Les objectifs du premier ministre Justin Trudeau semblent déconnectés du protectionnisme de l'administration Trump.

La gifle de Donald Trump

CHRONIQUE / Une semaine avant de mettre les pieds au Canada pour la première fois, Donald Trump impose des tarifs de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium. C’est une véritable gifle de la part de l’administration américaine à la veille de la réunion du G7, où les leaders des pays industrialisés devraient plutôt mettre de côté leurs différends pour discuter des grands défis qui confrontent l’humanité.

Dès mercredi, les rumeurs en provenance de Whistler où se tenaient les travaux préparatoires du G7, ont fait état de difficultés graves d’arrimage entre les objectifs du Canada et le protectionnisme de l’administration Trump. Les fonctionnaires canadiens ont nié que les Américains faisaient dérailler les discussions et le bureau de M. Trudeau a tenu la même ligne optimiste: malgré leurs problèmes respectifs, les pays du G7 faisaient face au même défi, soit de bâtir une économie profitable pour tout le monde et non seulement pour les plus riches. L’annonce de jeudi sur les tarifs n’a pas laissé de doute. Elle confirme l’approche dure que Donald Trump adoptera dans Charlevoix. Les pays membres de l’Union européenne qui siègent au G7 seront furieux à l’endroit des États-Unis. C’est un mauvais présage pour les espoirs de Justin Trudeau de sortir du Sommet avec une déclaration commune forte sur les enjeux mis de l’avant par le Canada.

En 2017, les dirigeants des pays industrialisés ont admis à la fin du G7 en Italie qu’ils avaient été incapables de trouver un terrain d’entente avec les États-Unis sur la lutte contre les changements climatiques. On peut s’attendre à la même conclusion cette année, mais les divisions pourraient mener à un constat d’échec beaucoup plus large, sur les questions économiques cette fois.

La semaine du pétrole

Outre le développement économique, le principal argument de Justin Trudeau sur Kinder Morgan, est le suivant: la participation de l’Alberta à l’imposition d’une taxe sur le carbone était conditionnelle à la réalisation du projet Trans Mountain. Le premier ministre a raison: pas de pipeline, pas de taxe sur les émissions de GES en Alberta. 

Le problème, c’est que la participation de la province à cette taxe dépend de la réélection du gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley en 2019, ce qui est loin d’être acquis. Si les conservateurs de Jason Kenney prennent le pouvoir, le nouveau gouvernement fera une croix sur l’engagement de Mme Notley. 

L’autre argument du gouvernement fédéral est que l’échec de Trans Mountain aurait un impact dévastateur sur la confiance des investisseurs étrangers envers le Canada. Selon cette thèse, le pays serait perçu comme un endroit où les autorités fédérales sont incapables d’accueillir les grands projets d’infrastructures à cause du lobby des environnementalistes, des autochtones, ou des provinces. C’est un argument qui se défend, mais dont il est impossible de mesurer l’importance.

À Québec, l’opposition péquiste a un peu surpris cette semaine: le parti de Jean-François Lisée dénonce le pétrole des sables bitumineux, mais réclame des prix de l’essence moins élevés pour les automobilistes. Pourtant, les bas prix encouragent la consommation et la pollution…

Essentiellement, le PQ dénonce l’existence d’un cartel dans le prix de l’essence. Il demande que l’Office de protection du consommateur ait le mandat d’agir en ce domaine. Visiblement, Jean-François Lisée ignore l’ampleur des efforts d’enquête et d’écoute électronique qu’il faudrait instituer pour prendre les détaillants en défaut.

Tout ça m’a rappelé la bataille du regretté Claude Béchard contre les pétrolières, en 2007, un effort qui n’a même pas obtenu l’appui du PQ dans le temps.