Dans la campagne électorale en Ontario, le NPD, dirigé par Andrea Horwath, constitue la seule menace à la formation d’un gouvernement conservateur sous la direction de Doug Ford.

Et si l’Ontario virait à gauche...

CHRONIQUE / Plus que deux semaines avant les élections en Ontario, et c’est le NPD d’Andrea Horwath qui constitue maintenant la seule menace à la formation d’un gouvernement conservateur sous la direction de Doug Ford. Ce virage impressionnant montre à quel point le dernier sprint d’une campagne électorale peut changer les choses et déjouer les prédictions.

Les forces en présence ne sont pas similaires à celles qui se feront la lutte au Québec le 1er octobre, mais la campagne ontarienne constitue un rappel important : il ne faut jamais tenir le résultat des sondages pour acquis. Jean-François Lisée a été le premier à s’en réjouir mardi. Il a déclaré qu’à l’exemple du NPD ontarien, la situation pourrait évoluer en faveur du PQ au Québec.

Le résultat des élections en Ontario sera suivi de très près dans les autres capitales au pays parce qu’il sera révélateur de l’humeur de l’électorat, et qu’il aura des conséquences pour tout le monde.

Pour le gouvernement Trudeau, le pire scénario serait la victoire de Doug Ford. Un tel événement serait annonciateur de litiges importants entre les deux paliers de gouvernement à 16 mois des élections fédérales, au moment même où les conservateurs fédéraux d’Andrew Scheer sont en remontée dans les sondages au pays et même au Québec. De plus, une victoire de M. Ford serait suivie d’une contestation en règle de la politique environnementale de Justin Trudeau contre les changements climatiques. Un échec du premier ministre sur cette question, associée à l’impasse qu’il semble incapable de dénouer entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, pourrait lui coûter ses élections.

Pour le gouvernement du Québec, la situation est moins évidente. On peut penser qu’un gouvernement Couillard aurait de meilleures relations avec l’Ontario sous la gouverne de la néo-démocrate Andrea Horwath. Même chose pour Jean-François Lisée. Il est plus difficile de deviner quelle serait la préférence de François Legault. La Coalition avenir Québec (CAQ) est davantage associée à la droite. Mais comme son nom l’indique bien, il s’agit d’une coalition dont la diversité des intérêts se prêterait mal à un virage aussi radical que celui proposé aux Ontariens par Doug Ford.

Ce qu’il y a de plus fascinant dans la situation actuelle, c’est de constater à quel point le désir de changement dans les deux provinces risque de les mener dans des directions opposées. Au cours des 15 dernières années, les législatures du Québec et de l’Ontario ont été dirigées presque sans arrêt par des gouvernements libéraux. Mais en 2018, le changement souhaité par l’électorat pourrait être incarné par le NPD en Ontario, et la CAQ chez nous. À moins que Doug Ford ne maintienne l’avance des conservateurs…

Peu importe les résultats d’un côté et de l’autre de la rivière des Outaouais, l’influence du «Canada central», dont parlait Jean Charest en traitant de l’axe Québec-Ontario, devra être redéfinie. Sous Stephen Harper et à la faveur des prix élevés du pétrole, l’Alberta avait gagné en prestige et en influence à Ottawa et au sein du Conseil de la fédération. Mais la chute du prix de l’or noir sur les marchés a favorisé ensuite les entreprises manufacturières de l’Ontario et du Québec. La résistance à la construction de nouveaux pipelines pour exporter le pétrole des sables bitumineux a accentué les difficultés économiques de l’Alberta.

La fin du régime de Stephen Harper et la victoire de Justin Trudeau a également marqué un retour à Ottawa des politiciens du «Canada central». Mais les élections à Queen’s Park et à Québec laissent entrevoir des changements majeurs qui pourraient modifier l’équilibre des pouvoirs au sein de la fédération canadienne.