Le président Donald Trump et le premier ministre Justin Trudeau à La Malbaie, vendredi

Pas question de présenter l’autre joue…

CHRONIQUE / L’abandon du G7 par Donald Trump en l’espace de deux tweets a été spectaculaire et insultant, mais il n’est guère différent de toutes les autres controverses que ce président a créées depuis son arrivée à la Maison-Blanche. La planète n’arrêtera pas de tourner à cause de lui. Les tractations entre ses négociateurs et ceux du Canada se poursuivront probablement, et Trump continuera de twitter. Quant aux effets de son retrait du communiqué du G7, il ne porte pas à conséquence parce que le texte n’engageait en rien les États-Unis sur les sujets chers au gouvernement Trudeau.

La véritable inquiétude au lendemain de sa sortie de samedi soir porte davantage sur la possibilité qu’il a évoquée d’une nouvelle ronde de tarifs sur l’industrie de l’automobile cette fois. La simple évocation d’une telle menace a semé l’émoi en Ontario, où les emplois de centaines de milliers de travailleurs sont directement liés à cette industrie. Si les Canadiens dans leur ensemble appuient le gouvernement canadien dans sa détermination de tenir la ligne dure sur l’ALENA, le nouveau gouvernement Ford serait très pénalisé par une telle guerre commerciale qui aurait des conséquences désastreuses sur son économie.

Dimanche matin, sur les ondes de Radio-Canada, le professeur Yan Cimon de l’Université Laval a fait valoir qu’il serait très difficile pour Washington d’appliquer des tarifs sur les automobiles assemblées au Canada et au Mexique, en raison de la forte intégration de cette industrie. Une auto construite au Canada, a-t-il expliqué, compte plus de 60 % de composantes en provenance des États-Unis. En d’autres mots, des tarifs sur l’industrie automobile du Canada priveraient également des milliers de travailleurs américains de leur emploi. 

Que feront les conseillers du président lorsqu’ils constateront la complexité d’un tel scénario? C’est difficile à dire parce que personne n’est en mesure de comprendre et encore moins de prédire ce qui se passe à Washington sous Donald Trump.

Une chose qui saute aux yeux cependant, c’est que les relations «cordiales» que le premier ministre Trudeau croyait pouvoir entretenir avec cet homme, malgré son imprévisibilité, sont définitivement ternies. Justin Trudeau a beau se montrer gentil, souriant et diplomate, il y a une chose que les Canadiens ne lui pardonneraient pas, c’est d’offrir l’autre joue à Trump après une gifle aussi cinglante. Et même si le président revient avec d’autres propos sympathiques envers Trudeau ou encourageants sur nos relations bilatérales, personne ici ne voudra le croire. L’homme est un menteur compulsif et une brute.

Ce sera fascinant de voir comment Kim Jong Un composera avec un tel personnage. Trump sera doucereux et flatteur en sa présence et une fois partie, il l’accusera d’être une menace pour l’humanité. C’est le scénario le plus plausible. 

Donald Trump me fait penser à ces conducteurs qui souffrent de la rage au volant quand ils montent dans leur automobile, et qui deviennent de petits moutons lorsqu’ils en sortent. C’est ce qu’on a vu dans Charlevoix: un Trump blagueur et accommodant, qui a retrouvé sa rage lorsqu’il est retourné à son clavier et qu’il a repris ses tweets

Bref, un personnage qui n’a pas le courage de vous dire en pleine face ce qu’il pense, et qui se défoule sur son clavier lorsqu’il est seul. Le seul espoir du Canada et de ses alliés est que Trump et les républicains soient punis aux élections de mi-mandat, et que l’électorat américain signe son congédiement aux prochaines élections présidentielles. En attendant, c’est Vladimir Poutine qui doit rire dans sa barbe.