Le ministre des Finances, Bill Morneau, se dirigeait vers la Chambre des communes avec le premier ministre Justin Trudeau pour dévoiler le budget fédéral, mardi.

Le budget «rose» de Bill Morneau

CHRONIQUE / Si Justin Trudeau avait montré la même prudence que son ministre des Finances dans la préparation de son voyage en Inde, il n’aurait pas été forcé de consacrer la moitié de la période de questions aux Communes à défendre cette mission aussi colorée que coûteuse et controversée.

Car s’il est un point qui ressort du budget de Bill Morneau, c’est sa timidité au chapitre des dépenses. À part la recherche et l’innovation qui obtiennent le gros lot de 6,4 milliards $ sur cinq ans, personne ne sort vraiment gagnant de ce budget qui se veut rose avec des mesures d’équité homme-femme. Des mesures qui seront les bienvenues, mais dont on attend les détails. On comprend que M. Morneau réserve ses bonbons électoraux pour 2019 qui sera une année électorale.

Malgré ses prétentions d’appui à la classe moyenne, ce budget comporte des contradictions. Il bonifie d’une main l’allocation canadienne pour le travail, mais il augmente de l’autre la taxe sur la cartouche de cigarettes. Une majoration de 1 $ qui lui permettra d’aller chercher 375 millions $ de plus dans les poches des fumeurs. Des fumeurs qui se retrouvent plus souvent qu’autrement chez les moins bien nantis de la société.

Les libéraux savent que le plus grand reproche qu’on leur fera d’ici les élections d’octobre 2019 est d’avoir été dépensiers. Ils persistent néanmoins avec les déficits, confiants de voir le ratio de 30 % la dette par rapport au produit intérieur brut continuer de décliner. La période exceptionnelle de croissance économique leur permet un tel optimisme, mais il suffirait d’un ralentissement sévère de l’économie pour les contredire. Or, tous les experts s’entendent pour dire que le cycle économique actuel tire à sa fin. Et la dette du gouvernement atteindra 670 milliards $ à la fin de cet exercice financier. Ce n’est pas rien.

Comme on s’y attendait, le gouvernement ne lève pas le petit doigt pour forcer les Netflix et Amazon de ce monde à payer leurs taxes et impôts. C’est décevant. De la même manière, ils n’annoncent rien pour aider les grandes entreprises de presse du pays à passer à travers la difficile transition qui menace leur survie. Ce n’est pas le petit 50 millions $ sur cinq ans pour les médias locaux qui fera une différence. Justin Trudeau avait pourtant manifesté son intention de poser des gestes sur le sujet au cours de l’entrevue accordée au Soleil à la fin de janvier… Faudra-t-il attendre la fermeture des salles de nouvelles pour réveiller ce gouvernement?

Sur un autre sujet, les libéraux ont finalement admis que le système de paie Phénix pour ses fonctionnaires est un échec. On prévoit qu’il nous en coûtera 453 millions $ sur cinq ans pour corriger ce dégât. Là-dessus, les conservateurs devront se taire parce que c’est sous leur règne que le gouvernement Harper a lancé ce projet.

Ce budget nous apprend aussi que la préparation et la tenue du G7 dans Charlevoix coûtera 594 millions $. C’est énorme, mais incontournable. Voilà une dépense qui devrait nous rappeler, encore une fois, que les grands événements de cette nature sont peut-être prestigieux, mais qu’ils ne sont pas gratuits.

C’est comme les voyages à l’étranger. La virée de M. Trudeau en Inde l’a aussi démontré. On n’en connaît pas encore les coûts, mais ça ne saurait tarder. Avec une délégation aussi énorme de 19 ministres ou députés, d’attachés politiques et de fonctionnaires, on devine déjà que les dépenses ont été considérables. Et je ne vous ai pas parlé de la sécurité qui coûte toujours les yeux de la tête…