Le gouvernement a raison de ne pas confier la vente du cannabis à l’entreprise privée, mais il est clair que l’on s’engage sur une avenue dont il est impossible de mesurer les conséquences.

Témoins de Jéhovah et cannabis

CHRONIQUE / La liberté religieuse signifie-t-elle qu’on a le droit de mourir ou de se laisser mourir, peu importe les circonstances? Ce serait fou d’acquiescer à une telle prétention quand les Canadiens gravement malades ou en fin de vie ont eux-mêmes de la difficulté à faire reconnaitre leur droit de mourir dans la dignité.

Pourtant c’est un peu la conclusion du rapport du coroner sur la mort d’Éloïse Dupuis qui a refusé des transfusions sanguines à cause de son appartenance aux Témoins de Jéhovah.

Si un individu menace de se jeter d’un édifice, la police tentera de l’en dissuader et même de l’en empêcher physiquement. Mais s’il prend prétexte de ses croyances religieuses pour se suicider ou se laisser mourir, on devrait le laisser faire? On n’accepte pas qu’un homme frappe sa femme à cause d’une interprétation stricte d’un verset du Coran et on accepterait que les Témoins de Jéhovah mettent la vie de leurs membres en danger? C’est inacceptable.

Jeudi, la députée péquiste Agnès Maltais a interpelé le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, sur le sujet. Elle s’est appuyée sur l’éditorial du jour de notre collègue Pierre Asselin, du Soleil, qui a fait état d’une étude de 2008, aux Pays-Bas, démontrant que les femmes membres des Témoins de Jéhovah étaient six fois plus à risque de mourir de complications dans la grossesse ou à l’accouchement. Sans remettre en cause la liberté religieuse, l’éditorial suggérait que les groupes religieux qui s’arrogent le droit de vie ou de mort sur leurs membres en véhiculant de fausses informations soient tenus imputables des conséquences de leurs gestes.

Selon la députée Maltais, les élus devraient pousser plus loin leurs recherches sur la question au lieu de baisser les bras. Elle a suggéré que l’on mandate un comité d’experts sur le sujet.

Le ministre Gaétan Barrette a refusé, prétextant que la suggestion équivaudrait à mettre en place un processus «qui amènerait le gouvernement à faire une réflexion pour se donner des règles d’intervention à l’intérieur des croyances religieuses». 

Le cas soulevé est complexe et peut-être insoluble, mais ce n’est pas une raison pour refuser d’y réfléchir sérieusement. À cet égard, la suggestion d’Agnès Maltais est raisonnable parce qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort et non pas simplement de croyances religieuses. Elle devrait être retenue.

Cannabis 101

Le gouvernement du Québec opte pour la prudence: la vente et la consommation de cannabis seront permises le 1er juillet pour les 18 ans et plus, mais il sera interdit d’en cultiver à la maison. C’est une filiale de la Société des alcools qui en fera le commerce, ce sera tolérance zéro pour les conducteurs, et on dépensera 25 millions $ par année pour la prévention.

Le gouvernement a raison de ne pas confier la vente à l’entreprise privée, mais il est clair que l’on s’engage sur une avenue dont il est impossible de mesurer les conséquences. Comme l’a si bien dit la ministre Lucie Charlebois, le gouvernement n’a pas l’expérience de ce commerce, et ce n’est pas le crime organisé qui lui fera part de ses connaissances...

Ce qui apparait clairement de la conférence de presse de jeudi sur le sujet, c’est qu’on n’a pas réponse à tout, et que les provinces devront autoriser des budgets importants pour bien encadrer ce commerce et relever ce nouveau défi. Dans les circonstances, le gouvernement fédéral ne doit pas s’approprier la majeure partie des revenus du cannabis au pays. 

La plupart des provinces ont encore de gros déficits budgétaires. Si elles n’ont pas les moyens de bien encadrer ce commerce, c’est la décision de Justin Trudeau de l’autoriser qui tournera à la catastrophe.