François Legault trône dans les sondages d’opinion depuis déjà plusieurs mois. Il devient donc la cible principale des autres partis politiques, et il le sait.

«Forcer Legault à gouverner»

CHRONIQUE / Le gouvernement Couillard avait plus de motifs politiques que de raisons économiques pour annoncer le remboursement de 2 milliards $ à la dette du Québec par année à même le Fonds des générations. Politiquement, il renforce son message de bonne gestion des finances publiques et il en fait la démonstration en annonçant une diminution de la dette du Québec.

Au point de vue économique, tout le monde admet que nous sommes à la fin d’un cycle de croissance et que la cagnotte de 13 milliards $ du Fonds des générations pourrait subir une saignée si les marchés plantent. On en protège donc une partie en l’appliquant sur la dette, ce qui se défend bien dans l’opinion publique.

Je doute cependant que le gouvernement aurait agi ainsi si nous n’étions pas aussi près de la campagne électorale. Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a plaidé qu’il s’agissait d’une mesure de prudence en prévision d’une chute des marchés financiers à la fin du cycle économique en cours. C’est vrai que les marchés vont tomber à un moment où l’autre, mais tous les investisseurs aguerris le savent et ils attendent ce moment pour acheter à la baisse. La Caisse de dépôt, qui gère le Fonds des générations, a la responsabilité d’un portefeuille de 300 milliards $, une cagnotte beaucoup plus importante que les 13 milliards $ du Fonds des générations. Elle sait bien comment éviter une saignée de notre bas de laine collectif. Le Fonds n’est donc pas plus à risque que les 300 milliards $ de la Caisse.

Qui plus est, l’expérience des huit dernières années, de 2009 à 2016, démontre que le Québec a fait des profits importants avec les rendements du Fonds des générations malgré les frais d’intérêts sur le service de la dette. La mise à jour de novembre du ministère des Finances donne des rendements moyens de 9,4 % pour cette période, alors que le coût moyen des emprunts pour financer la dette n’était que de 3,3 %. Même en incluant dans ce calcul le rendement négatif de 22,4 % pendant la crise financière mondiale de 2008, la moyenne des rendements est demeurée plus élevée que le coût moyen des emprunts. Le Québec a donc fait de l’argent en investissant dans le Fonds des générations au lieu de l’appliquer immédiatement à la dette. 

Pourquoi modifier cette politique maintenant? Parce que les libéraux ne veulent laisser aucune marge de manœuvre à François Legault à l’approche de la campagne électorale. Ils veulent, dans leurs mots, «le forcer à gouverner» dans un contexte budgétaire plus serré pour limiter sa capacité de faire des promesses électorales.

La stratégie s’appuie notamment sur le fait que contrairement à toutes les élections précédentes, la Vérificatrice générale du Québec publiera un rapport sur l’état des finances publiques au mois d’août, juste avant le déclenchement de la campagne électorale. Il sera donc plus difficile, pour les partis, de faire des promesses électorales sans tenir compte du coût de leurs engagements. 

François Legault trône dans les sondages d’opinion depuis déjà plusieurs mois. Il devient donc la cible principale des autres partis politiques, et il le sait. Son principal défi est de ne pas commettre d’impairs dans les mois à venir, et surtout d’arriver à l’été avec un programme politique aussi crédible que réaliste. Comme tous les partis politiques doivent chiffrer le coût de leurs engagements pendant les campagnes électorales, il devient plus difficile de faire des promesses quand la marge de manœuvre dans les finances publiques n’est pas très grande. M. Legault est un comptable. Ça va l’aider, mais l’exercice sera d’autant plus difficile qu’il sera sous haute surveillance.