Les déplacements sont faciles et agréables en train, alors qu’on vous amène d’un centre-ville à un autre.

Je ne comprends pas...

CHRONIQUE / Je ne prends plus mon auto pour aller à Montréal pendant la semaine depuis plusieurs années. Parce qu’à moins de faire la route à quatre heures du matin, on se heurte à un ralentissement au pont qui enjambe la rivière Richelieu à la hauteur de Saint-Marc. Passé la sortie pour Sainte-Julie, ça ne va plus du tout.

Ce qui prenait autrefois deux heures et 15 minutes pour relier la capitale nationale à la métropole prend maintenant un bon trois heures quand on est chanceux. Et c’est sans parler du trafic sur l’île et des problèmes de stationnement. Ce n’est pas plus facile en provenance d’Ottawa.

Voilà pourquoi le train est devenu la meilleure alternative. Le confort des autobus laisse à désirer, et les véhicules utilisent les mêmes routes congestionnées que les automobiles. Quant à l’avion, on n’y pense même pas s’il s’agit de sauver du temps ou de l’argent. Parce qu’au départ comme à l’arrivée à l’aéroport, il faut prendre le taxi pour aller en ville, sans compter une longue attente pour prendre son vol.

Les déplacements sont plus faciles et agréables en train, même s’ils sont lents. On peut y travailler tout à son aise, et on nous amène d’un centre-ville à l’autre. Si Via Rail offrait une nouvelle liaison Québec-Montréal ou Montréal-Ottawa en moins de deux heures, sans arrêt pour laisser passer les trains de marchandises, il y aurait affluence! Il suffit de prendre le train actuellement entre Québec et Montréal, pour s’en convaincre: malgré une liaison très imparfaite, la clientèle a atteint près de 400 000 voyageurs en 2016.

Or c’est justement ce service amélioré dont le président de Via Rail, Yves Desjardins-Siciliano, fait la promotion depuis maintenant trois ans. Un modèle d’affaires entre Québec, Montréal, Ottawa et Toronto, ainsi qu’un projet de remplacement des wagons ont été soumis au gouvernement fédéral en décembre 2016. Les études sont en cours au ministère des Transports. Voilà pourquoi je ne comprends pas que le premier ministre Philippe Couillard ait semblé écarter cette option en fin de semaine, en demandant aux Québécois de lui proposer «un projet de liaison rapide entre Montréal et Québec, aussi emballant que le REM. […] Une liaison moderne, durable, futuriste».

Je veux bien rêver, mais ce «défi d’élaborer» et de réaliser un tel projet prendrait une décennie et comporterait des coûts et des risques énormes. Alors que la proposition de Via Rail pourrait se faire beaucoup plus rapidement et à des coûts moindres, assumés par le gouvernement fédéral. 

À moins que le défi lancé par M. Couillard ne soit qu’un simple mirage électoral, il me semble qu’il serait beaucoup plus productif de faire des pressions, en collaboration avec le gouvernement de l’Ontario, pour que le gouvernement Trudeau donne le feu vert au projet d’un train à grande fréquence (TGF).

On sait déjà qu’il y a des obstacles à un tel projet, notamment à l’arrivée au centre-ville de Montréal. Mais avant de se lancer dans des projets «futuristes» comme le monorail, il serait sage de tirer des conclusions éclairées sur le TGF.

Mercredi, le ministre des Transports, André Fortin, a semblé mettre un petit bémol sur les propos de Philippe Couillard. Il a dit que si le fédéral veut investir dans le projet de Via Rail, «tant mieux». Il ne pouvait quand même pas contredire le scénario futuriste de son chef, mais quand même! Au lieu de parler de monorail ou d’Hyperloop, le gouvernement Couillard devrait d’abord attendre de voir ce qui va se faire dans le triangle Toronto-Ottawa-Montréal, qui servira de modèle jusqu’à Québec et Windsor par la suite. Une bonne dose de réalisme serait utile dans ce dossier, même en période électorale…