Il y a un an presque jour pour jour, le ministre Martin Coiteux (et son collègue David Heurtel, à gauche) devait gérer les inondations qui ont fait des milliers de sinistrés au Québec.

Les pieds dans l’eau du Saint-Laurent…

CHRONIQUE / Vous cherchez la raison pour laquelle Martin Coiteux quittera la politique à la fin de son mandat? N’allez pas très loin : à la même date l’an dernier, le ministre avait les deux pieds dans l’eau des inondations qui ont fait des milliers de sinistrés au Québec.

Vous pensez que c’est agréable de passer ses journées et ses fins de semaine à visiter des gens dans le malheur? Et d’encaisser ensuite leurs critiques parce que l’argent et l’autorisation de reconstruire ne viennent pas assez rapidement?

C’est terriblement exigeant la politique, surtout quand on a connu auparavant les joies de l’enseignement universitaire. Nicolas Marceau, dont on dit qu’il est également en réflexion, m’a déjà confié, il y a quelques années, à quel point il était bien à l’université.

Alors, vous comprenez que pour un économiste comme Coiteux, qui a une famille et qui pourrait tripler son salaire dans le privé, la politique a probablement perdu de son charme.

La véritable surprise, c’est de voir des gens comme Pierre Arcand, Carlos Leitão et même Gaétan Barrette demander un autre mandat alors que les chances du Parti libéral du Québec de conserver le pouvoir sont tellement minces. Mais s’il fallait qu’ils quittent eux aussi, ce serait la débandade. Remarquez bien que s’ils se retrouvent sur les banquettes de l’opposition, ils pourront toujours démissionner… Dans leur cas, l’abolition des indemnités de transition n’est pas un véritable problème. Même s’ils ne font pas partie du club des grandes fortunes du Québec, ils ne sont pas démunis…

Puisque les nombreuses annonces de départ font tellement les manchettes, ces temps-ci, permettez-moi une remarque : même s’il était vrai que tous ces départs sont en partie causés par le désir des élus de toucher leur allocation de transition, leur annonce constitue néanmoins une belle économie pour les contribuables. Je m’explique : avant 2016, les élus qui ne terminaient pas leur mandat touchaient quand même leur allocation de transition d’environ 150 000 $, alors que leur départ forçait le déclenchement d’élections complémentaires évaluées chacune à 600 000 $. Il était devenu scandaleux de voir des élus faire la campagne électorale pour aider leur parti, et démissionner quatre mois plus tard sans aucun respect pour le mandat que l’électorat leur avait confié, et sans tenir compte des coûts de l’élection complémentaire à venir.

L’adoption de la loi 78, en décembre 2015, a corrigé la situation. Les députés actuels, qui ne sont pas certains de vouloir compléter un autre mandat de quatre ans, renoncent donc à se présenter afin de toucher leur allocation. Mais ce faisant, ils nous évitent les coûts d’élections complémentaires inutiles entre les élections générales de cet automne, et celles de 2022. Seule exception à la règle, ceux et celles qui seront forcés de démissionner pendant leur mandat pour des raisons sérieuses, comme de graves problèmes de santé pour eux-mêmes ou leurs proches, conservent leur droit à l’allocation de transition. Mais avec les nouvelles règles, on ne revivra pas de cas comme celui de Monique Jérôme-Forget qui a touché sa prime en démissionnant quatre mois après sa réélection aux côtés de Jean Charest en décembre 2008.

Retour sur tous ces départs chez les libéraux. La véritable question qui se pose pour Philippe Couillard est de savoir s’il a des bons candidats dans sa poche arrière. Actuellement, c’est François Legault qui multiplie les annonces. Mais le vrai test se fera au mois d’août, quand les grosses pointures, qu’on ne peut annoncer tout de suite à cause de leur emploi, sortiront de l’ombre. Si grosses pointures il y a, évidemment.