L’arrivée d’Alexandre Taillefer dans le camp libéral sera-t-elle un facteur dans le choix des électeurs aux élections générales du 1er octobre?

Le «Lucien Bouchard» de Couillard?

CHRONIQUE / Quand l’équipe du «Oui» au référendum de 1995 a constaté que Jacques Parizeau ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois, elle a fait appel aux talents de communicateur et à la passion de Lucien Bouchard. Cette année, Philippe Couillard a compris qu’il ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois de lui donner un autre mandat. Il a donc fait appel à Alexandre Taillefer, un autre communicateur passionné.

Dans les deux cas, les machines politiques se sont tournées ou se tournent aujourd’hui vers des personnalités offrant une plus grande capacité que MM. Parizeau et Couillard à faire passer leurs convictions. D’ailleurs, on pourrait dire la même chose de Jean-François Lisée, qui est allé chercher Véronique Hivon pour asseoir son autorité sur une équipe davantage à l’écoute de la population.

En 1995, la décision de Jacques Parizeau d’amener Lucien Bouchard à ses côtés a eu un effet positif pour la campagne du «Oui». L’arrivée d’Alexandre Taillefer sera-t-elle un facteur dans le choix des électeurs aux élections générales du 1er octobre? La réponse à cette question est beaucoup moins évidente. 

Même si la notoriété des gens attire toujours l’attention des médias, elle ne donne pas toujours les résultats souhaités. L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas fait bouger l’aiguille des sondages d’opinion en faveur de Québec solidaire, même s’il est très connu et qu’il fait un excellent travail à l’Assemblée nationale.

L’autre grande question concernant Alexandre Taillefer est sa capacité de plonger aussi rapidement et profondément dans la bataille politique sans commettre d’impairs, et plus encore, sans créer de malaises au sein de la machine libérale.

L’homme est un excellent communicateur et il a une image sympathique dans ses entrevues. Mais qu’en sera-t-il dans les coulisses de l’organisation de campagne du PLQ? Contrairement à Daniel Johnson, qui a présidé de haut la dernière campagne électorale de Philippe Couillardm laissant l’autorité nécessaire au directeur de la campagne, M. Taillefer veut s’y investir très profondément. Il a même annoncé son intention de prendre place dans l’autobus de campagne du chef. Or c’est Jean-Marc Fournier qui doit y accompagner M. Couillard. Trop de conseillers à bord, ça risque de créer des tensions. Issu du milieu des affaires, M. Taillefer sera tenté d’intervenir à tous les niveaux, à celui de la présidence, de la direction de la campagne, et de l’entourage immédiat du chef. Comme c’est Philippe Couillard en personne qui l’a recruté, il se sentira investi de son autorité. 

C’est dangereux dans une équipe. D’autant plus dangereux que les ministres qui ont un œil sur le leadership du parti ont probablement sourcillé en voyant M. Couillard donner la présidence de la campagne libérale à un outsider qui dissimule mal son intention de devenir leur chef un jour.

S’il y a un «effet Taillefer» et que la campagne électorale va bien, tout le monde l’applaudira. Mais si les sondages sont mauvais et que le parti se dirige vers la défaite, les querelles éclateront au grand jour et il sera le bouc émissaire. 

Pour Philippe Couillard, l’arrivée d’Alexandre Taillefer s’inscrit dans le renouvellement du Parti libéral, de ses politiques et de ses communications. Les attentes sont énormes et les embûches seront nombreuses. Ses commentaires sur le journalisme pratiqué par les médias de Québecor lui ont déjà valu les foudres de Pierre Karl Péladeau. Taillefer vient d’apprendre que la moindre critique de PKP donne à ce dernier un prétexte apprécié pour dénigrer ses concurrents ou ses adversaires. C’est le métier qui rentre, mais il a peu de temps pour apprendre.