Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a soulevé que Philippe Couillard a été incapable de retenir dans sa région la famille syrienne qu’il avait parrainée avec son épouse en 2015.

«Cheap shot» M. Legault

CHRONIQUE / François Legault et Philippe Couillard ont croisé le fer sur l’immigration mardi. Les deux réagissaient à la demande de Régis Labeaume qui souhaite la venue de 5000 immigrants par année pour répondre aux besoins de main-d’œuvre de sa ville.

François Legault veut diminuer les seuils actuels d’immigration, et il promet de consacrer plus d’énergie à l’intégration et à la francisation des nouveaux arrivants. Philippe Couillard l’accuse de ne pas tenir compte des besoins de main-d’œuvre au Québec et de mettre l’économie en danger. Ce à quoi Legault répond que le premier ministre n’a pas de leçons à donner, puisqu’il a été incapable de retenir dans sa région la famille syrienne qu’il avait lui-même parrainée avec son épouse en 2015.

C’est un mauvais argument parce que ça n’a rien à voir, et c’est de très mauvais goût. Critiquer un geste de générosité de son adversaire à des fins partisanes, c’est un cheap shot, surtout de la part de quelqu’un qui n’a pas démontré une telle générosité.

La déclaration maladroite de M. Legault sur le sujet m’a rappelé l’explication de son absence au défilé de la Fierté. «Si je suis élu premier ministre, je serai au défilé l’an prochain», a-t-il déclaré. Ça veut dire que s’il n’est pas élu il n’y sera pas? Pas fort comme réponse… 

Retour sur le cas des Syriens : la famille parrainée par Philippe Couillard a quitté le Saguenay–Lac-Saint-Jean pour aller vivre à Montréal. Si M. Legault croit qu’il aurait pu convaincre ces réfugiés de demeurer en région avec ses politiques de francisation et d’intégration, il devrait rencontrer les gens de Saint-Ubalde, dans Portneuf, qui ont vécu la même expérience. L’accueil de Saint-Ubalde pour une famille syrienne a été d’une telle ampleur qu’elle a fait l’objet d’un documentaire et de reportages dans les grands médias montréalais. Logement gratuit, aide au transport pour les cours de francisation, rien n’a été ménagé. Malgré tout, le couple a quitté Saint-Ubalde au printemps pour la région de Montréal. L’un des responsables du comité d’accueil a expliqué que même ses enfants avaient quitté le village pour aller étudier et travailler ailleurs. Devant un tel constat, comment peut-on reprocher à des réfugiés isolés dans une petite communauté de répondre à l’appel d’amis ou de parents qui les attendent dans une grande ville? J’ai trouvé ça très généreux comme réponse de la part des gens de Saint-Ubalde. 

Les efforts de ces gens n’ont pas été inutiles. Ils ont aidé ces réfugiés durant leur première année ici, un moment très difficile pour tous les nouveaux arrivants. Le couple syrien qu’ils ont accueilli est reparti beaucoup mieux outillé pour faire sa place au Québec.

Pour Philippe Couillard, le départ des Syriens qu’il a parrainés soulève une question : peut-être faudrait-il accueillir plus d’une famille à la fois dans une région, afin de briser leur isolement et de contrer ainsi leur exode vers les grandes villes. C’est peut-être une avenue, et ça mérite réflexion. Mais ce qui importe, dans ce débat, ce n’est pas de savoir qui a raison sur le nombre d’immigrants à accueillir dorénavant. C’est de connaître les améliorations très concrètes que les partis politiques comptent apporter aux mesures actuelles pour intégrer ces gens.

Ne serait-ce que pour des raisons économiques, c’est très important. Selon le ministère de Finances, les immigrants ont occupé 250 200 nouveaux emplois créés de 2006 à 2017. C’est plus de la moitié emplois créés pendant cette période. C’est dire l’importance de l’immigration dans l’économie du Québec. C’est dire aussi l’urgence de trouver de nouveaux moyens pour faciliter encore davantage leur intégration chez nous.