François Legault, qui s’était démarqué par ses attaques répétées dans le débat en français, n’était pas suffisamment à l’aise en anglais pour porter des coups à ses rivaux, écrit notre chroniqueur.

Legault malmené en anglais

CHRONIQUE / Philippe Couillard était en territoire ami, François Legault était inconfortable en anglais et Jean-François Lisée est allé à sa jugulaire à plusieurs reprises au grand plaisir du chef libéral. Quant à Manon Massé, elle s’en est sortie correctement.

Il a été intéressant et plus discipliné, ce débat en anglais présenté lundi soir sur les réseaux anglophones. Il a permis de mieux cerner les préoccupations et les frustrations de nos concitoyens de langue anglaise qui n’ont pas leur place dans la fonction publique et les sociétés d’État, qui veulent des services de santé en région, et qui voient leurs enfants quitter le Québec parce qu’ils ne sont pas à l’aise en français.

Sur le fond, le débat n’a rien apporté de nouveau dans l’actualité, mais il a certainement renforcé l’avance libérale auprès de cette clientèle. Contrairement au débat en français, où la cacophonie l’a emporté trop souvent, les modératrices ont tenu les brides très serrées. Ce qui a permis à Philippe Couillard et Jean-François Lisée, tous deux beaucoup plus à l’aise en anglais, de passer leurs messages. François Legault, qui s’était démarqué par ses attaques répétées dans le débat en français, n’était pas suffisamment à l’aise en anglais pour porter des coups à ses rivaux.

Jean-François Lisée à profité de ses mots d’ouverture pour se dédouaner auprès de sa clientèle. Il a clamé haut et fort sa foi souverainiste et il s’est réclamé de René Lévesque. Ce qui lui a permis ensuite de se montrer on ne peut plus civilisé envers l’électorat de langue anglaise sur toutes les questions soulevées. Mais c’est François Legault que Lisée avait ciblé en prévision de ce débat, et il n’a pas été tendre. Il lui a reproché d’être passé à coté de la question sur les services de santé en région, sur l’aide aux personnes âgées et d’avoir une position «épouvantable» envers les immigrants. Les modératrices ont du lever le ton pour rappeler les deux hommes à l’ordre à un moment donné. Ils n’ont pas récidivé, mais c’est entre Philippe Couillard et le chef de la CAQ que les échanges ont ensuite pris la même tournure, devant Massé et Lisée qui riaient tellement c’était ridicule.

Priés de dire par un oui ou un non s’ils mettraient en place une enquête sur le racisme systémique, les trois hommes ont dit non alors que Manon Massé a répondu par un oui.

Les échanges sur l’environnement et les changements climatiques ont été décevants, ce qui est compréhensible compte tenu du peu de temps laissé aux participants pour aller au delà de leurs slogans de campagne.

François Legault a passé un mauvais moment sur l’avenir des commissions scolaires, un thème cher aux communautés anglophones qui veulent conserver le contrôle de leurs institutions. Accusé de vouloir abolir les commissions, le chef de la CAQ a dit qu’il voulait les remplacer par des «centres de services», ce qui a permis au chef de libéral de rétorquer qu’il voulait les abolir.

C’est clair que François Legault serait le perdant s’il fallait donner des notes aux participants à ce débat, et c’est en grande partie à cause de la langue.

Philippe Couillard, par contre, a été très efficace dans son mot de sortie, pour convaincre cet électorat déjà acquis d’aller voter. Jean-François Lisée et Manon Massé ont conclu sur l’urgence des changements climatiques. Lisée a été habile en disant «qu’en français ou en anglais, c’est la seule planète que nous avons». Sur le même sujet, Manon Massé a déclaré que «c’est maintenant ou jamais». Sans grande surprise, François Legault a conclu en disant que «le vrai changement commençait maintenant».