La présence des chefs à «Tout le monde en parle» a permis de les voir évoluer dans un autre contexte que celui des débats télévisés.

Lendemain de tornade chez Guy A.

CHRONIQUE / Il est impossible d’établir un lien direct entre les changements climatiques et la tornade qui a frappé Gatineau. Mais il s’agit là du genre de sinistres qui vont se multiplier sur la planète au cours des prochaines décennies à cause du climat. Ce à quoi s’ajouteront la montée du niveau des eaux dans les océans et la multiplication des sécheresses dans les pays du Sud, qui provoqueront de grands mouvements migratoires. Ces scénarios catastrophes ne sont plus de la fiction, sauf pour les climatosceptiques.

L’ampleur des événements de Gatineau a forcé les chefs des partis en campagne électorale à modifier leurs horaires et à visiter la zone sinistrée. Cette réaction se serait imposée même en dehors de la période électorale. L’heure était au rassemblement et non à la controverse.

La sévérité de cette tornade a ramené les questions environnementales au premier plan de l’actualité politique, mais pas pour longtemps. Jean-François Lisée a repris ses attaques contre Québec solidaire qu’il soupçonne de cacher son vrai chef, pendant que Philippe Couillard accusait François Legault de vouloir préparer un référendum.

Dimanche soir, sur le plateau de Guy A. Lepage, on a consacré un gros 12 minutes et 13 secondes… aux questions environnementales. En proportion avec le reste de la campagne électorale, c’est déjà mieux. Mais vous comprenez qu’on n’y a pas appris grand-chose, parce que le seul terrain couvert a été celui de l’exploitation des hydrocarbures en sol québécois. MM. Couillard, Legault et Lisée se sont réfugiés derrière l’accessibilité sociale. Le chef de la Coalition avenir Québec a même ouvert la porte à un retour du forage sur l’île d’Anticosti, si la population locale le désire, tandis que Jean-François Lisée a lié ses décisions aux études du BAPE et à des référendums locaux. 

C’est court, 12 minutes et 13 secondes pour parler d’environnement, alors que tout le monde s’entend pour dire que les changements climatiques sont le plus grand défi qui confronte l’humanité. On ne peut plus se croiser les bras sous prétexte que des leaders comme Donald Trump ou Doug Ford refusent d’agir.

La présence des chefs à Tout le monde en parle a permis de les voir évoluer dans un autre contexte que celui des débats télévisés. Ils n’avaient pas le droit de se chamailler dans le désordre, et ils n’avaient pas à répondre aux mêmes questions. On a souvent senti leur désaccord par des mouvements de tête ou des regards désapprobateurs, mais à l’exception d’un court affrontement entre Lisée et Legault, ils ont tous respecté les règles établies par Guy A. Lepage. Ce qui leur a permis de s’expliquer sur les contradictions ou les controverses soulevées par l’animateur. Franchement, ce n’était pas mauvais, même si c’était frustrant d’entendre des politiciens nous vendre leur salade sans se faire rappeler à la réalité lorsque leurs explications manquaient de crédibilité.

Surprise, on a vu Philippe Couillard faire de l’humour à deux ou trois reprises, et même rigoler avec François Legault en écoutant Jean-François Lisée. Le simple fait d’être assis côte à côte devant public et dans un petit studio leur imposait un comportement plus respectueux et même amical. Jean-François Lisée avait retrouvé son calme et sa bonne humeur des deux premiers débats, et il était assis à l’autre extrémité de la table, loin de Manon Massé… Les questions de l’animateur n’étaient pas complaisantes, et elles ont été distribuées équitablement aux quatre chefs, qui s’en sont bien sortis. 

Bref, c’était un événement plutôt sympathique qui a permis aux téléspectateurs de comprendre qu’au-delà de leurs désaccords et de leurs attaques partisanes, nos leaders politiques demeurent des gens civilisés.