Jean Charest

Une tache rouge indélébile

CHRONIQUE / Le plus surprenant des reportages de Québecor sur Marc Bibeau et Jean Charest n’est pas d’apprendre les fins détails des petits plats et du champagne servis aux cocktails du Parti libéral à la résidence de leur grand argentier. C’est de constater une fois de plus l’ampleur des fuites sur le sujet en provenance des enquêteurs de l’UPAC.

Soyons clairs sur un point, tous les médias auraient publié ces informations. À preuve, les journalistes de l’émission Enquête de Radio-Canada n’ont pas eu de scrupules en 2012, en pleine campagne électorale, à laisser entendre que la police avait interrompu sa filature d’un ex-dirigeant de la FTQ-construction parce qu’il venait de rencontrer Jean Charest.

À l’époque, c’est l’émission Enquête qui bénéficiait des fuites de la SQ. Mais le puits s’est asséché depuis les révélations de l’émission sur les agressions présumées des policiers sur des femmes autochtones de Val-d’Or. Les auteurs de ces fuites sont passés à l’autre réseau… Et quoi qu’en dise le commissaire Robert Lafrenière, qui a juré en mai dernier de coincer «le bandit» qui a révélé des éléments de l’enquête Mâchurer sur Jean Charest et Marc Bibeau, son bateau coule encore de partout.

Revenons donc aux faits : Marc Bibeau rassemblait les ministres libéraux et entrepreneurs à sa luxueuse résidence de Beaconsfield. On y servait du champagne, des sushis et du steak de thon. Même l’incorruptible Thomas Mulcair et l’élégant Jacques Chagnon étaient du nombre des 12 ministres du cabinet qui ont participé au cocktail de 2003. Leur présence atteste du fait que Marc Bibeau en menait large. 

Interrogés sur le sujet à la période de questions, Philippe Couillard et Jean-Marc Lemieux ont rappelé que François Legault et Bernard Landry ont participé à de tels évènements de levée de fonds au début des années 2000.

Mais là où ça devient problématique, c’est quand le grand argentier intervient dans le travail de l’État pour récompenser les gens d’affaires qui contribuent à la caisse du parti. Or les centaines d’appels téléphoniques faits par Bibeau auprès de Jean Charest, de ses ministres et des sociétés d’État comme la SAQ et Hydro-Québec, n’étaient certainement pas des souhaits de Joyeux Noël ou de bonne fête. L’enquête en cours menée par l’UPAC cherche à établir des liens entre les dons au PLQ et l’octroi des contrats gouvernementaux. Serait-ce qu’à défaut de preuves, on coule les informations aux médias? Ce serait troublant.

Mercredi matin, Philippe Couillard a fait valoir que les méthodes de financement de l’époque Charest relèvent du passé, que tous les partis politiques faisaient de même, et que c’est le présent qu’il faut regarder. Il n’a pas tort, sauf que la situation actuelle n’excuse pas les méthodes du passé s’il y a eu corruption ou fraude.

C’est le rôle de la police d’en faire la preuve et ce genre d’enquête prend toujours beaucoup de temps. Mais tant et aussi longtemps que les menus détails de cette enquête continueront de faire l’objet de fuites dans les médias, les libéraux continueront de porter l’héritage sombre du financement politique des années Charest. 

C’est comme une tache de vin rouge sur une nappe blanche : plus elle est vieille, plus elle est indélébile. Si vous tentez de l’enlever immédiatement avec du sel, vous fixez la couleur qui reste et vous rongez le textile. Si vous utilisez de l’eau chaude, vous cuisez le vin. Et si vous envoyez le tout à la laveuse, vous aggravez le problème. On me dit qu’il faut plutôt nettoyer avec du papier absorbant et de l’eau gazeuse...

Le problème de Philippe Couillard, c’est que la tache rouge aux couleurs du PLQ est devenue indélébile. Il devra vivre avec, jusqu’aux prochaines élections.