Le Quotidien
Frédérick Lavoie
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L’oiseau est un coeur

Frédérick Lavoie

L’oiseau est un coeur

CHRONIQUE / Début janvier, il fait -23˚C à Chicoutimi. C’est l’une de ces journées où le Saguenay fume et craque, où les vieilles voitures ne démarrent pas. Il est 10 heures et le soleil se décide à sortir. Je me rends au bout de la rue, là où, derrière la boîte postale communautaire, se tient un sorbier. Encore hier, je ne connaissais aucun des noms que les humains donnent à cet arbre à petits fruits rouges en grappe.
Frédérick Lavoie
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S’écouter penser

Chroniques

S’écouter penser

CHRONIQUE / «Dans un monde où l’on nous incite à scruter la vie des autres pour nous aider à mieux déterminer comment nous nous sentons par rapport à nous-mêmes et, ainsi, à ressentir le besoin d’être constamment visibles, puisque la visibilité serait prétendument l’égale du succès: n’ayez pas peur de disparaître, du [monde], de nous, pour un temps, et de voir ce qui vient à vous dans le silence.»
Frédérick Lavoie
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L’envers du métavers

Chroniques

L’envers du métavers

CHRONIQUE — Le danger avec les gens qui se croient investis d’une mission salvatrice, c’est qu’ils sont convaincus que tous les cassages d’œufs sont justifiés dans la préparation de leur omelette utopique. Et même quand leur idéal n’est plus que l’ombre de lui-même, ils continuent de l’invoquer afin de poursuivre leur avancée, qui relève depuis longtemps plus de la conquête que de la libération.
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Les bonnes personnes

Opinions

Les bonnes personnes

CHRONIQUE / On se fait facilement accroire qu’on est ouvert sur le monde parce qu’on aime voyager, aller à la rencontre de l’Autre. Il est vrai que le voyage a plus tendance à élargir les horizons qu’à les rétrécir. Mais le vrai test de l’ouverture est ailleurs : dans notre rapport à l’immigration.
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Frédérick Lavoie
Iels aiment la langue française

Opinions

Iels aiment la langue française

CHRONIQUE / Depuis que j’ai commencé à tenir cette chronique il y a vingt semaines, on ne m’a jamais empêché d’écrire quoi que ce soit. Par contre, on m’a gentiment demandé d’éviter les formes d’écriture inclusive, comme les pronoms iels et celleux ou les points médians comme dans citoyen·nes canadien·nes.
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Le futur passéiste de <em>Dune</em>

Chronique

Le futur passéiste de Dune

CHRONIQUE / Quand j’étais petit, mon grand frère, avec qui je jouais aux G.I. Joe, m’avait fait croire que les figurants qu’on voyait se faire tuer dans les films d’action avaient consenti à mourir pour vrai, au nom du réalisme cinématographique. Pour me convaincre, il avait ajouté que les acteurs principaux, eux, ne faisaient que simuler leur mort, ce qui expliquait qu’on pouvait les revoir dans d’autres films par la suite.
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Ragrandir par en-dedans

Opinions

Ragrandir par en-dedans

CHRONIQUE / La solution la plus simple aux changements climatiques et à la diminution de la biodiversité sur Terre est évidente: il suffirait aux humains de disparaître pour que la planète reprenne le contrôle de son thermomètre, et les autres espèces leur souffle.
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Les sannouiches aux tomates

Frédérick Lavoie

Les sannouiches aux tomates

CHRONIQUE / C’est dimanche. Je suis dans un parc. Le soleil de midi réchauffe octobre. Je lis Michel Garneau, qui a rendu son dernier souffle le mois dernier à Magog. Le poème s’intitule Les sannouiches aux tomates. Garneau y est adolescent. C’est le temps des foins dans un champ des années 50. Et soudain, il est midi aussi dans le poème.
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Revenir

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Revenir

CHRONIQUE / L’avion amorce sa descente, transperce les nuages, et le voici qui apparaît, sur l’autre versant du ciel, côté terre : l’automne, multicolore et flamboyant, version québécoise ; l’automne, la plus belle des dégénérescences.
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Frédérick Lavoie
Deux histoires de migration

Frédérick Lavoie

Deux histoires de migration

CHRONIQUE / Je ne pensais jamais les retrouver ici, dans le centre-ville d’Athènes. Avant même de les voir de mes yeux, c’est la sonorité immanquable de leur langue qui m’a indiqué leur présence. Voilà quelques mois que je l’entends chaque soir, un peu avant le coucher du soleil, à la fenêtre de mon appartement de Bombay.
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Partir

Frédérick Lavoie

Partir

CHRONIQUE / Elle s’est endormie dans mes bras, comme quand elle était bébé. Elle avait résisté aussi longtemps qu’elle avait pu au sommeil avant de s’avouer vaincue. Elle ne m’accompagnerait pas jusqu’à l’aéroport de Bombay au milieu de la nuit. Elle y tenait, mais c’était au-delà de ses forces. Elle voulait me voir partir pour y croire.
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Parler chinois

Frédérick Lavoie

Parler chinois

CHRONIQUE / Si j’avais de nouveau 20 ans et la disponibilité mentale nécessaire, je me lancerais sans hésiter aujourd’hui dans l’apprentissage du mandarin. Pour quiconque cherche à comprendre les dynamiques internationales actuelles et à imaginer le monde de demain, je ne vois pas meilleur outil à acquérir.
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Le coeur n’y est plus

Frédérick Lavoie

Le coeur n’y est plus

CHRONIQUE / Début 2000. La porte du troisième millénaire après Jésus-Christ est entrouverte et pour moi, celle de l’âge adulte. J’ai 16 ans, bientôt 17. Dans quelques mois je finirai mon secondaire.
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Les maux du Bien

Frédérick Lavoie

Les maux du Bien

CHRONIQUE / Il est rare que l’histoire nous offre un chiffre aussi parfaitement rond. Alors même que tous les médias de la planète préparaient leurs dossiers spéciaux sur les vingt ans du 11-Septembre, le cycle déclenché par cet événement vivait son dénouement, réel ou à tout le moins symbolique, avec le retour au pouvoir des talibans à Kaboul.
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Frédérick Lavoie
Un pays lointain

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Un pays lointain

CHRONIQUE / Paraît que la récolte de bleuets n’a pas été bonne cette année? Pas de neige de l’hiver, du gel au printemps, pas de pluie de l’été, c’est sûr que c’est dur sur le p’tit fruit.
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Frédérick Lavoie
Pourquoi le Canada devrait songer à reconnaître un gouvernement taliban

Frédérick LAvoie

Pourquoi le Canada devrait songer à reconnaître un gouvernement taliban

CHRONIQUE / La semaine dernière, le premier ministre Justin Trudeau a fait savoir que le Canada n’avait « aucun plan pour reconnaître les talibans comme gouvernement en Afghanistan ». Les chefs des autres partis fédéraux ont tous tenu un discours similaire. Pas question de donner une quelconque légitimité à cette bande de barbares, ont-ils dit en substance. Il y a fort à parier qu’une écrasante majorité de la population canadienne est aussi en accord avec cette position.
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Les mini-jupes de Kaboul

Frédérick Lavoie

Les mini-jupes de Kaboul

CHRONIQUE / Depuis que les Talibans ont repris le pouvoir à Kaboul, dimanche, une vieille photo a pour une énième fois refait surface sur les réseaux sociaux. On y voit trois jeunes étudiantes en jupe courte, sans voile et plein sourire, marchant insouciamment dans les rues de la capitale afghane. Le cliché en noir et blanc a été pris en 1972 alors que l’Afghanistan était dirigé par Mohammad Zahir Shah, dernier roi du pays, renversé l’année suivante par son cousin alors qu’il se trouvait en vacances en Italie.
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Frédérick Lavoie
La compagnie des vivants

Frédérick Lavoie

La compagnie des vivants

CHRONIQUE / Nous avons détruit son nid quatre ou cinq fois d’affilée, mais elle était tenace, la corneille. C’était là, à côté des pots de bougainvilliers, sur la plateforme en barreaux de fer en contrebas de la fenêtre, et nulle part ailleurs dans cette mégapole qu’elle souhaitait pondre ses oeufs, voir naître ses petits.
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Frédérick Lavoie
Dans une théière près de chez vous

Frédérick Lavoie

Dans une théière près de chez vous

CHRONIQUE / Shanti Monga est assise sur ce lit qu’elle ne quitte plus très souvent depuis que son diabète lui a coûté des orteils à son pied gauche il y a deux ans. Elle nous raconte ses quelque 80 années de vie — un chiffre approximatif — d’une voix éraillée, mais lucide.
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Sérendipité à Ayodhya

Frédérick Lavoie

Sérendipité à Ayodhya

CHRONIQUE / Le nom Ayodhya ne vous dit probablement rien. Il est encore moins probable que vous soyez déjà allés dans cette petite ville du nord de l’Inde. Mais vous m’y suiviez quand même. Vous me faites confiance, comme j’ai moi-même fait confiance au hasard samedi matin en y entrant en gare, sans plan, sans rendez-vous, sans hôtel. Les yeux ouverts, les oreilles tendues, on finit immanquablement par découvrir quelque chose.
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Frédérick Lavoie
D’une guerre à l’autre

Frédérick Lavoie

D’une guerre à l’autre

CHRONIQUE / Je n’oserais pas dire que Danish était un ami. Avec sa femme Rike, par qui je le connaissais, il est venu à mon mariage il y a sept ans. Nous avons passé quelques soirées ensemble à l’époque. Lorsque nous étions sans le toit et que Rike et lui séjournaient à l’étranger, ils nous prêtaient généreusement leur appartement. Danish et moi avions beaucoup en commun. Mais comme cela arrive plus souvent qu’autrement, notre relation ne s’est jamais transformée en amitié. Demeurait le respect mutuel.
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Frédérick Lavoie
Voir double

Frédérick Lavoie

Voir double

CHRONIQUE / J’ai passé les huit premiers mois de la pandémie au Québec. Je suis en Inde depuis à peu près la même durée. On pourrait croire qu’il est plus aisé de traverser un grand bouleversement du genre, à la fois planétaire et profondément intime pour chacun et chacune d’entre nous, dans un pays dit développé, ordonné et riche plutôt que dans un autre en développement, et perçu comme chaotique et pauvre. Je n’arrive toutefois pas à être aussi catégorique. L’arithmétique de l’expérience humaine ne saurait se réduire à des colonnes de chiffres et à de simples indices de performance.
Frédérick Lavoie
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Frédérick Lavoie
Prendre maison

Frédérick Lavoie

Prendre maison

CHRONIQUE / Le hasard a voulu que nous emménagions dans notre nouvel appartement de Bombay autour du 1er juillet. Par «hasard», j’entends : des rénovations qui devaient durer un mois et demi et qui en ont plutôt pris cinq en raison de la brutale seconde vague pandémique qui a déferlé sur l’Inde entre mars et juin. Durant plusieurs semaines, les mesures de confinement ont rendu impossibles l’achat de matériaux et la venue des ouvriers. En plus de ça, le virus a envoyé à l’hôpital mon beau-père entrepreneur, responsable des travaux, et ma belle-mère, qui a failli ne jamais en ressortir. Et comme si ce n’était pas assez, ma nièce de quatre ans a trouvé le moyen de se casser un bras.