont toujours en mode revendication. Plus on leur en donne, plus elles en demandent. C’est la raison pour laquelle Stephen Harper n’était pas friand des rencontres de groupe avec ses homologues provinciaux. Justin Trudeau a promis une approche plus collégiale, mais si le passé est garant de l’avenir, ses belles intentions ne tiendront pas très longtemps.

La querelle de la dernière semaine sur les migrants a été exacerbée par la sortie de Jean-Marc Fournier contre l’intention de Justin Trudeau d’imposer le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan à la Colombie-Britannique. Imaginez un peu la réaction de Québec si le gouvernement fédéral venait mettre son nez dans les controverses entourant le tracé des lignes d’électricité d’Hydro-Québec. Ce serait un tollé! C’est la réaction qu’a eu le bureau de Justin Trudeau à l’ingérence de Jean-Marc Fournier dans le dossier de Kinder Morgan. «De quoi se mêle-t-il?» a-t-on dit à Ottawa. 

Même si le Québec a vu, dans ce dossier, la possibilité qu’Ottawa crée un précédent et adopte un jour la même attitude sur un projet de pipeline au Québec, il reste que l’intervention de Jean-Marc Fournier a été perçue comme une ingérence sur un sujet qui ne le regardait pas.

Et pour en remettre, voilà que le même Fournier a participé lundi aux côtés de trois autres ministres du gouvernement Couillard, à une conférence de presse sermonnant Ottawa sur les migrants irréguliers. Dans un contexte normal, un seul ministre aurait suffi. Mais quatre? 

Vu d’Ottawa, c’était une attaque en règle, visant essentiellement à montrer les muscles en vue de la prochaine campagne électorale. Vu de Québec, c’était un moyen de pression puissant pour sortir le fédéral de sa léthargie. Une stratégie similaire à celle utilisée dans le dossier de la Davie, quand Philippe Couillard est allé manifester avec les employés de l’entreprise pour réclamer la part du Québec dans l’octroi des contrats fédéraux aux chantiers maritimes.

Il y aura toujours des tensions de cette nature entre les deux capitales. C’est inévitable, surtout quand les ministres fédéraux concernés, tel M. Ahmed Hussen, sont peu familiers avec le Québec et ne parlent pas français. C’est le genre de situation où le bureau du premier ministre et les membres francophones du cabinet doivent suppléer, comme l’a fait Marc Garneau mercredi soir lors de sa rencontre avec David Heurtel. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant? Parce qu’il est ministre des Transports et qu’il a beaucoup d’autres dossiers à traiter un peu partout au pays. Simple comme ça…