En Ontario, la victoire de Doug Ford, le 7 juin, pourrait être la prémisse d’un virage important vers la droite ailleurs au pays, un virage qui aurait des répercussions chez nous.

«Le vent glacial de la droite»

CHRONIQUE / Doug Ford en Ontario, Jason Kenney en Alberta, Andrew Scheer à Ottawa et… François Legault à Québec? Si l’humeur populaire continue de confirmer la montée de la droite au pays, Philippe Couillard pourra emprunter à Lucien Bouchard sa citation de 1998 mettant les Québécois en garde contre «le vent glacial de la droite» en provenance de l’Ouest. Il serait injuste d’utiliser un tel épouvantail contre François Legault, mais la politique étant ce qu’elle est…

La campagne électorale qui vient de démarrer en Ontario ouvrira la porte à ce genre de débat au Québec. La victoire de Doug Ford, le 7 juin, pourrait être la prémisse d’un virage important vers la droite ailleurs au pays, un virage qui aurait des répercussions chez nous. Les dossiers environnementaux et la lutte contre les gaz à effet de serre en donnent déjà un bon exemple. Doug Ford, Jason Kenney, et Andrew Scheer ont déjà annoncé leur objection au marché du carbone et leur intention de combattre devant les tribunaux la taxe sur le carbone mise de l’avant par le gouvernement Trudeau. Cette taxe sera obligatoire à compter de 2019, sauf pour les provinces comme le Québec et l’Ontario qui ont joint le marché du carbone. Or Doug Ford veut retirer sa province de ce marché et il a promis de se battre contre une taxe fédérale.

François Legault a déclaré en mars qu’il ne retirerait pas le Québec du marché du carbone, même si l’Ontario le fait. Mais un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) poursuivra-t-il cette politique si les autres provinces la boudent, et qu’elles vont devant les tribunaux pour bloquer le projet de taxe fédérale? La question est pertinente, parce que les adversaires de cette fiscalité estiment qu’elle nuira à la capacité concurrentielle de nos entreprises sur les marchés étrangers. C’est le principal argument utilisé par Doug Ford pour expliquer sa décision de se retirer du marché du carbone. Que ferait un gouvernement de la CAQ dans un tel scénario? Ce n’est pas clair. M. Legault a toujours laissé planer une certaine ambiguïté sur cette question. 

Le chef de la Coalition avenir Québec n’a aucun intérêt à porter l’étiquette de la droite pendant la campagne électorale. Maintenant que le pouvoir semble être à portée de main, il doit plutôt démontrer sa capacité de rassembler tous les Québécois qui ne veulent plus des libéraux, et qui ont fait une croix sur le Parti québécois. À ce chapitre, le recrutement de l’ancienne ministre libérale Marguerite Blais est un bon coup politique pour M. Legault. L’ancienne «mère Teresa» du troisième âge adoucira son image et donnera une touche plus humaine à l’équipe et aux politiques de la CAQ. Ancien ministre de la Santé et ensuite de l’Éducation sous le PQ, M. Legault portait à l’époque un chapeau plus compatissant. Mais depuis qu’il a pris la direction de la Coalition avenir Québec, son image populiste et son positionnement politique lui ont valu une réputation moins conciliante.

Sur le plan de l’image, la défection de Mme Blais est un coup dur pour les libéraux, un coup plus dur à encaisser que la contribution réelle de l’ancienne ministre à l’équipe ministérielle de Jean Charest. Mais Marguerite Blais jouit d’une belle notoriété à cause de ses années de télévision, et elle offre une candeur et une sincérité qui passent bien auprès de la clientèle du troisième âge. On comprend que le premier ministre et deux de ses ministres aient tenté en vain de la retenir.

Les libéraux auront plusieurs annonces de candidatures au cours des semaines à venir. Ils devront impressionner parce que jusqu’à maintenant, c’est la CAQ qui a fait les meilleurs coups.