Le jour où Régis Labeaume quittera la mairie, la question reviendra. De quoi sera fait l’après? Dans quelle direction Québec voudra-t-elle aller? Avec quelle vision et quel type de leadership.

Un malaise. Un tabou presque.

CHRONIQUE / Il y aura un jour un après-Labeaume. Il y a toujours un après. À la mairie d’une ville comme ailleurs.

Il est de bonne guerre d’en parler dans le contexte des joutes politiques où des adversaires souhaitent provoquer cet «après». 

Mais il y a évidemment un grand malaise — un tabou presque — à le faire dans le contexte d’une maladie comme celle qui force M. Labeaume à s’absenter pour plusieurs semaines, peut-être davantage. 

Cette absence, veut veut pas, ouvre la porte à des spéculations. Spéculations que M. Labeaume contribue un peu à nourrir par son choix de mots publics pour commenter sa maladie : 

«C’est plus vilain que je l’espérais»; «Je commence à m’y connaître en scintigraphie osseuse». La Société canadienne du cancer indique qu’il s’agit d’un test pouvant servir à vérifier si un cancer de la prostate s’est propagé aux os. 

M. Labeaume n’a rien dit des résultats obtenus et je ne vais pas spéculer. La seule chose qu’il convient de dire ici, c’est bon courage, prenez soin de vous, revenez en santé.

Sauf que cela n’empêche pas les questions. À son retour, M. Labeaume envisagera-t-il de la même façon un prochain mandat? Voudra-t-il terminer le mandat actuel ou donner priorité à autre chose?

Il est fréquent que la maladie serve de déclencheur à une réflexion sur les priorités et les choix de vie. Le dernier exemple public est celui de l’organisateur d’événements sportifs Patrice Drouin, du Groupe Gestev, que le maire connaît bien.

Après s’être débarrassé d’un cancer et avoir repris ses fonctions dans l’entreprise, M. Drouin vient de choisir, quelques mois plus tard, de se retirer pour aller profiter davantage de la vie. 

M. Labeaume semble déterminé à rester dans ses fonctions, mais il aura certainement cette réflexion lui aussi. Continuer ou passer à autre chose.

Je ne veux pas présumer de ses réponses, mais l’hypothèse que l’après-Labeaume vienne plus tôt qu’on l’imaginait n’est plus totalement du domaine de l’impossible. 

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À court terme, l’absence du maire aura un impact sur la joute politique avec l’opposition et avec les gouvernements. Un joueur de ce calibre occupe beaucoup de temps de glace, même si M. Labeaume a été moins actif et moins combatif dans l’espace public au cours de la dernière année que dans les années précédentes. 

Il y a aussi que depuis l’élection de la Coalition avenir Québec, le poids politique de Québec n’est plus tout à fait le même. Je dirais même depuis la défaite de Denis Coderre à Montréal, avec qui M. Labeaume formait un tandem municipal redoutable. 

On verra pour le long terme. Depuis plus de 40 ans, la mairie de Québec a toujours parlé d’une voix et d’une personnalité fortes. 

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Le jour où le maire Labeaume serait battu, choisirait de ne pas se représenter ou partirait avant la fin d’un mandat, la donne politique va changer. Ce n’est pas juste de la politique-fiction, c’est une évidence. 

Le jeu va s’ouvrir. De nouvelles figures vont émerger. Des gens qui n’auraient pas osé affronter M. Labeaume tenteront leur chance le jour où la voie sera libre. 

Des militants et stratèges politiques ont certainement commencé à y penser ou ne tarderont plus à le faire.

Cette perspective vient colorer la guerre intestine qui déchire actuellement le parti d’opposition Québec 21. 

Au-delà des débats sur des dépenses de membres du C. A. de Québec 21, on sent que c’est le leadership de Jean-François Gosselin qui est mis en cause.

L’hypothèse d’un départ anticipé de M. Labeaume ne sera rien pour calmer les militants ou administrateurs qui voudraient aller à la guerre avec un autre chef que M. Gosselin.

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De quoi sera fait l’après-Labeaume? 

La question pourrait sembler inconvenante et prématurée, mais il n’y a pas de scandale à la poser, car on s’est posé la même à la dernière élection et à celle d’avant. 

En quoi allait-on vouloir ressembler ou s’éloigner de l’administration Labeaume?

L’après Jean Pelletier a été marqué par un virage vers la démocratie et vers une rénovation urbaine à échelle plus humaine, incarnés par Jean-Paul L’Allier. 

L’après Jean-Paul L’Allier a été marqué par la «revanche» des banlieues et un discours (non appliqué) du resserrement des dépenses, incarnés par Andrée Boucher.

L’après Andrée Boucher a été marqué par la relance de grands projets, l’éclosion d’un vrai sentiment d’appartenance à une ville plus festive, une centralisation de l’administration et un virage dans les relations de travail, incarnés par Régis Labeaume.

Le jour où M. Labeaume quittera mairie, la question reviendra. De quoi sera fait l’après? Dans quelle direction Québec voudra-t-elle aller? Avec quelle vision et quel type de leadership. 

Il reste bien du temps pour y penser. Mais ça viendra un jour.