Le chef du Parti libéral Philippe Couillard en entrevue avec notre chroniqueur Gilbert Lavoie, mercredi

Entrevue avec Couillard: oui au populisme, pas celui de Legault

CHRONIQUE / J’ai rencontré Philippe Couillard après son point de presse à l’Université Laval. L’affaire Guy Ouellette avait volé la vedette, au détriment de son annonce politique de la journée. Son bureau avait logé un appel chez Ouellette pour réclamer des explications, mais en vain. À cinq jours des élections où il doit faire le plein de toutes ses circonscriptions, le chef libéral a été bien obligé de dire que Ouellette avait encore sa confiance, même si son entourage cachait mal sa colère contre le député.

Comment passer son message avec de telles distractions? «Il faut rester concentré et le répéter à chaque fois qu’on a la chance» m’a répondu M. Couillard. «À chaque jour, j’ai fait des points de presse dont certains ont duré une heure et quart. Je n’ai pas vu M. Legault faire ça souvent».

Au cours des dernières semaines, le premier ministre répète qu’il demande «un deuxième mandat». Ses adversaires insistent sur les 15 années du régime libéral. «Je pourrais bien dire que M. Legault est en politique depuis plus longtemps que moi, il est arrivé en 98, rétorque M. Couillard. Alors pour moi, c’est un deuxième mandat comme premier ministre».

Il ne voit pas une montée du «populisme» dans la défaite des libéraux en Ontario et leurs difficultés au Nouveau-Brunswick. «Le populisme, si c’est parler au peuple, s’occuper du peuple, on fait tous ça. Pour moi, la mauvaise forme de populisme, c’est dire n’importe quoi aux gens. On prend un enjeu comme celui des Premières nations pour dire : c’est très simple, je vais faire la paix des braves. Ça sonne bien, mais dès que tu grattes un peu la surface, y a rien là-dedans. Ça c’est le populisme.»

Il signale que la montée du discours populiste dans le monde est tout aussi associée à la droite qu’à la gauche. «Dans un cas c’est pour répondre à un sentiment d’aliénation, et dans l’autre c’est sur le mauvais partage des bénéfices». Il refuse donc de faire porter une étiquette de droite à François Legault. Il répond que sur les questions budgétaires, les trois principaux chefs «sont pas mal tous dans le même univers», alors que dans l’immigration, ce n’est pas le cas.

Il explique la montée de Québec solidaire par l’aspect «sympathique» de sa porte-parole. «J’ai trouvé Mme Massé très courageuse au débat en anglais. Elle a très bien fait ça. Elle défend ses points de vue. Maintenant est-ce qu’ils sont réalistes? Non».

M. Couillard voit la recherche d’une plus grande égalité et de moins d’inégalités dans les sociétés occidentales. «Lorsqu’on a un discours qui, dans le cas de Québec solidaire, est largement basé là-dessus, nécessairement c’est attrayant. Mais lorsqu’on l’analyse, ça ne va plus, notamment sur le plan des finances publiques».

Le chef du PLQ reconnaît qu’il aurait pu miser davantage sur la lutte aux changements climatiques «parce que là-dessus, notre dossier est très bon». Il rappelle l’appui de ses homologues provinciaux à Déclaration de Québec en 2015, l’entente avec la Californie sur le Marché du carbone, sa participation à la conférence de Paris et à celle de Marrakech, la contribution financière du Québec à des projets dans les pays du sud, au Fonds global pour le climat, et le dossier d’Anticosti. «Est-ce que mon dossier est parfait? Non, mais il est meilleur que bien du monde».

Quand on lui signale que la cimenterie de Port Daniel est un gros producteur de gaz à effet de serre, il répond qu’elle sera «un succès climatique» lorsqu’elle passera de l’utilisation du charbon à celle de la biomasse forestière. 

Interrogé sur la Santé, le chef libéral répond qu’on a «taxé le personnel…pas financièrement… parce qu’une réforme comme celle qu’on a vécu, c’est lourd et qu’il fallait continuer à donner des soins 24 heures par jours». Il estime donc qu’il faudra s’occuper de la qualité de vie du personnel, au travail. Il ajoute que la création d’une agence ou d’une société d’État pour régir la Santé permettrait davantage de transparence et d’imputabilité, en plus de «retirer l’intervention politique des décisions et des opérations quotidiennes».

Rappelant sa propre expérience à la tête de ce ministère, il ajoute que «le premier à être questionné s’il y a un enjeu quelque part, ça ne devrait pas être le ministre de la Santé qui n’a aucune idée de ce qui est arrivé dans tel hôpital, comme cela m’est arrivé régulièrement».

Philippe Couillard terminera-t-il son mandat s’il perd le pouvoir? Il réplique qu’il veut vraiment faire un deuxième mandat «pour que le Québec reste sur son élan. Je réponds la même chose partout : mon seul scénario, c’est une victoire électorale».

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CE QU'IL A DIT

Comment Philippe Couillard passe son message avec de telles distractions, comme celle de l’affaire Guy Ouellette? «Il faut rester concentré et le répéter à chaque fois qu’on a la chance», a-t-il répondu.

La vie après la politique

«On ne sait jamais ce qui arrive. Les vies sont faites de détours insoupçonnés. La mienne en est un exemple. […] Si je suis en santé, j’aimerais continuer à avoir de l’impact dans une organisation, et si possible, avec un rôle international. Mais comment tout ça va arriver, je ne le sais pas, je n’ai pas de plan pour ça.»

Sa région

«Je défie quiconque de montrer un meilleur bilan pour la région et ma circonscription. Et je ne me cache pas pour dire que j’ai utilisé mon poste de premier ministre. J’ai appris ça de Jean Chrétien qui disait :  “Oui, je m’occupe de la Mauricie, et alors?”»

Son avenir en région

«J’adore la vie en région rurale et j’aime le monde là-bas. Je souhaite y demeurer tout le reste de mes jours, mais je ne sais pas ce que la vie va m’apporter au cours des prochaines années. Mais je suis très attaché à ça… Ça fait 10 ans qu’on est là.»

La santé

«Dans 30 ans, il y aura encore des questions à l’Assemblée nationale sur la santé. Pourquoi le ministre ne fait rien? Pourquoi le ministre tolère ça? Ça ne changera pas.»