Chronique

Mes clins d’œil de la semaine

Gaspillage de talent

Peu importe les résultats des élections au Québec, la santé sera encore l’un des chantiers les plus difficiles pour le prochain gouvernement. Il est dommage, dans ce contexte, de voir des partis présenter leurs candidats respectifs les plus versés en ce domaine dans la même circonscription. C’est le cas du directeur du service de neurologie du CHU Sainte-Justine, à Montréal, Lionel Carmant. Il sera candidat dans Taillon, sur la Rive Sud de Montréal, un comté détenu actuellement par la péquiste Diane Lamarre. Ancienne présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Mme Lamarre a été la critique du PQ en matière de santé depuis 2014, et elle connaît bien ses dossiers. Même si sa circonscription appartient au PQ depuis 40 ans, sa majorité n’a été que de 1372 voix aux dernières élections. Dans un monde idéal, le docteur Carmant et Mme Lamarre devraient tous deux se retrouver au Salon bleu au lendemain des élections, offrant ainsi un haut niveau d’expertise. Mais comme ils sont candidats dans le même comté, l’un des deux sera battu. J’appelle ça du gaspillage.

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Marceau et Leitão 

Parlant de talent, je salue la décision du député péquiste Nicolas Marceau, d’être à nouveau candidat aux prochaines élections. Il aurait été tellement plus confortable pour lui de retourner dans son monde universitaire… Mais son départ aurait créé un vide au sein de l’équipe péquiste qui aura grandement besoin de son expertise en matière de finances publiques. Après une longue période de réflexion, Marceau reste donc à bord du navire péquiste, même si le bateau prend l’eau depuis que la CAQ lui a volé beaucoup de passagers. Député de Rousseau depuis 2009, Nicolas Marceau est un politicien courtois et aimé de tous les parlementaires à l’Assemblée nationale. Tout comme Carlos Leitão d’ailleurs, le ministre des Finances, qui sera lui aussi candidat aux élections. Les deux hommes font partie de cette catégorie de politiciens qui incarnent bien ce qu’on appelle communément le service public.

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Question d’argent

Les néo-démocrates ont la réputation d’être dépensiers par rapport à des partis politiques comme les conservateurs. Mais pour dépenser, encore faut-il de l’argent. Or les reportages en provenance d’Ottawa font valoir que le parti de Jagmeet Singh est pauvre comme Job et qu’il ne parvient pas à remplir sa cagnotte électorale. À 15 mois des élections de 2019, c’est une très mauvaise nouvelle pour le NPD qui n’a obtenu que 9 % des voix à l’élection partielle de lundi dans Chicoutimi-Le Fjord. Selon le Globe and Mail, une campagne électorale décente coûte environ 40 millions $. Le NPD devra donc emprunter pour garnir sa caisse électorale, mais le risque fera que les taux d’intérêt demandés seront beaucoup plus élevés.

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Chronique

Le cannabis et les élections fédérales

CHRONIQUE / Après des mois de discussions avec les provinces et d’objections de la part des sénateurs, le gouvernement Trudeau a finalement obtenu le feu vert pour aller de l’avant avec la légalisation du cannabis. Fumer un joint n’est pas encore permis, mais il le sera à partir du 17 octobre. À 15 mois des prochaines élections fédérales, la légalisation du cannabis au pays a de bonnes chances d’être perçue comme le principal legs du gouvernement Trudeau.

Les débats des derniers mois ont démontré les avantages et les dangers liés à la légalisation de la consommation et de la production du cannabis. Mais une fois la décision politique prise et entérinée par les institutions concernées, le véritable défi du gouvernement canadien et des provinces sera de faire un suivi minutieux et attentif de son application.

Il serait naïf de croire que l’entrée en vigueur de cette législation ne causera pas de problèmes. L’idée maîtresse qui doit dicter le suivi à ce changement doit porter sur une réaction rapide aux mauvaises surprises. 

Les politiciens ont souvent l’habitude de passer à autre chose une fois leurs politiques adoptées. Ils attendent les rapports d’experts ou des vérificateurs pour corriger le tir, ce qui prend généralement beaucoup de temps. À Québec, c’est le prochain gouvernement qui verra à l’application et à la surveillance de la réglementation sur le cannabis. Comme la nouvelle équipe gouvernementale sera élue le 1er octobre, ses priorités seront ailleurs. Elles porteront notamment sur la composition du Conseil des ministres, et la préparation du prochain exercice budgétaire. Il faut du temps à un nouveau gouvernement pour se mettre en place et il en faudra davantage si c’est l’équipe de François Legault qui prend le pouvoir.

La situation n’est pas la même à Ottawa. Il s’écoulera une bonne année avant le rendez-vous électoral d’octobre 2019. Une année pendant laquelle la moindre anicroche liée à la légalisation du pot fera les manchettes et alimentera les critiques de l’opposition. Même si les municipalités et les provinces seront les premières instances à écoper, tout le monde saura que c’est d’Ottawa qu’est venue la décision de légaliser l’usage du cannabis au pays. Le gouvernement fédéral n’aura pas le loisir de s’en laver les mains sous prétexte que les problèmes soulevés ne sont pas de sa juridiction.

On l’a vu dès mercredi, la décision du gouvernement canadien a fait l’objet des manchettes dans toutes les grandes capitales. Le Canada est le premier pays du G7 à légaliser le cannabis. L’expérience canadienne sera donc suivie avec intérêt par la communauté internationale. Ce serait un bien mauvais signal s’il fallait que les problématiques en lien avec cette décision en viennent à prendre la vedette sur les objectifs de ce changement. S’il fallait par exemple que la légalisation ne parvienne pas à sortir le crime organisé de ce commerce. Ou encore que ce changement législatif ait comme résultat d’accroître considérablement la consommation chez nos jeunes, ou d’augmenter les tragédies routières.

C’est aux provinces et aux municipalités qu’il incombera d’accompagner ce changement, mais c’est vers Ottawa que les regards se tourneront pour voir si la légalisation du pot a été assortie des mesures préventives nécessaires pour en faire un succès.

La victoire des conservateurs dans l’élection complémentaire de lundi dans Chicoutimi–Le Fjord n’avait probablement rien à voir avec cette affaire. Mais elle a tout de même démontré que le Québec n’est pas acquis aux libéraux. À la lumière de ces résultats, il ne faudrait surtout pas que la mise en place de la légalisation du cannabis s’avère un désastre pendant sa première année.

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«Le député, c’est de la schnoutte!»

CHRONIQUE / Après 42 ans à l’Assemblée nationale, le doyen des élus, François Gendron, reproche aux médias d’avoir largement contribué à discréditer le rôle des députés. «Le député, c’est de la schnoutte» aux yeux des médias, a déclaré M. Gendron, dans une entrevue à La Presse canadienne. Selon lui, les médias sont coupables de ne pas inviter les élus à commenter l’actualité politique, et d’inviter à la place une horde de «commentateux» de tout acabit «qui polluent les ondes».

Je ne sais pas à qui en particulier M. Gendron faisait référence, mais ce n’est pas très gentil pour ses anciens collègues comme Rémy Trudel, Louise Beaudoin, ou Yves-François Blanchet, qui comptent parmi les nombreux «ex» de la politique qui sont régulièrement invités à commenter l’actualité.

Cela dit, M. Gendron a raison sur un point : il n’y a pas beaucoup de place pour les députés dans le paysage médiatique accaparé par les chefs de parti et les ministres du gouvernement. Et c’est vrai que l’espace-temps accordé au commentaire politique, depuis une décennie ou deux, a souvent été donné à des anciens politiciens qui prennent toute la place. Au lieu de rechercher l’expertise chez les députés, les recherchistes des médias se tournent souvent vers ces politiciens d’une autre époque, parce qu’ils sont disponibles et qu’ils sont censés savoir. 

Mais s’il faut partager les reproches de François Gendron, il faut aussi regarder du côté des élus. Leur problème, c’est que les partis politiques ne leur laissent pas beaucoup de liberté dans leurs relations avec les médias. Si vous appelez au bureau du député X ou Y, peu importe la couleur du parti, il y a de fortes chances qu’un apparatchik du bureau du chef vous rappelle pour savoir de quoi vous désirez causer. Et si le sujet est le moindrement controversé, le député se fera dicter une «ligne de presse» ou se fera dire de ne pas retourner l’appel. 

Quand vous avez gagné leur confiance, certains députés vont accepter de vous parler, à la condition que ce soit off the record. Mais ce n’est pas ainsi qu’ils vont se faire valoir ou se faire connaître du public.

Le fait est qu’il est très difficile pour la plupart des élus de traiter avec les journalistes. Certains en ont une peur bleue, d’autres sont maladroits, et les audacieux qui osent nous parler risquent de se retrouver en porte à faux avec les politiques officielles du parti ou de leur chef.

Il y a pourtant des exceptions à la règle. C’est là que les élus qui désirent être plus que de «la schnoutte» devraient prendre modèle. J’ai encore en mémoire le cas de l’ancien député libéral fédéral Jean-Claude Malépart au début des années 80. Ce n’était pas le plus éloquent ni le plus instruit, mais il avait une grande qualité, soit d’exprimer tout haut, même devant Pierre Elliott Trudeau, ce qu’il ressentait de la part de ses concitoyens. Il n’y avait pas de game politique avec lui, simplement l’expression franche et honnête de son opinion.

Plus près de nous, le caquiste Simon Jolin-Barrette a rapidement fait sa place auprès des médias en provoquant des rencontres et en affichant son ouverture. Ce n’est pas tout le monde qui a cette capacité et qui jouit d’une telle confiance, mais son cas démontre que c’est possible, à la condition d’y mettre le temps et les efforts. 

Ce n’est pas facile de communiquer efficacement dans le monde médiatique actuel, dominé par «les clips» de 10 ou 15 secondes. Des clips qui ne trouvent leur place dans les bulletins de nouvelles que si leur auteur place son parti ou le gouvernement dans l’embarras. Le reproche que François Gendron fait aux médias est donc partiellement mérité, mais il ne couvre qu’un côté de la réalité.

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Nous sommes tombés dans le panneau

CHRONIQUE / Le rapport de la Vérificatrice générale sur les allégations de collusion et de corruption faites par Annie Trudel à l’endroit de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Unité permanente anticorruption (UPAC) nous interpelle tous, élus, non élus et médias d’information. Nous vivons dans un monde surmédiatisé où la moindre dénonciation devient trop souvent vérité, avant même que les faits ne soient vérifiés. Un monde où les médias et les élus devraient s’informer davantage avant de tomber aussi rapidement dans le lynchage public.

Le cas d’Annie Trudel est troublant. En suivi au rapport de la commission Charbonneau, l’Assemblée nationale a adopté en 2012 une loi forçant les entreprises engagées dans un processus d’appel, à obtenir préalablement une autorisation de l’AMF. Or, selon Mme Trudel, ce processus d’autorisation aurait donné lieu à une collusion entre l’UPAC et l’AMF, visant à favoriser une firme de consultants qui conseillait les entreprises dans leurs démarches. 

C’était grave comme accusation, parce qu’elle visait des organismes chargés précisément de surveiller l’intégrité du suivi donné à la commission Charbonneau. D’autant plus grave que les propos de Mme Trudel ont trouvé écho dans tous les médias, jusqu’à la tribune de Tout le monde en parle.

L’ampleur de ces accusations a amené la vérificatrice à faire un audit particulier après des organismes concernés, à examiner l’information détenue par ces organismes, à questionner les firmes de services professionnels et les entreprises impliquées dans le processus d’autorisation. On y a consacré 5500 heures de travail!

Conclusion : «Nos travaux d’audit n’ont pas permis de confirmer la présence d’un stratagème entre l’AMF et l’UPAC visant à favoriser une firme de consultants», a conclu le rapport. Annie Trudel a été rencontrée, mais elle a refusé de préciser ses accusations sous prétexte que ses renseignements auraient été obtenus «alors qu’elle collaborait avec un avocat». Elle a refusé d’identifier cet avocat.

Une lettre a été envoyée à 316 entreprises leur demandant si des employés de l’AMF ou de l’UPAC leur avaient recommandé une firme de consultants. Rien là non plus. Les courriels de ces deux institutions ont également été vérifiés.

Bref, il a fallu dépenser une fortune pour vérifier les allégations d’une personne dont la crédibilité avait déjà été mise à mal dans un autre dossier concernant le ministère des Transports. Une personne qui s’est lancée sur Twitter dès mercredi, pour dénoncer tout le monde : le Vérificateur général, le journal La Presse, et le gouvernement. Demain, ce sera sans doute à mon tour d’y passer. 

Il y a des gens qui voient des conspirations partout dans nos sociétés. Dans ce cas-ci, on en a fait une vedette pour constater une deuxième fois son manque de crédibilité.

Un jour, il se trouvera bien quelqu’un dans le monde universitaire pour faire le bilan de toutes ces allégations lancées régulièrement dans l’espace public. Combien de cas ont été confirmés et combien se sont avérés totalement faux, erronés, ou tirés par les cheveux? Un beau sujet de recherche.

Il y a eu de grands moments dans le travail journalistique au cours des dernières années. Le scandale sur la gestion de certains baux conclu par la Société immobilière du Québec, maintenant Société québécoise des infrastructures, en est un bon exemple. Même chose pour les compteurs d’eau à Montréal. Le questionnement sur les dépenses de la présidence de l’Assemblée nationale dans le cadre des délégations de députés à l’étranger est tout aussi légitime. 

Le cas de Mme Trudel n’est pas de cette nature. Nous sommes tombés dans le panneau.

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Pas question de présenter l’autre joue…

CHRONIQUE / L’abandon du G7 par Donald Trump en l’espace de deux tweets a été spectaculaire et insultant, mais il n’est guère différent de toutes les autres controverses que ce président a créées depuis son arrivée à la Maison-Blanche. La planète n’arrêtera pas de tourner à cause de lui. Les tractations entre ses négociateurs et ceux du Canada se poursuivront probablement, et Trump continuera de twitter. Quant aux effets de son retrait du communiqué du G7, il ne porte pas à conséquence parce que le texte n’engageait en rien les États-Unis sur les sujets chers au gouvernement Trudeau.

La véritable inquiétude au lendemain de sa sortie de samedi soir porte davantage sur la possibilité qu’il a évoquée d’une nouvelle ronde de tarifs sur l’industrie de l’automobile cette fois. La simple évocation d’une telle menace a semé l’émoi en Ontario, où les emplois de centaines de milliers de travailleurs sont directement liés à cette industrie. Si les Canadiens dans leur ensemble appuient le gouvernement canadien dans sa détermination de tenir la ligne dure sur l’ALENA, le nouveau gouvernement Ford serait très pénalisé par une telle guerre commerciale qui aurait des conséquences désastreuses sur son économie.

Dimanche matin, sur les ondes de Radio-Canada, le professeur Yan Cimon de l’Université Laval a fait valoir qu’il serait très difficile pour Washington d’appliquer des tarifs sur les automobiles assemblées au Canada et au Mexique, en raison de la forte intégration de cette industrie. Une auto construite au Canada, a-t-il expliqué, compte plus de 60 % de composantes en provenance des États-Unis. En d’autres mots, des tarifs sur l’industrie automobile du Canada priveraient également des milliers de travailleurs américains de leur emploi. 

Que feront les conseillers du président lorsqu’ils constateront la complexité d’un tel scénario? C’est difficile à dire parce que personne n’est en mesure de comprendre et encore moins de prédire ce qui se passe à Washington sous Donald Trump.

Une chose qui saute aux yeux cependant, c’est que les relations «cordiales» que le premier ministre Trudeau croyait pouvoir entretenir avec cet homme, malgré son imprévisibilité, sont définitivement ternies. Justin Trudeau a beau se montrer gentil, souriant et diplomate, il y a une chose que les Canadiens ne lui pardonneraient pas, c’est d’offrir l’autre joue à Trump après une gifle aussi cinglante. Et même si le président revient avec d’autres propos sympathiques envers Trudeau ou encourageants sur nos relations bilatérales, personne ici ne voudra le croire. L’homme est un menteur compulsif et une brute.

Ce sera fascinant de voir comment Kim Jong Un composera avec un tel personnage. Trump sera doucereux et flatteur en sa présence et une fois partie, il l’accusera d’être une menace pour l’humanité. C’est le scénario le plus plausible. 

Donald Trump me fait penser à ces conducteurs qui souffrent de la rage au volant quand ils montent dans leur automobile, et qui deviennent de petits moutons lorsqu’ils en sortent. C’est ce qu’on a vu dans Charlevoix: un Trump blagueur et accommodant, qui a retrouvé sa rage lorsqu’il est retourné à son clavier et qu’il a repris ses tweets

Bref, un personnage qui n’a pas le courage de vous dire en pleine face ce qu’il pense, et qui se défoule sur son clavier lorsqu’il est seul. Le seul espoir du Canada et de ses alliés est que Trump et les républicains soient punis aux élections de mi-mandat, et que l’électorat américain signe son congédiement aux prochaines élections présidentielles. En attendant, c’est Vladimir Poutine qui doit rire dans sa barbe.

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Kim ne pourra croire Trump après ça

CHRONIQUE / Justin Trudeau croyait avoir sauvé la journée, mais ça n’a pas duré 12 heures: Donald Trump l’a laissé tomber. Comment Kim Jong Un pourra-t-il prendra la parole de cet homme après une telle trahison du président envers son plus proche voisin et allié? Une fois encore, Trump a agi comme un bébé à qui on vient d’enlever sa suce.

Pourtant, les dirigeants du G7 étaient parvenus à s’entendre sur un communiqué final au lieu de s’en remettre à une déclaration de la présidence. Mais Donald Trump a renié sa signature en accusant Justin Trudeau d’avoir menti sur le commerce avec les États-Unis.

Pourtant, ce n’était pas un communiqué très engageant qu’avaient accepté les leaders du G7. Un communiqué à sept, à six et même à cinq. Le Japon et les États-Unis avaient refusé de s’engager dans un effort collectif sur le plastique pour protéger les océans. Les Américains n’avaient pas bougé sur l’accord de Paris concernant le climat. Ils n’avaient pas accepté d’être partie prenante à l’entente visant à améliorer le sort des femmes.

Sur le commerce, le texte négocié par les sherpas permettait à tous de rester sur leurs positions. D’ailleurs, avant de quitter samedi matin, le président avait demandé des échanges commerciaux «sans tarifs, sans barrières et sans subventions», tout en menaçant de couper les liens avec les pays qui refuseraient de se plier à ses exigences. 

Pour les Japonais, qui ont fait un point de presse avant le communiqué final, les deux mots les plus importants à surveiller porteraient sur un commerce mondial «libre et équitable, et le maintien des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Bref, tout le monde pouvait s’entendre sur ce genre d’objectif, même s’ils savaient tous qu’il serait impossible de s’entendre avec les Américains sur ce qui est équitable. D’ailleurs avant même de quitter Charlevoix, Donald Trump avait claironné à nouveau que son pays avait été floué par ses partenaires commerciaux depuis longtemps. Le seul changement dans son discours avait été de dire que les déficits commerciaux des États-Unis n’étaient pas la faute des leaders des autres pays, mais celle des présidents américains des 50 dernières années. 

Même Emmanuel Macron croyait qu’on avait sauvé la journée. Il avait convenu qu’il faudrait améliorer l’OMC et que le travail ne faisait que commencer. Mais l’important, selon lui, c’est qu’on avait «évité les déclarations qui nous auraient fait revenir en arrière. Il avait déclaré que les discussions à venir devraient se faire «avec les faits sur la table». Des faits, a-t-il dit, dans une allusion directe aux déclarations de Donald Trump, «qui ont été complètement déformés».

Conclusion: rien n’était réglé, les tarifs allaient rester en place, et Donald Trump recommencerait rapidement à blâmer le Canada et ses partenaires, mais on avait un communiqué final. Comme s’il avait pressenti ce qui s’en venait en soirée, le premier ministre Trudeau a déclaré à plusieurs reprises pendant sa conférence de presse que le président américain «va continuer à dire ce qu’il dit» et que le Canada ne se laisserait pas «bousculer». «J’ai dit au président que les Canadiens ne prennent pas cela à la légère» et qu’ils trouvent un peu «insultant» de se faire traiter de cette manière pas leur voisin du sud. M. Trudeau avait réitéré que le Canada appliquerait dès le 1er juillet des droits de douane en représailles à ceux imposés par Washington sur l’acier et l’aluminium. Emmanuel Macron avait annoncé la même intention au nom de l’Union européenne.

L’important, selon M. Trudeau, était que le G7 de Charlevoix se soit terminé par un communiqué sur les défis qui confrontent les pays membres. 

Il s’était montré particulièrement fier d’avoir obtenu un engagement de 3,8 milliards $ pour l’éducation des femmes et des filles en situation de crise et de conflit. Donald Trump ne lui a même pas laissé le temps de savourer le moment. Il lui a volé la manchette en deux tweets de trois lignes, sans même l’en prévenir à l’avance.

Quel jugement porteront les Américains sur une telle trahison? Et surtout, quelle opinion Kim Jong Un aura-t-il de cet homme? Si j’étais lui, j’annulerais la rencontre de Singapore et je garderais mon arsenal nucléaire. Parce qu’avec Trump, il n’y a pas d’honneur. 

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Aucun progrès sur le commerce au G7

CHRONIQUE / Cette première journée du G7 dans Charlevoix ressemblait à une rencontre familiale où on a invité la parenté par politesse, mais où tout le monde a hâte de voir «l’oncle chicanier» s’en aller pour que la fête puisse enfin commencer.

Normalement, les leaders auraient pris ombrage de voir le président des États-Unis arriver en retard et quitter dès le samedi matin. Mais comme la présence de Donald Trump ne servait qu’à confirmer la querelle sur le commerce et à rééditer le blocage américain de 2017 sur le climat, son départ a soulagé tout le monde. À compter de samedi matin, les six pourront discuter librement de leurs objectifs et des défis auxquels ils sont confrontés.

Que ce soit à Québec ou dans Charlevoix, les informations ont filtré au compte-gouttes sur la teneur des discussions de la journée. Même la presse américaine, généralement friande du moindre détail, n’a pas eu de point de presse de la Maison-Blanche pendant la journée. Les représentants du service de presse de Donald Trump n’ont même pas été en mesure de me dire s’il y aurait une séance de breffage pour leurs médias d’ici la fin du G7.

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Les ministres canadiens Bill Morneau et Chrystia Freeland ont rencontré les médias en fin d’après-midi pour dire qu’il y avait des divergences d’opinions, mais aussi des points d’entente. Plus général que ça comme information, c’est difficile à battre. À Mme Freeland, qui a déclaré que les discussions avaient été «cordiales», j’ai demandé si Donald Trump avait «véritablement» participé à ces discussions et si oui, quelle avait été la nature de ses préoccupations. Parce qu’après ses tweets incendiaires de la veille, il était difficile d’imaginer une discussion cordiale. La ministre a répondu qu’elle «essaie de dire seulement la vérité», mais elle n’a pas dit si Trump avait participé aux discussions, et encore moins quelles avaient été ses préoccupations. Elle a toutefois été catégorique sur le rejet, par le Canada, de la proposition faite par le président de ramener la Russie au sein du G7. Elle a rappelé que l’invasion de l’Ukraine et l’annexion de la Crimée avaient éloigné la Russie des valeurs démocratiques défendues par les membres du G7.

En début de soirée, la séance d’information des représentants du gouvernement canadien ne nous a rien appris. J’ai demandé si on pouvait au moins écrire qu’il y avait eu des progrès sur le commerce et les tarifs. On n’a pas été en mesure de me répondre par l’affirmative. Cette séance de travail n’aura finalement servi qu’à permettre aux participants de réitérer leurs positions déjà connues, sans plus.

Il est clair que la présence de Trump à cette première journée ne visait qu’à montrer les muscles pour faire plaisir à son public. Le président quitte samedi en matinée, sans même assister à la rencontre organisée par le Canada entre les membres du G7 et les 12 leaders des pays invités ainsi que les quatre chefs des organisations internationales, dont les Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. C’est dire le peu d’intérêt que Donald Trump accorde à ce forum et aux sujets discutés.

Peut-être que j’ai la nostalgie du passé, mais je n’ai jamais vu de G7 où il y a si peu de développements. J’ai encore en mémoire ces réunions où il y avait tellement de points de presse des pays concernés qu’il fallait collaborer entre médias concurrents pour partager les informations. Cette année, tous les journalistes ont eu le temps de prendre un bon lunch et de participer au cocktail de 18 heures pour goûter aux petites bouchées de Charlevoix. C’était délicieux, et on nous a servi un vin blanc québécois. 

J’ai dit «tous les journalistes…» C’est faux. J’aurais dû dire: sauf mon voisin de pupitre qui célébrait le ramadan, qui a fait sa prière à 17 heures, et qui avait fait le plein de nourriture
sous son pupitre afin de pouvoir manger dès le coucher du soleil.

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Trump n'est pas éternel, rappelle Macron

CHRONIQUE / «Peut-être que ça lui est égal au président américain d’être isolé, mais nous aussi ça nous est égal d’être à six, si besoin était, parce que ces six représentent des valeurs et un marché économique qui a cette force de l’histoire, et qui, surtout, représente une vraie force internationale».

Cette déclaration d’Emmanuel Macron, jeudi matin, aux côtés de Justin Trudeau, illustre mieux que tout autre événement préparatoire ce qui nous attend aux discussions sur le commerce qui lanceront les travaux du G7 vendredi.

Un peu plus tôt en matinée, Donald Trump avait clairement énoncé la position qu’il tiendra à cette rencontre, et dissipé les rumeurs voulant qu’il ne s’y présente pas. «Prêt à partir pour le G7 au Canada pour se battre pour notre pays sur le commerce (nous avons le pire accord commercial jamais fait)» a tweeté le président américain.

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Une salle de prière au G7

CHRONIQUE / Je ne sais pas s’il y aura beaucoup de contenu dans les conclusions à venir du G7, mais les infrastructures sont en place pour en informer la planète entière. J’ai passé une heure mercredi matin dans l’immense salle de presse au Centre des congrès de Québec. Question d’y réserver nos places… premier arrivé, premier servi… et surtout de voir si les installations sont à la hauteur.

Un rappel s’impose : c’est à Québec que la quasi-totalité des journalistes vont travailler, à partir des informations qui leur seront transmises par les représentants des leaders qui participent au G7 à La Malbaie.

Premier constat, la salle de presse propose 500 places assises aux médias, sans compter les Américains… Parce qu’ils débarquent en troupeau nos voisins du sud lorsqu’ils s’intéressent à un évènement international. La «White House Press» s’est fait bâtir une salle fermée pour 200 personnes en sus des 500 places pour les autres! J’imagine qu’on y tiendra des séances de breffage, mais pas pour tout le monde. J’ai vu des situations, dans le passé, où certaines délégations réservaient leurs commentaires aux seuls médias de leur pays. Et comme tout le monde voudra savoir cette année ce qu’on dira du comportement de Donald Trump, il y aura beaucoup d’intérêt pour les séances d’information de la Maison-Blanche. Je ne serais pas surpris de voir les Américains nous fermer la porte au nez de leurs locaux.

Toute grande salle de presse internationale offre également des studios aux médias électroniques comme CBC-Radio-Canada, mais également à ceux de l’étranger. Les gens de la BBC, d’Eurovision et de Radio-France étaient déjà sur place mercredi matin.

Comme au Sommet sur les changements climatiques, on a prévu un espace avec des fauteuils confortables où les journalistes pourront se reposer et même s’étendre. Ça fait convivial comme accueil, sauf que l’espace en question est un îlot central qu’on aurait dû placer dans un coin plus tranquille comme on l’a fait à Paris. Vous allez me demander pourquoi prévoir de telles installations? La réponse tient au fait qu’à l’exception des Canadiens et des Américains, tous les autres journalistes vivront des décalages horaires difficiles. Les Japonais et les Européens devront parfois diffuser en plein milieu de la nuit. Alors vous comprenez qu’une petite sieste, ça s’impose de temps à autre…

Bien sûr, on a prévu de la bouffe pour tout ce monde. Je suis passé par la salle à manger pour voir et sentir… mais le service ne débutera que jeudi matin. En général, Québec nourrit bien les journalistes à ce genre d’évènement. Donc on ne devrait pas avoir honte cette année. De toute manière, on ne sera jamais aussi mauvais qu’au Sommet du G7 à Versailles en 1982. On nous avait servi du pain, des fromages et des pâtés pendant trois jours. La première journée, tout le monde était content parce que le vin et la bière coulaient à flots, mais c’est vite devenu indigeste. 

Le Sommet du G7 qui nous a le mieux nourris est celui de Munich en 1992 : un buffet incroyable servi sous des tentes gigantesques à l’extérieur. Mon ancien collègue Michel C. Auger, qui a la dent sucrée, me pardonnera de rappeler ses propos lorsqu’il a vu l’immense tente de crème glacée : «Le pire c’est qu’on ne pourra pas goûter à tout!»

Revenons donc aux choses sérieuses : il y a même une salle de prière pour l’occasion au Centre des congrès de Québec. Il y en avait une aussi au Sommet de Paris sur le climat, mais c’était pour les musulmans. J’imagine que la nôtre a été prévue pour la délégation de Justin Trudeau qui fera des neuvaines pour que ça se passe bien avec Donald Trump. Rien de moins qu’un miracle! On aurait dû faire ça à Sainte-Anne-de-Beaupré…

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«Comme une moins que rien…»

CHRONIQUE / Quel triste témoignage que celui des quatre victimes de l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest, qui ont uni leurs voix et rassemblé leur courage lundi matin pour raconter leur expérience et réclamer un meilleur encadrement pour protéger les athlètes. Quatre jeunes femmes qui ont été abusées et agressées pendant plusieurs années par leur entraîneur, et qui se sont senties coupables alors qu’elles étaient des victimes.

Auparavant souriante et sociable, Gail Kelly a confié à quel point les agressions l’ont changée : «Je m’isolais beaucoup, jusqu’à me mépriser moi-même et à me sentir comme une moins que rien.» Anna Prchal a vécu la même chose : «Comme la plupart des victimes d’abus, j’ai vécu avec le sentiment que c’était ma faute.»

On connaît depuis longtemps ce sentiment de culpabilité que peuvent ressentir les victimes d’agression sexuelle ou de violence conjugale, mais ça surprend toujours de le constater chez des gens de cette stature. Imaginez le mal que de telles agressions peuvent causer chez des personnes plus fragiles…

«Les abus sexuels que j’ai subis ont complètement détruit ma confiance, a témoigné Geneviève Simard. Mon estime a été anéantie, et mon rapport quotidien avec les autres a grandement été affecté.»

Ce n’est pas la compassion et encore moins la pitié que sont venues chercher ces victimes en sortant de l’anonymat. C’est un appel à tous les paliers de gouvernement en faveur de mesures plus serrées pour protéger les jeunes athlètes. Gail Kelly, qui a trois enfants, a déclaré qu’elle ne les laissera jamais «pour aucune considération» s’inscrire dans une équipe provinciale ou nationale avec «l’encadrement actuel».

Que dire de plus après de tels témoignages? Il faut admirer ces femmes pour leur courage, et espérer que les gouvernements et les fédérations sportives ont été à l’écoute.

MARTINE OUELLET, SUITE ET FIN

Il y avait quelque chose de pathétique dans la conférence de presse de Martine Ouellet. Je comprends sa passion pour la cause souverainiste et je comprends aussi qu’elle ait pu se sentir blessée par les commentaires des derniers mois à son endroit. Mais fallait-il mettre près de 30 minutes pour régler ses comptes avec tout le monde, et annoncer finalement qu’elle démissionnera de la direction du Bloc québécois lundi prochain?

Elle a dit ne pas avoir trouvé au sein de la députation du Bloc québécois la même détermination qu’elle à parler d’indépendance. Elle aurait dû s’en douter parce qu’elle a vécu la même chose au PQ : les militants du parti lui ont préféré Jean-François Lisée en 2016, même s’il repoussait la tenue d’un référendum à un hypothétique deuxième mandat.

Mme Ouellet a blâmé tout le monde sauf elle, pour soutenir ensuite à l’émission de Mario Dumont qu’elle n’avait blâmé personne. Je connais bien Martine Ouellet. J’ai toujours admiré son courage dans l’adversité ainsi que son franc-parler, mais j’ai trouvé ça triste et pitoyable de la voir terminer ainsi sa carrière.

C’est vrai qu’elle ne l’a pas eu facile depuis la démission de sept députés du Bloc québécois en février dernier. C’est vrai que Gilles Duceppe lui a tiré dans le dos en demandant sa démission. C’est vrai que Mario Beaulieu l’a laissée tomber. Et c’est vrai que les médias d’information n’ont pas été tendres avec elle, qu’ils ont critiqué son style de leadership. Mais c’est tout aussi vrai que Mme Ouellet a été incapable de maintenir l’unité au sein de son caucus de députés. Peu importe à qui la faute, on lui avait offert ce poste sur un plateau d’argent et elle l’a perdu. On retiendra d’elle qu’elle n’avait pas l’autorité nécessaire pour occuper ce poste, et qu’elle a été une mauvaise perdante.