Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, a accusé le directeur du SPVQ, Robert Pigeon, d'avoir bloqué une enquête policière visant le ministre Jean-Marc Fournier et l'ex-ministre Raymond Bachand.

«Une honte pour la profession»

CHRONIQUE / Finalement, c’est le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon, qui a vu juste au mois de septembre en déclarant que le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, était «une honte pour la profession». Les conclusions de l’enquête indépendante sur les allégations de M. Francoeur sont accablantes.

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Le directeur Pigeon avait des raisons personnelles de s’en prendre ainsi à Francoeur. Ce dernier l’avait accusé d’avoir bloqué une enquête policière visant le ministre Jean-Marc Fournier et l’ex-ministre Raymond Bachand, lorsqu’il était à la Sûreté du Québec. «M. Francoeur, qui est lui-même policier […] a démontré si peu de rigueur que ça me lève le cœur. Il n’est pas digne de la profession de policier» avait déclaré Robert Pigeon.

Cette chicane de policiers pourrait nous faire rigoler si elle n’avait pas eu d’autres conséquences. Mais c’est la crédibilité même de nos institutions que Francoeur a entachée en lançant de telles accusations. Dans un monde politique déjà trop miné par le cynisme, il est facile de convaincre les gens que la classe politique est à ce point corrompue qu’elle est au-dessus de la loi. 

Dans sa dénonciation, Francoeur alléguait que Jean-Marc Fournier et Raymond Bachand avaient participé à un évènement de financement à Montréal, où il aurait été question de développement ou de dézonage, en retour de contributions au PLQ. La dénonciation avait valu à Bachand de se voir en photo à la une des journaux de Québecor, alors qu’il n’était même pas à la rencontre mentionnée par Francoeur. Jean-Marc Fournier avait confirmé sa présence à cet évènement de levée de fonds, mais il avait nié catégoriquement y avoir été mêlé à une affaire de zonage.

Il a fallu une enquête d’une équipe mixte composée de représentants de la SQ, de la GRC, des corps policiers de Québec, Longueuil et Laval, sous la supervision de Madeleine Giauque du Bureau des enquêtes indépendantes pour détricoter tout ça. Une soixantaine de personnes ont été interrogées. Vous imaginez les couts d’une telle opération? Tout ça pour vérifier le «bavassage» de Francoeur?

«Aucun commentaire ne sera émis et aucune entrevue ne sera accordée» a fait savoir la Fraternité des policiers de Montréal mardi, en ajoutant que son président «prend acte de la conclusion» de l’enquête.

Il en prend acte… Il me semble que c’est un peu trop facile comme réaction. S’il n’a fait que prendre à son compte le commérage de quelques collègues pour lancer de telles allégations, il devrait à tout le moins avoir l’élégance de s’excuser. Et de démissionner.

Nous vivons tous dans un mode de ragots, de «il paraît que…». Mais nous n’allons pas tous sur la place publique pour faire état des commérages ou des rumeurs entendus dans les corridors, chez le coiffeur ou au restaurant. Francoeur a peut-être cru, de bonne foi, les allégations de certains de ses collègues de travail concernant les politiciens. Mais il n’a pas vérifié avant de lancer ça dans les médias. Et plus encore, il a persisté.

En mai dernier, le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse a écrit que Francoeur jouissait d’excellentes relations dans les médias, où «il est traité avec une belle complaisance. C’est un pourvoyeur généreux d’informations».

Le commentaire est troublant pour tous les journalistes. Si des gens comme Francoeur sont épargnés par les médias parce qu’ils leur transmettent des informations confidentielles, c’est qu’il y a un sérieux problème d’éthique dans la profession. Et si les policiers profitent des médias pour régler des comptes, faire pression sur le gouvernement ou salir la réputation des gens, c’est tout aussi grave.