La ministre Mélanie Joly a défendu avec une maladresse inégalée le congé de taxes accordé à Netflix par le gouvernement Trudeau. C’est également elle qui défend, avec la même maladresse, la passivité de son gouvernement devant la crise qui menace la presse partout au pays.

Les deux patates chaudes

CHRONIQUE / Lorsque le premier ministre Justin Trudeau posera les pieds en sol canadien de retour de Chine, il ne pourra échapper à l’urgence de deux dossiers qui menacent la popularité de son gouvernement, Netflix et la Davie.

Le congé de taxes donné à Netflix est le plus lourd à porter. Il mobilise tous les acteurs de la société non seulement au Québec, mais partout au pays. La mobilisation massive, mercredi, d’une centaine de personnalités québécoises contre la politique culturelle de Mélanie Joly et le refus de taxer Netflix, n’est qu’une illustration de la révolte contre cette décision du gouvernement fédéral.

Alors que tout le monde dénonce le recours aux paradis fiscaux par des entreprises ou des biens nantis qui veulent échapper à l’impôt, il est inconcevable que le gouvernement fédéral accorde un tel privilège aux géants d’Internet. 

Ce privilège découle d’un engagement de M. Trudeau pendant la campagne électorale. Mais c’est la ministre Joly qui l’a présenté et défendu jusqu’à Tout le monde en parle, avec une maladresse inégalée. C’est également elle qui défend, avec la même maladresse, la passivité de son gouvernement devant la crise qui menace la presse partout au pays. Sa crédibilité dans les milieux culturels et d’affaires est entachée.

En général, quand un premier ministre se heurte à une telle mobilisation, il remplace le porteur du dossier afin de permettre à son remplaçant de modifier le tir. C’est un classique en politique. La perte de confiance envers Mme Joly forcera inévitablement le premier ministre à lui trouver d’autres responsabilités. La ministre prononcera un discours important ce vendredi à Montréal. Il ne lui appartient pas de corriger l’erreur Netflix avec l’annonce de nouvelles mesures fiscales. C’est le dossier du ministre des Finances. Mais le discours de la ministre, qui a probablement été vérifié et relu au bureau de M. Trudeau, doit démontrer une ouverture. Si Mme Joly va là pour défendre à nouveau l’indéfendable, M. Trudeau devra procéder à un «ajustement» ministériel plus tôt que tard.

Et la Davie...

L’autre patate chaude est le dossier de la Davie. La présence de Philippe Couillard au rassemblement de Lévis, dimanche, a mis beaucoup de pression sur le gouvernement Trudeau. On y répète toujours que la Marine n’a pas besoin d’un deuxième ravitailleur pour le moment, mais on dit travailler sur la conversion de quatre brise-glaces usagés, sur lesquels Davie a une option, et qui pourraient répondre aux besoins urgents de la Garde côtière. C’est la Davie qui a fait cette proposition au gouvernement. Le contrat garantirait du travail à «quelques centaines d’employés» du chantier maritime, pour environ deux ans, afin de faire le pont avec d’autres contrats.

Pressé de toute part, le gouvernement Trudeau aimerait en faire l’annonce avant Noël. C’est d’autant plus important que les Russes viennent eux aussi de prendre une option pour l’achat des mêmes brise-glaces qui intéressent la Davie.

Entre temps, le lobby du chantier maritime de Lévis se déplace la semaine prochaine à Montréal, pendant que les mises à pied des travailleurs se poursuivent. À défaut d’un contrat rapide, le premier ministre Trudeau n’a qu’une autre option :  annoncer clairement, dans ses entrevues de fin d’année, que le Canada a besoin du chantier de la Davie pour répondre aux besoins de sa flotte, et qu’il agira en conséquence. Ça irait à l’encontre des prétentions d’Irving Shipbuilding d’Halifax et de Seaspan à Vancouver qui soutiennent que le pays n’a besoin que de deux grands chantiers maritimes. Mais puisqu’il y en a trois, autant l’admettre et agir en conséquence.