François Legault ne peut pas reculer sur son test des valeurs, mais il serait bien heureux qu’on cesse d’en parler, alors que les libéraux et les péquistes sont au contraire déterminés à en découdre.

Michelle Obama à la rescousse

CHRONIQUE / «On veut que les nouveaux arrivants ou les potentiels immigrants connaissent les valeurs [du Québec], puis qu’ils le prouvent dans un test. Maintenant, comment va être formulée la question exactement? Je pense que là, on est vraiment dans les détails.»

C’est la réponse qu’a donnée François Legault, mercredi, quand les journalistes lui ont demandé quel test un gouvernement de la CAQ ferait passer aux immigrants avant de leur accorder un certificat de sélection.

C’est vrai qu’on est dans les détails, et c’est dans les détails que «le diable se trouve». Or il n’y a rien de pire, en campagne électorale, que de défendre un programme politique sans pouvoir en révéler les détails. C’est la situation inconfortable dans laquelle s’est retrouvé François Legault cette semaine.

Le chef de la CAQ a dit «qu’on prendra le temps, quand on sera au gouvernement, d’établir ce qui est le meilleur test des valeurs». Mais même au pouvoir, un tel exercice sera extrêmement délicat. Alors vous comprenez qu’à six mois des élections, il serait risqué de mettre les pieds dans un tel champ de mines. 

Mercredi, François Legault a sauté sa coche après avoir essuyé l’attaque conjointe de Philippe Couillard et de Jean-François Lisée sur l’immigration. Il a convoqué les médias afin de se vider le cœur et d’accuser ses adversaires de se livrer à du salissage. «Ce n’est quand même pas rien, là, le premier ministre du Québec qui dit que la CAQ est contre les étrangers, contre l’immigration. C’est parfaitement mensonger, puis le pire, c’est que Philippe Couillard le sait.»

M. Legault était tellement furieux qu’il a accusé le chef libéral de jouer dans «les égouts», et il s’est inspiré de Michelle Obama pour lui répondre: «When they go low, we go high… quand ils s’enfoncent, nous, on s’élève.»

Les gens de la CAQ savent très bien que la stratégie des libéraux est de les faire passer pour des «brouillons» qui changent constamment d’opinion. Jean Charest avait fait de même en traitant Mario Dumont de «girouette». Or M. Legault peine à expliquer quel sort il réserverait aux candidats à l’immigration qui échouent à son test des valeurs et qui sont incapables de parler français après trois ans au Québec. Mercredi, il a refusé d’utiliser le mot «déportation». Il a évoqué le refus d’émettre un certificat de sélection à ceux qui échouent le test. Mais quelques minutes plus tard, il a déclaré que lorsqu’il était chez Air Transat, il lui est arrivé souvent de voir «des personnes qui sont venues ici sur un certificat de travail temporaire, qui refusaient de quitter le Québec ou le Canada après l’expiration du délai, puis qui étaient accompagnés sur un vol d’Air Transat avec quelqu’un de la GRC ou un policier pour retourner dans leur pays. Bien ce qu’on dit, c’est exactement ça…»

Bref, on les déporte? Pas nécessairement. Quelques minutes plus tôt, il avait parlé de l’importance de garder les immigrants de talent ici. Il avait évoqué la possibilité d’accorder une quatrième année après un échec au test de français.

Bref, ce n’est pas simple d’évacuer cette controverse du débat politique. Après avoir appuyé le gouvernement sur le Fonds des générations, sur le tramway de Régis Labeaume et sur le marché du carbone, François Legault ne peut pas reculer sur son test des valeurs. Mais il serait bien heureux qu’on cesse d’en parler, alors que les libéraux et les péquistes sont au contraire déterminés à en découdre.

«Au moins, c’est une démonstration qu’on est les premiers», explique-t-on dans son entourage. C’est bien vrai, mais la meilleure défense, c’est l’attaque. Et cette semaine, le chef de la CAQ était sur la défensive.