Chronique

Mes clins d'œil de la semaine

Règlement de compte

Les campagnes électorales opposent des candidats. C’est parfois très courtois, parfois moins... S’il est une campagne qui ne le sera pas en septembre, c’est celle de Sonia Lebel, l’ex-procureure de la commission Charbonneau, pour la CAQ dans Champlain. 

Champlain, c’est la Mauricie, le domaine de Julie Boulet, la ministre et députée de Laviolette. C’est Mme Lebel qui a torturé Julie Boulet devant la commission Charbonneau. La ministre en est sortie humiliée. Alors vous comprenez qu’elle sera très présente dans Champlain, pour aider son collègue libéral Pierre Michel Auger à démoniser Sonia Lebel. Elle a déjà commencé cette semaine, en déclarant que Mme Lebel n’est pas sympathique. Si elle dit ça en public, imaginez ce qu’elle dira en privé…

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L’ami Legault

S’il est vrai qu’on se méfie un peu de François Legault, à Ottawa, le chef caquiste a gagné des points cette semaine au bureau de Justin Trudeau. Il a ridiculisé la facture de 146 millions $ de Québec au fédéral pour l’accueil des migrants irréguliers en 2017. «Ce qu’on dit dans cette demande, c’est que le Québec est à revoir l’évaluation des coûts. Comment voulez vous avoir un chèque quand vous dites qu’on est en train d’évaluer les coûts? Ce n’est pas sérieux». 

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Martine applaudie au PQ

Martine Ouellet n’en croyait probablement pas ses oreilles jeudi: les péquistes l’ont bruyamment applaudie au Salon bleu. Mme Ouellet est intervenue en plein milieu d’une querelle entre le PQ et Québec solidaire sur la participation des élus à l’étude des crédits. 

Québec solidaire veut se présenter à son gré à toutes les commissions qui font ces études. Le PQ fait valoir que cette demande va à l’encontre d’une entente conclue dans le passé sur l’étude des crédits. Le président Jacques Chagnon ne savait plus trop quoi faire. Ce qui a amené Martine Ouellet à lui demander de se brancher, sous les applaudissements de ses anciens collègues péquistes.

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Gaspillage

Croyez le ou non, cette querelle entre le PQ et Québec solidaire a duré 42 grosses minutes au Salon bleu jeudi, avant la période de question. Une longue séance de chialage qui aurait du se régler au sein d’un petit groupe de travail. À la place, on a gaspillé le temps des 125 députés ou ministres, qui avaient sans doute fort à faire ailleurs. Si le PQ et Québec solidaire trouvent le moyen de se quereller sur un si petit enjeu, imaginez ce qui nous attend pendant la campagne électorale.

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J’m’excuse…

Le député caquiste Simon Jolin-Barrette demande au gouvernement de voir à ce que l’on puisse s’excuser dans le cadre d’un litige civil, sans entraîner notre responsabilité et sans admettre sa faute. Il a déposé un projet de loi à cet effet mercredi. Selon lui, la situation actuelle fait que les gens ne se parlent pas, alors que les poursuites au civil ont parfois pour but de faire reconnaître que l’autre partie a commis une faute.

Pas fou comme idée. Sa proposition règlerait également bien des conflits à l’Assemblée nationale si nos parlementaires faisaient preuve d’humilité et reconnaissaient leurs torts lorsque c’est le cas.

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Petit détail, gros problème

Quarante pour cent de la production d’électricité en Alberta se fait à partir du charbon. C’est ce qu’il y a de plus polluant lorsqu’on parle de gaz à effet de serre. Or dans l’entente conclue avec le gouvernement fédéral pour lutter contre les changements climatiques, la province s’est engagée à mettre fin à cette utilisation du charbon d’ici 2030. 

Le problème, c’est que cette entente risque de tomber si le projet de pipeline Kinder Morgan est abandonné… Plus encore, le conservateur Jason Kenney pourrait prendre le pouvoir aux élections de 2019, et abolir la taxe sur le carbone. 

C’était facile pour Justin Trudeau de sauver la planète à la conférence de Paris sur les changements climatiques. Ce l’est beaucoup moins sur le plancher des vaches…

Chronique

Vu de Québec et vu d’Ottawa

CHRONIQUE / La querelle opposant Québec et Ottawa sur la gestion des migrants irréguliers a démontré une fois de plus la faiblesse des communications entre les politiciens des deux capitales. Elle m’a rappelé de vieux souvenirs…

J’ai vécu et travaillé 11 ans à Ottawa, dont trois au bureau de Brian Mulroney, et je suis à Québec depuis 1994. Je me souviens encore à quel point, vu de la capitale fédérale, les dossiers politiques du Québec semblaient loin. Quand on dirige un pays comprenant 10 provinces et deux territoires, dans une géographie aussi variée et immense, il est souvent difficile de voir venir les enjeux épineux en provenance des autres paliers de gouvernement.

Depuis que je suis à Québec, je constate le même phénomène, mais dans le sens inverse. Vu d’ici, l’appareil bureaucratique du gouvernement canadien est d’une lenteur remarquable et, parfois même, d’une hostilité mal dissimulée à l’endroit des revendications provinciales. Le dossier de la Davie nous en a fourni un bon exemple. Celui des migrants irréguliers nous en a offert un autre.

Vu d’Ottawa, les provinces et tout particulièrement le Québec sont toujours en mode revendication. Plus on leur en donne, plus elles en demandent. C’est la raison pour laquelle Stephen Harper n’était pas friand des rencontres de groupe avec ses homologues provinciaux. Justin Trudeau a promis une approche plus collégiale, mais si le passé est garant de l’avenir, ses belles intentions ne tiendront pas très longtemps.

La querelle de la dernière semaine sur les migrants a été exacerbée par la sortie de Jean-Marc Fournier contre l’intention de Justin Trudeau d’imposer le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan à la Colombie-Britannique. Imaginez un peu la réaction de Québec si le gouvernement fédéral venait mettre son nez dans les controverses entourant le tracé des lignes d’électricité d’Hydro-Québec. Ce serait un tollé! C’est la réaction qu’a eu le bureau de Justin Trudeau à l’ingérence de Jean-Marc Fournier dans le dossier de Kinder Morgan. «De quoi se mêle-t-il?» a-t-on dit à Ottawa. 

Même si le Québec a vu, dans ce dossier, la possibilité qu’Ottawa crée un précédent et adopte un jour la même attitude sur un projet de pipeline au Québec, il reste que l’intervention de Jean-Marc Fournier a été perçue comme une ingérence sur un sujet qui ne le regardait pas.

Et pour en remettre, voilà que le même Fournier a participé lundi aux côtés de trois autres ministres du gouvernement Couillard, à une conférence de presse sermonnant Ottawa sur les migrants irréguliers. Dans un contexte normal, un seul ministre aurait suffi. Mais quatre? 

Vu d’Ottawa, c’était une attaque en règle, visant essentiellement à montrer les muscles en vue de la prochaine campagne électorale. Vu de Québec, c’était un moyen de pression puissant pour sortir le fédéral de sa léthargie. Une stratégie similaire à celle utilisée dans le dossier de la Davie, quand Philippe Couillard est allé manifester avec les employés de l’entreprise pour réclamer la part du Québec dans l’octroi des contrats fédéraux aux chantiers maritimes.

Il y aura toujours des tensions de cette nature entre les deux capitales. C’est inévitable, surtout quand les ministres fédéraux concernés, tel M. Ahmed Hussen, sont peu familiers avec le Québec et ne parlent pas français. C’est le genre de situation où le bureau du premier ministre et les membres francophones du cabinet doivent suppléer, comme l’a fait Marc Garneau mercredi soir lors de sa rencontre avec David Heurtel. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant? Parce qu’il est ministre des Transports et qu’il a beaucoup d’autres dossiers à traiter un peu partout au pays. Simple comme ça…

Chronique

Un dossier explosif

CHRONIQUE / Le gouvernement Trudeau a déjà un énorme litige sur les bras avec le pipeline de Kinder Morgan dans l’ouest du pays. La dernière chose dont il a besoin, à 17 mois des élections fédérales, c’est d’une querelle en règle avec le Québec sur les migrants irréguliers. Parce que si le dossier du pétrole est explosif dans l’ouest, celui de l’immigration illégale le sera doublement au Québec cet été, à l’approche des élections.

Mercredi matin, le premier ministre Couillard a haussé le ton sur le sujet. Ce n’est pas dans ses habitudes. À Ottawa, dans les coulisses gouvernementales, on a aussi manifesté de la frustration. «Le Québec réclame 146 millions $ mais il n’a même pas détaillé sa facture» m’a-t-on fait valoir.

Un rappel des faits s’impose : le 21 mars, le ministre québécois David Heurtel écrit à son homologue fédéral Ahmed Hussen, pour lui rappeler la hausse de 700 % du nombre de demandeurs d’asile en 2017, et le fardeau qu’un tel flux impose sur les services d’accueil et les finances de la province. M. Heurtel demande «de convenir d’un processus de compensation valable pour les années à venir». En ce qui a trait aux frais encourus pour l’année budgétaire 2017-2018, le ministre indique que le gouvernement est à revoir son évaluation des coûts «en fonction du nombre d’arrivées réelles et non plus estimées». Le ton de la lettre et les arguments invoqués étaient raisonnables.

La surprise, c’est que la réponse du ministre Hussen n’est arrivée que mardi soir à 21 heures, par courriel. Près d’un mois plus tard. Compte tenu de l’urgence de la situation, le délai est surprenant et maladroit. En fait, la réponse d’Ottawa a été motivée par la conférence de presse de lundi des ministres David Heurtel, Jean-Marc Fournier, Sébastien Proulx et Lucie Charlebois. Le gouvernement Trudeau y a vu une stratégie des libéraux québécois pour se faire du capital politique sur le dos du fédéral. 

C’est vrai que le gouvernement Couillard ne voulait pas être doublé par la CAQ dans ce dossier. Mais ce qui est tout aussi vrai, c’est que les libéraux ne veulent plus jouer dans le même film que l’été dernier, alors qu’ils ont assumé la responsabilité du fédéral dans cette affaire, et qu’ils en ont subi les dommages politiques. Ils ont donc décidé, cette année, d’y aller de façon préventive afin de forcer le gouvernement canadien à assumer toutes ses responsabilités. Dans sa réponse à David Heurtel, le ministre fédéral Ahmed Hussen s’étonne de constater que le nombre de lieux d’hébergement temporaires pour ces migrants, qui était de 13 l’été dernier, n’est plus que de 4. Il ajoute que cela risque d’entraîner une situation humanitaire inacceptable. «Nous devons éviter de causer des souffrances indues aux familles en quête de protection», ajoute M. Hussen.

Il est inexact de dire que le Québec avait 13 lieux d’hébergement temporaires l’été dernier, alors qu’il a fallu utiliser des écoles, des hôtels et même le stade olympique pour loger tous ces gens. Le gouvernement canadien ne peut tout de même pas demander au Québec de transformer à nouveau ses écoles et ses installations sportives en centres d’accueil pour migrants irréguliers. Visiblement, le ministre Hussen n’a pas compris l’urgence de ce qui se prépare sur le chemin Roxham. 

Le premier ministre Trudeau risque de perdre des députés dans l’ouest à cause de la querelle sur Kinder Morgan. S’il veut «se refaire» au Québec, il doit mettre une priorité sur la situation à nos frontières. Et cela, même si le gouvernement Couillard fait un peu de politique sur le sujet. Après tout, ce sont des politiciens, c’est un dossier politique, et les élections s’en viennent…

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Québec fait la morale à Ottawa

CHRONIQUE / Le gouvernement Couillard hausse le ton à l’endroit de Justin Trudeau. Faut-il y voir un signal préélectoral, un peu d’Ottawa «bashing» pour redorer le blason nationaliste du PLQ?

Samedi, c’est le ministre Jean-Marc Fournier qui a fait la morale aux grands frères libéraux, en publiant une lettre pour les mettre en garde contre une action unilatérale dans le projet de pipeline de Kinder Morgan en Colombie-Britannique. Lundi matin, c’est le ministre de l’Immigration, David Heurtel, encadré par M. Fournier et deux autres collègues, qui a pris la relève et réclamé que le gouvernement canadien assume ses responsabilités dans l’accueil des migrants sur le territoire québécois.

Ce n’est pas la première fois que ça se produit, mais disons qu’on n’a pas l’habitude de telles interventions sous Philippe Couillard. Le premier ministre nous avait plutôt habitués à régler ses litiges dans la discrétion et la bonne entente. Par opposition, Jean Charest nous avait habitués à le voir croiser le fer de temps à autre avec le fédéral, surtout à l’approche des échéances électorales. Il faut dire qu’il en avait plus souvent l’occasion, à cause des politiques de Stephen Harper qui n’étaient pas bien reçues au Québec.

Ces sorties publiques de l’administration Couillard ne sont pas les seules. En janvier, la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, a écrit à son homologue fédérale, Catherine McKenna, pour revendiquer, au nom du Québec, le pouvoir d’évaluer seule les projets de compétence fédérale sur son territoire. Que l’on parle d’installations portuaires, aéroportuaires, ou d’infrastructures pétrolifères, le Québec revendique une véritable collaboration entre les deux paliers de gouvernement, et c’est normal. Ce qui m’a surpris, toutefois, c’est de voir le ministre Fournier mettre son grain de sel dans un différend à l’autre bout du pays. Si au moins il avait traité des conséquences environnementales du pipeline, j’aurais compris. Mais il a traité du dossier sous l’angle constitutionnel et des relations fédérales-provinciales.

Visiblement, les libéraux ne veulent pas voir François Legault endosser seul le veston nationaliste de la défense des intérêts du Québec au Canada.

La mémoire courte

Selon un sondage Léger Marketing publié en fin de semaine, les gens estiment que Robert Bourassa (26%) a été le meilleur premier ministre du Québec au cours des 25 dernières années. Lucien Bouchard (22%) serait le deuxième meilleur, suivi de Jacques Parizeau (17%), Jean Charest (10%), Pauline Marois (7%) et Philippe Couillard (7%). C’est drôle, ne trouvez-vous pas? Plus ça fait longtemps que vous avez gouverné, plus on vous aime… Les deux seules exceptions à ce constat sont Bernard Landry et Daniel Johnson. 

C’est vrai qu’on apprécie Robert Bourassa de nos jours. Le cancer qui l’a emporté en 1996 a ému tout le Québec, à un point tel qu’on lui a souhaité bonne chance à la fin d’un Bye bye à Radio-Canada. On a oublié à quel point il a été vilipendé et accusé de tous les maux de la planète avant de perdre le pouvoir aux mains de René Lévesque en 1976. Et Lucien Bouchard, vous pensez qu’on l’aimait lorsqu’il a cassé la grève des infirmières en 1999? Et M. Parizeau? On l’appréciait tellement qu’il a été obligé de se tasser derrière Lucien Bouchard pendant la campagne référendaire de 1995. Il n’a fait que 15 mois à ce poste et il aurait été l’un des meilleurs premiers ministres? 

La mémoire est une faculté qui oublie. Jean Charest, Pauline Marois et Philippe Couillard auront probablement eux aussi une meilleure place dans l’histoire, quand les gens auront oublié...

Chronique

L’équipe du changement

CHRONIQUE / Ça m’a sauté aux yeux, comme une grosse verrue sur le menton : «L’équipe du changemen», avec cette belle coquille sur un communiqué de presse annonçant le congrès annuel de la Coalition avenir Québec, les 26 et 27 mai à Lévis. L’erreur ne venait pas du parti, et elle a été corrigée rapidement.

Je suis mal placé pour blâmer qui que ce soit. Il nous arrive tellement souvent, à nous journalistes, d’échapper de telles erreurs dans nos textes. On a beau se lire et se relire, l’œil et le cerveau nous jouent des tours. Si je mentionne le communiqué en question, c’est pour démontrer à quel point l’erreur est humaine et inévitable à la vitesse à laquelle roulent nos institutions. Si on oublie un T sur le changement, imaginez à quel point on peut oublier ce même T, une fois au gouvernemen(t).

Retour donc à «l’équipe du changement», le slogan que la Coalition avenir Québec oppose à la publicité libérale «Ensemble, on fait avancer le Québec». 

J’imagine que pour les faiseurs d’image du PLQ, faire avancer le Québec implique aussi du changement, mais c’est un peu long comme slogan. «L’équipe du changement», c’est simple et ça répond sans détour au souhait de changement de l’électorat. C’est un peu comme le «Make America Great Again» de Donald Trump. C’est court, et ça entre au complet sur une bannière électorale ou un autobus de campagne.

Le grand défi de François Legault sera de mettre de la substance sur son slogan. C’est toujours difficile pour un parti d’opposition, qui n’a pas les outils de l’équipe gouvernementale. On voit déjà, par exemple, que les libéraux feront de la mobilité durable l’un des chapitres importants de leur campagne électorale. Ils savent qu’il est inutile d’invoquer leur bilan et le retour à l’équilibre budgétaire. Ce serait ouvrir la porte à un nouveau débat sur l’austérité. 

François Legault a déjà indiqué qu’il ne montrera pas son jeu trop tôt, par crainte de se faire voler ses idées par les libéraux. N’empêche que sa baisse légère de popularité, annoncée cette semaine par la firme Léger Marketing, lui a mis une certaine pression. Il attendait visiblement une question sur le sujet à son point de presse de mercredi. Je vous livre sa réponse en vrac.

«Un gouvernement de la CAQ va doubler, tripler le rôle d’Investissement Québec pour augmenter les investissements privés des entreprises au Québec. Deuxièmement, la CAQ va investir 700 millions $ pour réduire les taxes scolaires pour qu’on ait un taux de taxe scolaire qui soit le même partout au Québec. Un gouvernement de la CAQ va mettre en place des maternelles quatre ans pour tous les enfants au Québec, alors qu’actuellement il y a seulement 5 % des enfants qui ont accès à la maternelle quatre ans. Un gouvernement de la CAQ va ajouter cinq heures par semaine dans toutes les écoles secondaires. Un gouvernement de la CAQ va renégocier le contrat avec les omnipraticiens pour changer le mode de rémunération pour qu’il y ait une réelle prise en charge des patients. Un gouvernement de la CAQ va renégocier le contrat avec les (médecins) spécialistes parce qu’actuellement, on leur donne 1 milliard $ de trop. Commençons par digérer ça. Il va s’ajouter d’autres propositions, mais il y a déjà beaucoup de propositions de la CAQ sur la table».

Il y a effectivement beaucoup de matière dans cette réponse, mais il y a aussi des implications budgétaires. Le débat à venir portera sur le financement de telles mesures. C’est un classique en campagne électorale. M. Legault a déjà collaboré à la rédaction d’une sorte de «budget de l’an 1» d’un Québec indépendant en 2005. Son expérience et sa formation de comptable seront mises à contribution cette année, et soumises à l’épreuve des chiffres.

Chronique

Mes clins d’œil de la semaine

La sagesse de Parizeau…

«Des morts, on ne dit que du bien», m’a déclaré Jacques Parizeau en 2009, lorsque je lui ai demandé ses souvenirs d’un ancien adversaire politique qui venait de décéder. Il ne pouvait mieux dire. Cette semaine, les partis d’opposition se sont apitoyés sur le sort fait à l’ancien ministre libéral Jacques Daoust, à la suite de la publication de son «testament politique». M. Daoust y réitère son opposition à la vente de Rona qui aurait été autorisée dans son dos par son chef de cabinet, à la demande du directeur de cabinet du premier ministre. Le plus ironique, c’est que M. Daoust s’était fait traiter de menteur par les mêmes partis d’opposition lorsqu’il a tenu des propos similaires de son vivant. Comme l’a dit M. Parizeau, «des morts…»

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Chronique

Nos amis Terre-Neuviens

Pendant que l’Alberta et la Colombie-Britannique sont à couteaux tirés sur le pétrole, le Québec et Terre-Neuve signent une entente de coopération pour la mise en valeur de la fosse du Labrador et le prolongement des infrastructures routières vers leur frontière commune.

C’est dire à quel point les circonstances peuvent être favorables ou défavorables à la collaboration avec nos voisins immédiats. Et c’est dire aussi à quel point il est important de profiter de circonstances favorables pour faire avancer les dossiers difficiles. C’est le cas actuellement pour les gouvernements de Philippe Couillard et de Dwight Ball.

Pourtant, les deux provinces se sont affrontées et s’affrontent encore devant la Cour suprême sur le contrat de 1969 concernant l’électricité de Churchill Falls. Une décision finale de la Cour suprême est attendue au mois de juin. Mais peu importe cette décision, les deux provinces seraient gagnantes si elles parvenaient à régler ce vieux litige dans le cadre d’une nouvelle entente sur l’électricité. 

Terre-Neuve-et-Labrador vit une catastrophe financière depuis la mise en chantier du projet hydroélectrique des chutes Muskrat, dont les coûts ont explosé à 12,7 milliards $. Son projet d’exporter cette électricité jusqu’en Nouvelle-Écosse par la voie d’un câble sous-marin ajoute aux coûts de cette entreprise. Le gouvernement de M. Ball a déclenché une enquête publique sur ce projet. Cette mauvaise aventure survient dans un contexte économique difficile causé par la baisse du prix du brut exploité par quatre plateformes pétrolifères au large de ses côtes.

Bref, Terre-Neuve-et-Labrador a besoin d’aide sous la forme d’une véritable collaboration avec le Québec, autant pour la vente de son électricité que de ses ressources minières. Et le Québec aurait tout à gagner d’une plus grande coopération avec sa voisine, comme c’est le cas avec l’Ontario.

Jeudi, le premier ministre Couillard a indiqué que même si le contrat de 1969 sur Churchill Falls se rend jusqu’en 2041, les compagnies minières qui songent à investir dans ces territoires demandent de connaître les tarifs à venir pour une période beaucoup plus longue. Ce qui pourrait commander le règlement du litige sur l’électricité des chutes Churchill.

Le sujet est complexe et nécessitera de longues négociations, mais est-ce plus complexe que le litige actuel entre l’Alberta et la Colombie-Britannique? Je ne crois pas.

L’entente de coopération sur la fosse du Labrador, signée par MM. Couillard et Ball, est le résultat de discussions entamées en juillet 2017. Elle permettra l’exploitation minière accrue d’un immense territoire de 1200 kilomètres. En vertu de cette entente, que le budget de mars dernier avait déjà laissé entrevoir, les deux provinces s’engagent à relier leur territoire par voie terrestre. Ce qui veut dire qu’il sera possible éventuellement de se rendre jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador en auto, en empruntant la route 138 sur la rive nord du Saint-Laurent. Un lien routier favorable au tourisme, qui permettra aussi de sortir le minerai du Labrador par le port de Sept-Îles. 

C’est un projet à long terme qui demandera une volonté politique soutenue. Les deux gouvernements seront en élections générales en 2018 au Québec et en 2019 à Terre-Neuve-et-Labrador. Leurs chances de réélection ne sont pas énormes.

Jeudi matin, c’est encore le débat sur le port des signes religieux qui a fait controverse et qui a été soulevé en priorité devant MM. Couillard et Ball. Je ne dis pas que c’est sans importance. Mais ça reflète bien l’ampleur démesurée que prend ce débat chez nous. Il me semble qu’entre les deux sujets, la nouvelle de la journée allait plutôt du côté de Terre-Neuve-et-Labrador.

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Le pétrole, d’un Trudeau à l’autre

CHRONIQUE / Il y a quelque chose d’ironique dans le fait qu’à part la crise d’octobre 70, le plus grand défi auquel a été confronté Pierre Elliott Trudeau frappe aujourd’hui à la porte de son fils, sous la forme du pipeline Trans Mountain de la compagnie Kinder Morgan. Le nom de Pierre Elliott Trudeau est encore honni dans certains milieux albertains à cause de sa politique énergétique nationaliste de 1981, qui a redéfini le partage des revenus pétroliers au profit d’Ottawa et au détriment de l’Alberta. Qu’en sera-t-il de Justin?

Le contexte n’est pas le même en 2018 : le gouvernement fédéral est du côté albertain sur ce projet de pipeline, qui vise à tripler l’acheminement de brut albertain vers la Colombie-Britannique et les marchés étrangers. Mais la situation est similaire dans le sens que Justin Trudeau se voit forcé de trancher entre les intérêts albertains où il n’a que trois députés, et ceux de la Colombie-Britannique, où il en a 18. C’est à la fois un problème politique et économique, où il est impossible de trancher la poire en deux ou de se croiser les bras.

En 1981, Pierre Elliott Trudeau avait penché du côté de l’Ontario et du Québec, les provinces où il avait le plus de députés. La solution n’est pas aussi simple pour Justin Trudeau : il s’est commis publiquement en faveur des intérêts albertains, mais personne ne voit comment il pourrait passer de la parole aux actes. Même si le gouvernement fédéral a autorisé ce pipeline et qu’il a les pouvoirs de l’imposer à la Colombie-Britannique, il ne peut rien contre les embûches administratives et les recours juridiques que pourrait invoquer la Colombie-Britannique pour retarder ce projet au point de le faire avorter. Et plus encore, M. Trudeau irait à l’encontre des communautés autochtones concernées…

Mais s’il parvient à surmonter ces obstacles, le premier ministre risque de perdre une partie de sa députation de la Colombie-Britannique aux prochaines élections. S’il doit admettre son incapacité d’agir, il perd la face devant l’Alberta et probablement l’appui de cette province à son programme de lutte contre les changements climatiques. Et plus encore, il perd la face devant la communauté des affaires qui appuie ce projet. On parle ici de revenus fiscaux de 46 milliards $ sur une période de 20 ans pour les gouvernements concernés. C’est énorme.

D’un point de vue strictement égoïste, ce projet de pipeline fait bien l’affaire du Québec : les pressions en faveur d’Énergie Est sont tombées. S’ils avaient à trancher entre un oléoduc sur leur territoire ou sur celui de la Colombie-Britannique, les Québécois n’hésiteraient pas un seul instant. Les dangers pour nos cours d’eau et notamment le fleuve Saint-Laurent sont beaucoup trop grands.

Mais si on se met dans la peau de nos concitoyens de la Colombie-Britannique, on comprend leur opposition. Imaginez si le gouvernement fédéral tentait de nous imposer Énergie Est de TransCanada...

Tout ça pour dire que le gouvernement canadien est aux prises avec un problème quasi insoluble, mais sur lequel il n’a pas le loisir de fermer les yeux. Justin Trudeau aura beau faire de beaux discours sur la bonne entente, l’Alberta et la Colombie-Britannique ont des positions irréconciliables sur un sujet que le premier ministre a qualifié «d’intérêt national». Tout ça, à 18 mois des prochaines élections fédérales, un délai trop court pour faire oublier une décision nécessairement impopulaire par l’une ou l’autre des deux parties. 

On le répète depuis longtemps : le Canada est un pays immense où il est difficile de réconcilier les différents intérêts régionaux. On en a la preuve, une fois de plus.

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Quand la politique devient une religion

CHRONIQUE / Je vous fais une confidence : si je n’étais pas chroniqueur politique, je pourrais vous signer un texte demain matin expliquant pourquoi je suis souverainiste. Et je pourrais vous en signer un autre vantant les vertus du fédéralisme. Je crois sincèrement qu’à l’exception des gens qui en font une religion, des milliers de Québécois se lèvent parfois sur un pied souverainiste, pour se coucher le soir dans le confort du fédéralisme. Tout ça au gré des frustrations ou des gratifications que nous apporte l’actualité quotidienne.

Pourquoi je vous raconte ça? À cause de l’importance qu’on a mis sur la souveraineté dans le débat entourant Vincent Marissal. Comme si c’était une question de foi religieuse ou un enjeu brûlant, ce qui n’est pas le cas. Ou ne l’est plus…

Mercredi dernier, que l’animateur de Day Break à CBC, Mike Finnerty, ait démoli Marissal sur ce point à son émission matinale de mercredi dernier. Je n’ai pas été surpris, parce que l’avenir du Québec au sein du Canada est demeuré une question d’actualité pour les anglophones. Mais pas chez les francophones… 

Malgré cela, nous avons réagi comme s’il s’agissait d’un enjeu quasiment religieux : tu es fédéraliste ou souverainiste, et il n’y a pas d’entre-deux. Faut choisir!

Ça m’a rappelé la politique des années 50 au Québec, quand on était chez les rouges ou chez les bleus pour la vie. Au Parti libéral ou à l’Union nationale. Dans ma campagne natale, près de Rimouski, le voisin de droite était libéral et celui de gauche unioniste. Quand les bleus étaient au pouvoir, c’est le voisin de gauche qui était cantonnier et qui avait le contrat d’entretien des chemins. Quand les libéraux ont pris le pouvoir, le contrat est passé au voisin de droite. C’était comme ça, à l’époque.

Or, c’est un peu comme ça que l’on se comporte quand on exige des gens qu’ils soient souverainistes ou fédéralistes à vie. On en fait une sorte de religion.

C’était peut-être inévitable sous René Lévesque ou en campagne référendaire, mais ce n’est plus le cas. Lucien Bouchard pourrait en témoigner : ministre conservateur sous Brian Mulroney, fondateur du Bloc québécois, et depuis très en retrait de l’option. Pierre-Marc Johnson a été chef du Parti québécois avant d’aller gagner sa croûte chez les fédéralistes. François Legault a été souverainiste avant de faire une croix sur le projet. Pourtant, il nous avait même calculé un surplus de 5 milliards $ pour l’État dans son étude de 2005 sur les finances publiques d’un Québec souverain. David Heurtel a été conseiller de Bernard Landry dans une autre vie avant de passer chez les libéraux. Bref, la liste des gens qui sont passés d’un camp à l’autre serait longue si on faisait une recherche exhaustive.

Je ne cherche pas ici à excuser la démarche de Marissal. Je constate simplement qu’il n’y a rien de bien surprenant dans le fait qu’il ait regardé à la fois chez les fédéralistes et les souverainistes dans sa recherche d’une nouvelle carrière. La situation serait différente si le Québec se dirigeait vers un autre référendum. Mais dans le contexte actuel où Martine Ouellet est quasiment seule à prêcher la république du Québec, la question nationale n’est plus un facteur déterminant

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Parlant de Martine Ouellet, je lui lève mon chapeau sur un point : elle n’abandonne pas facilement. Tout le monde demande sa tête, mais elle ne lâche pas. Si j’étais victime d’une telle salve de critiques et de commentaires désagréables, il y a longtemps que j’aurais trouvé refuge ailleurs, mais pas elle. Je ne crois toujours pas en ses chances de rebâtir le Bloc québécois, mais j’admire tout de même son courage dans l’adversité.

Chronique

Mes clins d’œil de la semaine

Le coté sombre de la force

Pas facile pour un journaliste de sauter la clôture pour se lancer du «coté sombre de la force». Il faut un certain temps pour comprendre qu’on n’est plus copain-copain avec les anciens collègues. Au cours de son entrevue avec Mario Dumont, mardi, Vincent Marissal est passé au tu et à toi avec l’animateur, parce que, a-t-il dit, on se connaît depuis tellement longtemps. Et qu’a fait Dumont? Il a continué de le vouvoyer, confirmant ainsi la distance qui venait de se créer entre les deux hommes. C’est comme ça aussi quand on devient patron dans une entreprise. Nos anciens collègues ne nous regardent plus de la même façon. C’est normal, mais ça fait mal.

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